‹ Traité de minéralogieChapitre 79 sur 118 · CALCAIIB GROSSIER DU BASSIN DB PARIS · texte numérisé non relu

CALCAIIB GROSSIER DU BASSIN DB PARIS

C&illtsses sans coquilles 5«,00 à 6* .00

I (Tripoli).

Manie8oucailla88es3*y00à6»,00.

f Caillasses cocpiillières 0«,00 à S^.OO.

' (Rochettef

rRoche 0<-,25 4 i».O0.

(de Paris).

Bancs francs i^jûO k 2",00.

Calcaire grossier snpérieur. / ^^f^^ifcliii.S ^'^^ ^*^

à cérilhes. :. . . 2»,00 à 12in,dQA (Tuntella fasciata).

Ifianc vert ln,00 à 6«,00.

( Fossiles d'eau douce ) .

[Saint-Nom 0*^ i 1>,00.

^ (Turitella fasciata).

[Banc royal 0»^àâ«,50.

^ (Orbitolithes).

à miSôiuhS.ryooTl^^^^^ «^ l^mbouTàts 1-, 00 à iO.>,00.

Vergelé de fond 2B,OOà4>.00.

(Goquillier).

^Bancs à Terrains Ob,00 à Gb,00l

( Gerithium giganteum) . '

Calcaire grossier inférieur, Isaint-Ua 2-.00 à iO-,0S.

(Glauconieux) . . 5",00 à 18-,00.\ ( pierre grasse ) .

[Bancs à nummulites 1»,00 à i3»,00.

Pierres de taille diversee. — Les terrains crétacés donnent, dans le Midi de la France, des pierres de taille extrêmement estimées. Les pierres de Saint-Savinien , dans le département de la Charente, d'Ângouléme, de Périgueux, sont transportées à de grandes distances et fournissent des pierres de taille à une partie des départements du sud-ouest de la France. Dans le bassin de la Loire, le tufeau de la Touraine est une excellente pierre de construction; bien que dépendant de terrains crétacés et contenant 60 pour 100 de chaux carbo-

CHAUX GARBONATSE. 345

natéet on peut le considérer comme un grès. Il n'appartient donc pas aux pierres calcaires, les seules sur lesquelles je crois intéressant de donner quelques détails dans ce moment.

Malgré la beauté des matériaux que je viens d'indiquer dans les terrains tertiaires et dans les terrains crétacés, les formations jurassiques sont celles où elles existent avec le plus d abondance et d'une manière plus générale. Dans toutes les contrées où le sol est jurassique, il produit des matériaux de construction de qualité supérieure ; les couches de ces terrains, épaisses, régulières et homogènes , fournissent des pierres dont les dimensions ne sont limitées que par les moyens mécaniques appliqués à Texploilation et au transport. Rarement gélives, elles ont un grain uniforme, qui donne à l'appareillage un grande régularité. Sa finesse permet aussi de le revêtir de moulures fines et délicates. Les pierres de taille des formations jurassiques présentent, par leur texture, deux variétés très-distiDctes ; les unes, composées de petits grains ronds analogues à des œufs de poisson, portent, ainsi que je Tai indiqué page 318, le nom d'oolithe; les autres, compac* tes, à cassure unie, à grains très-serrés, paraissent pour la plupart appartenir à une variété de dolomie.

La pierre de Gaen et de Poitiers en France, celles de Bath et de Portland, qui jouissent d'une grande célébrité, sont en calcaire oolithique; les trois premières appartiennent à la partie inférieure des terrains oolithiques. Beaucoup de monuments, en Angleterre, sont en pierre de Caen.

Les pierres de Yalognes et d'Osmanville, en Normandie, celles d'Ânstou et de Bolsover, en Angleterre, appartiennent à la seconde catégorie. Les constructeurs anglais paraissent dans ce moment, lorsque les circonstances locales le permettent, accorder la préfés^nce à ces dernières, qui sont des dolomies compactes. Nous donnerons quelques détails sur les observations qui les ont conduits à adopter cette opinion.

En 1844, après l'incendie qui a eu lieu au palais de West* minster, le gouvernement a ordonné la reconstruction des

S46 CHAUl GAAËONATEË.

Chambres du Parlement. Avant d'eiécuter cette importante opération^ il a désiré s'entourer de tous les documents possibles sur la nature des matériaux à employer dans la construction de ce magnifique édiâce. A cet efitet, il a nommé une Commission composée de géologues, d'architectes et d'entre* preneurs de maçonnerie; il Ta chargé de visiter les monuments anciensde l'Angleterre lesmieux conservés, d'étudier la nature des matériaux qui entrent dans leur construction, ainsi que les carrières qui les avaient fournis.

Cette commission, présidée par M. de la Bêche, a visité le» ' églises et les anciens châteaux dont la construction remonte au moins à cinq cents ans et qui ofirent un bel état de conservation ; elle a, en outre, reçu des différentes parties de l'Angleterre une collection de cent-cinquante échantillons des pierres de taille les plus estimées. L'inspection de ces échantillons l'a conduite à éliminer un grand nombre d'entre eux, et son choix s'est fixé sur trente-six, qui provenaient de carrières dont les produits avaient servi aux constructions des monuments qu'ils avaient visités. Par leurs caractères extérieurs ces échantillons appartenaient tous à la seconde catégorie du calcaire compacte, à grains serrés, analogue à la pierre d'Osmanviile ; l'analyse a, en outre, appris que la plupart étaient analogues aux dolomies compactes qui se trouvent à la partie inférieure des calcaires jurassiques.

Ce fait remarquable n'avait pas encore été signalé avant le rapport de M. de la Bêche. Bien que la dolomie constitue uoe espèce minérale particulière, j'ai pensé utile d'indiquer les expériences auxquelles s'est livrée la Commission d'enquête, à la suite de la description du calcaire compacte, attendu que la dolomie est rangée par les constructeurs anglais au nombre des matériaux calcaires. M. de la Bêche lui-même a classé ces matériaux sous le nom de calcaire magnésien et non de dolomie. Il ne donne cette dénomination qu'aux échantillons cristallisés.

D'après les expériences entreprises par la Commission, les

GHADl GARBOMATEE. 547

dolomies compactes jurassiques sont moins hygrométriques que les calcaires oolithiques ; elles offrent une plus grande force de cohésion, résistent davantage à l'écrasement et coûôervent mieux le fini des moulures que Ton y pratique.

Nous citerons les résultats des expériences relatives àla défiagrégation et à la puissance de cohésion; elles se rapportent, sauf quelques exceptions, à des pierres employées en Angleterre.

Dolom^jurtissiques,

Pesanleur Désagré- mh^nion spéciflque. gatioQ. Cohésion,

Bolsover Moor (Derbyshire)... 2,833 1,5 29,602.

ADBton id. 2,845 . 1,5 28,085.

Hulddlestone (Torkshire ) 2,867 1,9 15,458.

Roche Abbey td 2,840 0,6 15,915.

Kiveton Park id 2,793 1,8 15,433.

Nortal 2.803 1,6 16,180.

Stéetley 2,856 1,8 16,951.

BranUmanMoor 3,759 0,7 22,011.

Calcaire oolithique.

Ancaster ; Linconsbire 2,687 7,1 8,549.

fiath ; Wiltsbire 2,675 10.0 5,518 .

Portiand; Dorsetsbire 2,702 2,7 7,590.

Ketton; Ruclaiidshire 2,706 3,3 9,108.

Barnack ; NortamptoDsbire 2,627 10,6 6.325 .

Pierre de Caeu 2.635 3,1 9,805.

Pierre de PoiUers 2,620 5,6 8,875.

Calcaire grossier de Paris ; —

terrain tertiaire 2,610 8,1 6,153.

On doit faire remarquer que les essais relatifs à la désagrégation marchent en sens inverse de ceux qui se rapportent à la cohésion. Ainsi la pierre de Bolsover et celle deBath, dont les puissances de cohésion sont représentées par 29,6 et, 5,3, se désagrègent dans le rapport de 1 ,5 à 10.

La comparaison entre les dolomies et les calcaires oolithiques établit des différences de plus du simple au double, entre ces propriétés essentielles pour les pierres de construction, fournies par ces deux grandes formations jurassiques.

Les analyses de ces pierres ont donné les résultats suivants :

348 ARRÀ60N1TE.

ojii.^ Carbonale CarboDate Fer lan ouicv. de chaux, de magnésie, et alumine, eiperto.

Bolsover Moor 3,97 52,17 43,83 i 1^.

Anston 2,00 32,00 45,20 i 0,80.

Huddlestone 2,53 54,19 41,37 0,80 1,61.

Roche Abbey 8.00 57,50 39.40 0,70 1.60.

Kiveton-Park 2,00 52,78 43,84 > 1 .38.

Nortal 2,00 52,00 «,20 » 0^.

Steetley 1,15 52,81 44,30 » 1,45.

Brahman Moor 3,26 51,42 42,50 1,30 1.59.

Ancaster » 93,59 2,90 0,80 3,71.

Bath » 94,52 2,50 1,20 1,78.

Portiand 1,20 95,16 1,20 0,50 l,9é.

Kelton » 92,17 4,10 0,90 2^.

A&KAOOMITB.

Carbonate de chaux prismatique; Gbaux carbonatée dure; Iglolte.

Cette substance, composée essentiellement de chaux et d*acide carbonique dans les mêmes proportions que la chaui carbonatée, cristallise en prisme rectangulaire droit sous Taogle de 1 16*^ 10'. Cette différence de cristallisation a donné uoe grande célébrité à Tarragonite, parce qu'elle a offert la première anomalie aux belles lois que Haûy avait établies entre la forme cristalline et la composition. Cet illustre minéralogiste, pensant que cette loi ne pouvait être en défaut, crut trouver une différence chimique entre Varragmite et la chaux carbonatée par la présence de la petite quantité de carbonate de strontiane que Yauquelin avait constatée dans le premier de ces minéraux. Cette raison a disparu depuis que Laugitf a re^ connu que larragonite de Gex ne contenait pas de strontiane. L'observation a en outre montré que Tarragonite n'est pas le seul exemple de minéraux composésd'une manière identiqueet ayant deux formes incompatibles, en sorte que la loi de Haûy n'est plus absolue. Mais le nombre de minéraux dimorphes étant très-faible*, cette loi importante a conservé sa généra-

Premier vdome , p. 203.

ARRAGONITE.

lité, et on regarde qu'une substance est nouvelle, quand elle diffère par sa forme cristalline et par sa composition de toutes les substances connues.

La comparaison des analyses contenues dans le tableau suivant montre que la proportion de carbonate de strontiane qui existe dans Tarragonite varie d'un échantillon à un autre, et même que quelques arragonites n'en contiennent pas.

Amgonite de Bastënes, pr^s Dax

— de Molina , en Aragon

— de VerUiton , en Auvergne . . .

— > de Léoftang^ dans le SalilMurg

— de Bobeme

— de Retzbanya

— de Gex, départem. de F Ain. . .

— de HerreDgrftnd^ en Hongrie.

Carbonate

Carbonate

de chaux.

de stroDtiane.

Sau.

caractères IT^éraiiz. — L'arragonite se présente en cristaux et en masses fibreuses, tantôt droites , tantôt radiées ; sa couleur est le blanc laiteux, le blanc jaunâtre ou grisâtre : quelques échantillons sont colorés en bleu clair par une trèspetite quantité de cuivre, mais ses teintes sont toujours fort légères. Sa dureté, un peu supérieure à celle de la chaux carbonatée, est de 3^75 ; sa pesanteur spécifique, supérieure à celle de la chaux carbonatée , est 2,928. Au chalumeau, elle se divise immédiatement en petites parcelles blanches, qui se dispersent dans lair : ce caractère est presque le seul que Ton possède pour distinguer les masses d'arragonite fibreuse du calcaire fibreux; il est, du reste, fort prononcé. — Soluble avec effervescence dans Tacide nitrique.

Ammonite cristallisée. — Constamment hyaline, ou du moins fortement transparente, elle possède deux axes de don-» ble réfraction. Son éclat est vitreux; sa cassure, inégale et coDcholde, n'est point lamelleuse; ses cristaux, très-rarement simples, sont ordinairement formés de la réunion de plusieurs cristaux de la forme primitive, flg. 213» pi. 35; du prisme à

350 AMÀGONITE.

six faces, fig. Si4, donné par des modifications taogantes sur les arét68 G; ou du primitif surmonté d'un biseau d^^S placé sur les angles. Cette dernière variété, représentée/ig. 315, existe sans aucune autre modification, ou réunie aux faces 9^, ainsi qu'on le voit dans les cristaux, ftg. 216, provenant de Gziczow, en Bohême* L'Ecole des Mines possède un échantillon de Ca* talayud , en Espagne, qui présente cette forme : quelques cristaux sont simples, plusieurs autres sont croisés à la manière des staurotides. Après cette variété rare, les cristaux les plus simples sont ordinairement composés, comme ceux de Billing, en Bohême, de deux cristaux en prismes à six faces surmontés d'un biseau, fig. 216, et accolés suivant le plan vertical dd^ff y mené parallèlement à la face M opposée, fig. 214, de manière que chaque moitié soit dans une position inverse. Soit, fig. 217, la coupe du cristal sur laquelle dd' représente les traces du plan d'hémitropie, après le renversement d'une des deux parties du cristal, la coupe offrira un angle rentrant, fig. 218. Il arrive fréquemment que les solides élémentaires, au lieu d'être séparés par un simple plan dd', le sont par une tranche d'arragonite dd' kk\ fig. 219; quelquefois, en outre, les solides élémentaires sont séparés par plusieurs tranches de cette nature, chacune d'elles occupant une position renversée relativement aux deux qui sont en contact avec elles, fig. 220. Le nombre de ces tranches doit toujours être pair quand la section ressemble à la fig. 218 ; il est toujours impair, au contraire, quand elle est semblable à la fig. 219. Dans ce dernier cas, et lorsque les tranches sont très-minces, la macle offre l'aspect d'un cristal élémentaire, et ne s'en dislingue que par des sillons plus ou moins déliés que l'on aperçoit sur les faces du cristal, dans la direction où les tranches sont appliquées. Quelquefois cette même composition se répète parallèlement aux deux faces latérales, ainsi que l'indiquent les fig. 220 et 221; la macle offre néanmoins l'aspect d'un cristal simple. Les fig. 222,223, 224 et 225 montrent les dispositions que

nûu4 venons à% décrire. Dans les deux premières* qui représentent des cristaux de Gzicsow en Bohême, la maole est ana-« logue & la coupe, fig. 218. L'hémitropie est indiquée par des stries plus ou moins profondes sur les faces verticales : dans les fig. 224 et 225, appartenant à des cristaux de Biliing et de Cziczow, on remarque des angles rentrants très-prononcés au sommet ; mais les faces verticales sont lisses, et dans la cassure rien ne rappelle l'hémitropie. Sous ce rapport, il existe une grande différence entre les cristaux de Bohême et ceux de la plupart des autres localités. A Herrengrûnde, en Hongiie^ les cristaux sont d'une belle transparence ; en Aragon et surtout à Bastènes, dans les Landes, on y remarque de la manière la plus distincte les différents éléments qui composent ces singuliers cristaux ; leur apparence générale est celle du prisme à six faces, basé* fig. 214, dont toutes les faces sont planes, ou d'un prisme à six faces, fig. 226, ayant deux sillons rentrants, et constituant par conséquent en réalité un prisme à huit faces.

La base de ces prismes est tantôt plane, polie et même réfléchissante, comme dans les cristaux de Gatalayud en Espagne, tantôt elle est formée d'aspérités aiguës, que l'on reconnaît bientôt avoir le même angle que le biseau a^ eS que nous avons décrit fig. 215 ; de sorte qu'il est évident que les cristaux de cette nature sont formés d'une multitude de cristaux accolés parallèlement les uns aux autres. Dans quelques cas rares, ces accolements sont réguliers ; je signalerai particulièrement les deux dispositions représentées par les fig. 227 et 228 que M. Haûy a fait connaître; le plus ordinairement ils sont sans aucun ordre. Les accolements de Tarragonite ne se bornent pas aux cristaux groupés suivant Taxe, il arrive (J[}1^\* quefois, quand on casse suivant leur longueur des prismes de ce singulier minéral, qu'on aperçoit des stries très*profondes disposées. en croix, comme la fig. 229 l'indique, et desquelles il résulte que ce sont des cristaux qui se sont pénétrés perpendiculairement ; enfin, dans un assez grand nombre de

552 ARRA60NITE.

«as, les cristaux s'entrelacent dans toutes les directions et ne s'astreignent qu'à une seule loi, c'est que leur ensemble forme un prisme à six faces dont les angles ont 116^ comme Farragonite ; leurs faces planes, unies et même miroitantes, présentent souvent, il est vrai, un angle rentrant. Ils affectent néanmoins une régularité apparente, il semblerait que ces cristaux se sont formés dans un moule préexistant; que la matière de Tarragonite, forcée seulement à remplir le moule dans son entier, a pu, du reste, s'y disposer d'une manière irrégulière. Ces faits singuliers, presque contraires aux lois de la formation des cristaux, par suite desquelles ceux-ci s'attachent ordinairement sur les parois des vases où ils se déposent, de manière que leurs axes soient perpendiculaires à ces parois, forment le caractère le plus saillant de la plupart des cristaux -d'arragonite ; la coloration ferrugineuse de certains cristaux d'arragonite rend encore cette disposition plus prononcée et plus frappante.

La disposition des stries que l'on observe sur la surface des cristaux d'arragonite offre le moyen de reconnaître l'irrégularité de leur structure intérieure; elle ne saurait en indiquer la nature plus ou moins compliquée. L'organisation de ces singuliers cristaux se révèle au contraire complètement par la lumière polarisée; M. de Sénarmont*,dans un mémoire plein d'intérêt sur les groupements de Varragonite, de la whitérite et de taldstonite, nous les a fait connaître ; nous compléterons Tétude de la cristallisation de l'arragonite par Texposé des principaux résultats qu^il a consignés dans ce mémoire.

Les arragonites de Bohême sont composées de cristaux simples, qui sont juxtaposés au moins d'un côté, conformément %, la loi ordinaire d'hémitropie, suivant les faces verticales du prisme de H6« 10'. Le nombre et les dimensions de ces cristaux sont d'ailleurs absolument indéterminés, et les joints qui resteraient ouverts sont remplis par des coins très-effilés corn-

' Annales de chimie et de physique^ troisième série/t. XU, p. 61, 1854.

ARRAGONITE. 395

posés eux-mêmes de lames infiniment minces, alternativement hémitropes» superposées en retrait Tune sur l'autre. Ces lames, déjà yisibles par réflexion à la lumière naturelle, deviennent parfaitement reconnaissables au microscope polarisant avec un grossissement de 100 diamètres.

La fig. 34, pi. 231 , représente un cristal de Bohème dessiné à la chambre claire. On remarquera la difiérence des deux cristaux dont il se compose par la position des axes optiques, lesquels se dirigent dans chaque cristal de Tangle rentrant vers l'angle de 121^ 55% donné par la face g^. Les fig. 55 et 36, pi. 231 , ofirent une certaine régularité; la première se compose de trois cristaux, dont deux sont séparés par un coin de la matière même de Tarragonite ; la fig. 36 mérite d'être remarquée par sa symétrie rigoureuse ; on y observe des cristaux complets, dont les faces sont dans le prolongement les unes des autres, et quatre demi-cristaux; ceux-ci sont séparés par des nervures axiales sur lesquelles s'implanteraient, à gauche et à droite, des petites fibres ouvertes en éventail.

Les cristaux de Molina et une grande partie des cristaux de Bastènes se rapportent à ce type. Dans quelques-unes, au lieu des quatre angles rentrants de la fig» 36, on y observe deux angles rentrants (fig, 37), correspondant à la nervure axiale, ou quelquefois des angles saillants, comme dans la fig. 38.

La plupart des cristaux de Bastènes montrent de plus une structure fibreuse singulière. Les fibres, parallèles et de longueur inégale, séparées par de petits canaux vides et irréguliers, sont groupées par faisceaux ; les unes normalement aux deux bases hexagonales, les autres anormalement aux six faces verticales des prismes, de façon que quand on brise un pareil cristal, ces faisceaux se séparent, imitant grossièrement huit pyramides opposées par le sommet vers le centre du cristal ; il résulte de cette structure qu'en faisant des coupes à diverses hauteurs et dans différentes directions , le tissu fibreux de ces arragonites dessine sur ces plaques les dispositions représentées dans les ^. 39, 40 et 41 » pi. 231. T. u. 23

304 A1IBA60NITÉ.

En examinatit ees eristauK aveo la lumière polarisée, on re^

coDDaitque toutes les fibres» soit verticales, soit horijEontales, ont leurs axes cristallographiques principaux parallèles. Les prismes rhomboldaux qui composent ces groupes sont comme toujours, maciés par hémitropie, mais tous, et sans exception, verticaux; la diversion divergente des groupes n'est donc pas produite par inversion, et cette structure tient à quelque autre cause qui n'est pas encore connue ; peut-être serait-elle le résultat de mélanges d'aiguilles de strontiane carbonatée ou de gypse. Des essais faits par M. de Sénarmont semblent conduire à cette supposition.

L'arragonite présente, outre les cristaux prismatiques qnt nous venons de décrire» des cristaux sous la forme de deux pyramides très-aiguës opposées base à base, donnant par leur ensemble un dodécaèdre triangulaire, fig, 230 : cette Tariété, désignée par Haûy sous le nom i'apotome, est souvent encore le résultat de l'association de plusieurs cristaux. Fréquemment en faisceaux bacillaires , elle forme une espèce de passage à l'arragonite fibreuse. La mine de fer de Framont, dans les Vosges, fournit de beaux échantillons d'arragonite bacillaire apotome ; elle est limpide , très-brillante, et possède un éclat vitreux prononcé. M. Lévy décrit des cristaux apotomes d'Iberg au Hartz, de Guanaxato au Mexique, et de Thuringe, qui portent à leur sommet le biseau e^e\ et des modifications produites en outre par des décroissements sur les arêtes. Les fig* 231 et 232, pL 38, donnent la forme de ces variétés rares, dont je n'ai pas eu l'occasion de voir d'échantillons.

Angles ]priwdpaux d$ VarragomUê.

sur M

H sur H

UGo !0'.

sur g^

M sur g'

sur e*

M sur e'

lOS* 5'.

M sur c«

sur (^

M sure»

sur e^f^

M tur e«/«

iW 48'.

ARRAOONITE. SSII

P sur e«y» = 114» 41'. M «ur e*fl =s I18» if SO*.

P sur c'/i« = 940 58'. M sur e'P = 12l«» 46'.

P sur 6' = 145<» 52'. M sur 6« = 12i«» 28'.

P sur ô«/» = 126» 6'. H sur ô*/» « liS» 55'.

P sur ft'/i* = 96o 56'. M sur 6'/" s= 173o 5'.

P sur «»/» == II80 16'. M sur «*/> = li6o 32'

e» mir «» = lOS© 6'. e* sur g^ ±s 125© 57'.

«» sur 6« = 163* 59'. e« sur é« t=s t40^ 8'.

e« sur ^» — 1090 56'. «» sur e» = l52o 49'.

e» sur ^* = 1030 36'. e» sur «* = 157o 39'.

e'^ snr^ï = 145» 25'. e* sur c*/» ts 160« 51'.

«•/» sur flr» = 1550 19', 0. sur a/'« =î= 150* 38'.

e'Msnr g' = 175o 2'. c» sur «VW = 180» 55'.

6» sur 6« = 145o 12'. 6''* sur &•/» = t29« 25'.

6« sur ô'/« = II60 41'. 5V« sur ô'/»« == 150« 50'.

e,/»8ur«,/, z= 950 14'. «ifssnrei/, = 115» 5'.

Arraeronite fibreuse* — Cette variété est tantôt en fibres grossières y tantôt en fibres déliées. Dans le premier cas, elle constitue des masses bacillaires droites ou rayonnées , à cassure vitreuse. Quand les fibres sont déliées, Tarragonite se pré* sente sous la forme d'aiguilles isolées ou de masses fibreuses conjointes, droites ou radiées ; les aiguilles isolées , désignée ordinairement sous le nom à'arragonite ackulùirey sont gé« néralement très-déliées et très-brillantes ; elles existent sur la surface des minéraux de filons , tels que la chaux carbonatéci la baryte sulfatée, etc.

L'arragonite fibreuse a la plus grande analogie avec la chaux carbonatée fibreuse. Toutefois, un œil exercé y. découvre bientôt des difierences assez prononcées pour devenir pres^ que caractéristiques; l'éclat de Tarragonite n'est pas nacré, et les fibres s'en détachent plus facilement; leur teinte, pres« que toujours uniforme, ne présente que bien rarement ces bandes concentriques que l'on observe dans Talbàtre calcaire» L'arragonite est , en outre , plus maigre au toucher, et plus fragile que la chaux carbonatée. Une circonstance particulière, c'est que les extrémités des aiguilles sont cristallines^ et que les masses fibreuses sont per conséquent terminées par des ai^rités que Ton n'observe pas dans la chaux carbona*

3S8 ARRÀGONITE.

à conclure i que, lorsque les eaux acidulées qui contiennent en dissolution du carbonate de chaux sont maintenues à une température éieyée, le dépôt qu'elles produisent est à l'état d*arragonite; ces mêmes eaux donnent lieu, au contraire, à de la chaux carbonatée, quand, en arrivant à la surface du sol, elles perdent à la fois la chaleur et l'acide carbonique qui leur donnait leur propriété incrustante.

L'étude des sources minérales de Vichy confirme, sur une très-grande échelle, l'observation intéressante de M. G. Rose. Ces eaux minérales sont chargées d'une assez forte proportion de carbonate de chaux ; elles déposent ce sel terreux en trèsgrande abondance dans la masse du terrain d'alluvion qu'elle traverse avant d'émerger à la surface et dans les conduits pratiqués pour 1- issue des eaux des bains. Ces derniers lescour duisent à l'Allier, et Ton voit sur les bords de cette rivière des concrétions de chaux carbonatée fibreuse. Les dépAts de travertins si nombreux, qui se forment dans le terrain d'alluvion, sont, au contraire, tous à Téiat d'arragonite. On voit, près de la source des Célestins, un escarpement assez élevé, qui se présente sous la forme d'un mur vertical entièrement composé d'arragonite fibreuse. Les zones successives qu'on y remarque montrent le mode de formation qui a présidé à ce dépôt ; elles indiquent aussi la continuité de raction de ces sources incrustantes.

L'abondance des dépôts d'arragonite produit à Vichy un fait remarquable. Ce minéral solidifie le terrain d'alluvion, en se soudantaugravier ; il en résulte qu'il forme à une certaine profondeur une couche qui retient les eaux et joue un rôle analogue à celui des argiles ; on peut donc y forer des puits artésiens, et l'on obtient des eaux remontantes; plusieurs sources nouvelles ont été obtenues par ce procédé, notamment la source Brosson et la source Lardy.

^ Sur la formaHon de la chaux carbotuUéê et de Varragonilef par M. Gustave Rose ( AnntOes de Poggendor/f^ t. XUI, p. 353, 1837).

DOLOmE. 3S9

L'analyse de eette arragonite a révélé l'existence de Tarsenie, qui a été retrouvée depuis dans les eaux minérales de Vichy. Une observation analogue a été faite par MM. Blumet Leddin ^ dans les dépôts des eaux de Garlsbad ; mais dans l'une et l'autre de ces localités, l'arsenic est mélangé mécaniquement au dépôt produit par les eaux, et il n'y constitue pas une variété particulière d'arragonite. Les eaux duTambourg, situées dans le département du Puy-de-Dôme, donnent aussi des dépôts arsenifères. Presque toutes les collections possèdent des échantillons de sulfure d*arsenic produit par ces sources thermales.

BM.OI

Chaux carbonatée magnésiftre ; Chaux carbonatée lente ; Spath perlé ; Miémite ; TharaBdlle ; Gurofiane ; Bitterspath ; Talkspalh.

La synonymie nombreuse que je viens de rappeler montre que depuis longtempsles minéralogistes avaient distingué cette espèce comme une variété particulière de chaux carbonatée ; sa distinction était établie sur sa composition, qui offre constamment une proportion considérable de magnésie, et sur la lenteur avec laquelle elle se dissout dans l'acide nitrique, qui lui a valu un de ses noms. Très-fréquemment, en outre, la dolomie possède un éclat nacré qui Ta fait désigner sous le nom de spath perlé. Mais si les anciens minéralogistes avaient reconnu à cette substance des caractères particuliers « ils ne possédaient pas à cette époque les éléments nécessaires pour en faire une espèce spéciale. En effet, le goniomètre d'application dont se servait Haûy ne lui permettait pas de mesurer les angles avec assez d'exactitude pour apprécier la différence qui existe entre les cristaux de chaux carbonatée et ceux de dolomie; la manière d apprécier la composition des minéraux ne pouvait également, à cette époque, révéler la relation atomique qui relie les différents éléments de cette substance. Au*

360 DOLOBOE.

j ourd'bui , au contraire , cette espèce est différente de la chaux carbonatée par les deux caractères spécifiques des miûéraui , à savoir la forme et la composition.

Caractères généraux. — La dolomie cristallise en rhomboèdre obtus analogue à celui de la chaux carbonatée; son angle, au lieu d'être de 105® 5' est de lOÔ'^ 15' ; il se retrouve constamment le même, soit sur les cristaux affectant le rhomboèdre primitif, soit dans le solide de clivage que l'on extrait des formes secondaires; mais, outre cette constance de Tangle, il existe une preuve plus forte encore, c'est que les angles des cristaux équiaxes de la dolomie, c'est-à-dire ceux produits par un solide tangent sur le primitif, et du rhomboèdre inverse, sur lequel, au contraire, le primitif se déduit par des plans tangents sur ses arêtes, sont pour le premier b* sur 6* = 135® 37', et pour le second e« e^ =77® 22 , qui correspondent exactement au rhomboèdre primitif de lOG» 15'.

La séparation des cristaux de chaux carbonatée et de dolomie ne laisse donc plus aucun doute; il en est de même pour les variétés saccharoïdes compactes et même terreuses dont la composition, constamment identique, est telle qu'elles sont formées d'un atome de carbonate de chaux et d'un atome de carbonate de magnésie. Cette identité de composition , que j ^établirai par la citation de plusieurs analyses, est, en outre, en rapport avec les caractères chimiques de la dolomie; en effet, cette substance se dissout lentement dans les acides el avec une effervescence peu sensible, tandis que les calcaires magnésiens, c'est-à-dire ceux qui contiennent du carbonate de magnésie, en remplacement d'une certaine quantité de carbonate de chaux, commencent par faire une effervescence vive, qui s'arrête en quelques instants; après quoi la solution marche lentement.

La dureté de la dolomie est de 4,75 à 5 , sa pesanteur spécifique, qui varie de 2,850 à 2,920, est supérieure à celle de la chaux carbonatée. Ses couleurs sont le blanc laiteux, le blanc grisâtre, le gris de perle et le gris jaunâtre ; les teintes

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de la dolomie sont en général pâles, à moins que ce minéral ne présente, comme la chaux carbonatée, un mélange de ma* tières colorantes, ou qu'elle ne contienne une certaine quantité de fer, en remplacement d'une quantité proportionnelle de magnésie.

La dolomie se présente en cristaux^ en masses saecharcUr des, en masses compactes et en parties terreuses. On ne cite pas de dolomie fibreuse; cela tient peut-être à ce qu'elle ne parait pas être formée dans les conditions qui donnent naissance aux masses concrétionnées.

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