‹ Traité de minéralogieChapitre 90 sur 118 · SS · texte numérisé non relu

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signées par Werner sous les noms de tiUHej tpath adamantin et imeri.

caraetèret irteéranz. --- Ces différentes variétés sont, ainsi que nous allons l'indiquer dans quelques lignes, composées essentiellement d'alumine ; elles ont en outre plusieurs autres caractères communs : le plus saillant est la dureté. Le corindon est, en effet, le minéral le plus dur après le diamant; il raye tous les autres ; ce caractère est représenté par Mohs par le nombre 9. L'émeri, comme la télésie, possède cette dureté considérable, et c'est précisément ce qui permet de remployer au polissage des corps durs. Sa pesanteur spéci* fique, considérable pour une substance pierreuse, est égale* ment caractéristique ; elle s'élève de 3,97 à 4,16. Cette grande pesanteur spécifique a été cause que pendant longtemps quel* ques minéralogistes ont pensé que les cristaux de spath ada* mantin étaient mélangés de baryte sulfatée qui lui communiquait ce caractère. Infusible au chalumeau, le corindon est en outre complètement inattaquable par les acides.

Composition»

Saphir bien, par Klaproth

— ronge, par Ghenevix ....

— blea. par Vaaauelin. . . .

Corind.-harmophane aela Chine,

par Kbprolh

MmndeVïnde

Um do Bengale

Emeri de Naxos, par Tennant. .

De Naxos, par M. Laur. Smith.

De Nicaria, idem

De Gamuch-Dagh, idem

Idem , idem

Alamine.

0x.de fer.

silice.

Magnétie.

Cfaanx.

Oy48

Ean.

Il résulte de Teiamen de ces analyses que les corindons hyalins, ceux qui se rapprochent le plus de la pureté, sont presque exclusivement composés d'alumine ; que les mélanges d'oxyde de fer et de silice augmentent avec leur opacité. Pour

4U CORINDON.

les coriDdons émeris, qui n'ont donné à l'analyse que des proportions comprises entre 86 et 60 d'alumine, ces mélanges sont évidentSt et l'analyse porte plutôt sur des roches que sur des minéraui purs. La formule représentant le corindon est donc A(, ou Àl, suivant qu'on se sert des signes chimiques ou minéralogiques.

corindon harmopliane. — Je commencerai par la description de cette variété, dont on reconnaît plus immédiatement le système cristallin. Elle est ordinairement d'un gris brunâtre ou jaunâtre, d'un vert grisâtre, enfin de couleurs sales de différentes teintes participant du gris, du vert et du brun; quelques échantillons sont roses : tels sont les corindons du Thibet; enfin d'autres de la Chine ont un éclat bronzé ; mais ces jeux de lumière sont exceptionnels. La cassure du corindon harmophane est, sauf pour quelques variétés, éminemment lamelleuse dans trois sens. Les clivages égaux et également faciles conduisent à un rhomboèdre aigu sous Tangle de86o5', /l9.298,p{.48.

Les cristaux de corindon harmôphare sont mats; la cassure, lamelleuse, est assez brillante, et l'on peut en mesurer les angles parla réflexion. Leur forme la plus ordinaire est le prisme à six faces, sans aucune modification, fig. 301 . Les faces sont généralement peu nettes; ces cristaux se détachant difficilement de la gangue, souvent ils sont pour ainsi dire enduits de mica. Leur base est rarement bien plane. On remarque sur leur surface des stries se croisant sous l'angle de 60®, qui représentent les traces du clivage triple, caractéristique de cette variélé de corindon. Ces stries fournissent un moyen facile pour distinguer ce minéral des espèces qui affectent comme lui la forme du prisme régulier à six faces. On observe fréquemment, en outre, sur trois des angles du prisme, en alternant, de petites cassures qui dévoilent le clivage. Dans les cristaux qui ont un reflet bronzé, le chatoiement est en rapport avec les sens du clivage.

Dans certains cristaux, il existe même des faces naturelles.

QORDIDON. 4K5

suivant les clivages ; le prisme à six &ces porte alors trois &• cettes P, assez brillantes, fig. 300. Le Thibet et Geylan four» nissent de nombreux exemples de cette variété.

Quelques échantillons assez rares de corindon harmophan^ sont en rhomboèdres basés, fig. 309. Us proviennent princi* paiement de Suède ; ils sont disséminés dans le fer oxydulé de Gellivara. Ou retrouve cette forme dans les cristaux de Ceylan» et elle sert même de point de réunion entre les cristaux hyalins et les cristaux opaques.

Je citerai enfin, comme dernière forme habituelle du corindon harmophane, de doubles pyramides à six faces, fig. 30i et fig. 503, pi. 49, tronquées en leur sommet par une large base. Ces cristaux sont beaucoup moins fréquents que les prismes; néanmoins, parmi les échantillons qui proviennent de la Chine, on en voit en pyramides très-allongées, dont les faces sont, il est vrai, peu nettes et difficilement mesurables* Mais les cristaux roses de Campo-Longo au Saint-Gothard, que Ton range dans cette variété de corindon , affectent au contraire très-fréquemment la forme du dodécaèdre «,, fig. 303. Quel* quefois aussi ils cristallisent suivant le dodécaèdre dont la loi est (dMV^A^/'). Ces deux dodécaèdres constituent, ainsi que je le dirai bientôt, les cristaux les plus fréquents de télésie. C'est la comparaison des angles des cristaux du Saint-Gothard avec ceux du Pégu qui a éveillé pour la première fois Tattention de M. Haûy, et Ta conduit à les réunir au spath adamantin de la Chine. Ce qui caractérise particulièrement ces derniers, c'est l'existence de la base a^, tandis que dans les cristaux hyalins elle n'existe que dans des circonstances rares. La comparaison des dodécaèdres de Campo-Longo et de Ceylan laissait toutefois encore de Tincertitude, attendu que les cristaux de cette première localité n ont pas de clivages, tandis qu'ils sont si faciles dans les cristaux de la Chine ; en sorte que la liaison que cette variété établissait pour la forme semblait être contredite par le clivage.

De nouveaux cristaux, fig. 304, trouvés à Ceylan et à la

456 GORINDON.

Chine, vinrent confirmer Haûy dans son opinion. Dans ceuxci, le prisme était complet; de petites facettes e,, placées sur les arêtes et mesurant exactement les mêmes angles que ceux du Saint-Gothard, présentaient à la fois la réunion des cristaux de la Chine, du Saint-Gothard et du Pégu. Toutefois, une difficulté existait encore : c'est que si Ton avait retrouvé sur des cristaux de la Chine des facettes caractérisant la télésie, la réciproque n'avait pas encore eu lieu; le doute subsista dans Tesprit des minéralogistes jusqu'au moment où M. Brochant fit cette remarque intéressante : il reconnut sur les corindons de Ceylan, fig. 305, d'un rouge rubis et d'ftne belle transparence, trois petites facettes naturelles parallèles au rhomboèdre primitif. Plus tard on a retrouvé au Pégu des cristaux hyalins, fig. 313, portant même une base ; en sorte que, par cette observation, tous les caractères cristallographiques se trouvèrent réunis sur les variétés opaques et hyalines. L'incertitude disparut alors complètement, puisqu'on connaissait des cristaux de télésie portant des traces du primitif, et des cristaux de spath adamantin de la Chine ayant les faces e,, qui caractérisaient spécialement la télésie.

M. Lelièvre a découvert à Mozzo, en Piémont, des cristaux qui n'ont point de clivages, mais qui présentent beaucoup d'analogies par leur couleur avec ceux du Saint-Gothard. Haûy avait cru pour cette raison devoir en faire une variété particulière sous le nom de corindon compacte. J'ai préféré les associer au corindon harmophane, attendu que plusieurs de ces cristaux, exposés à une vive lumière, montrent un chatoiement dans le sens des clivages.

Corindon liyalin. — Les cristaux de cette variété sont presque tous diaphanes; quelques-uns cependant ne sont que transparents; ils sont tantôt incolores, tantôt colorés en bleu ou en rouge. La couleur bleue est la plus fréquente, mais souvent elle n'est pas uniformément répandue; et tandis que les extrémités des cristaux sont d'un beau bleu, souvent leur partie milieu est incolore. La teinte bleue cesse quelquefois

CORINDON. 457

brusquement ; mais dans le plus grand nombre des échantillons, elle se dégrade.

Les formes les plus générales sont les deux dodécaèdres triangulaires isocèles, fig. 506 et 307, que j'ai déjà cités; mais, tandis qu'ils sont fortement basés dans les cristaux de la Chine et dans ceux du Saint-Gothard, dans les télésies, au contraire, ils sont presque toujours complets. De plus, ces cristaux, qui n'admettent pas de clivages parallèlement au rhomboèdre, en possèdent au contraire de faiblement indiqués, parallèlement aux faces du prisme à six faces régulier; il était donc naturel de supposer leur système cristallin dériyé de ce dernier prisme.

Dans beaucoup de cristaux, les deux dodécaèdres sont réunis, et, suivant que le moins aigu e, ou le plus aigu t domine; les cristaux se raccourcissent ou s'allongent, ainsi qu'on le voit dans les fig. 508 et 509.

M. Lévy indique des cristaux de Ceylan, fig. 510, dans lesquels les faces d^ du prisme à six faces se trouvent réunies à la pyramide e^.

Je rappellerai qu'il existe aussi parmi les télésies des rhomboèdres basés, fig. 299. Je citerai de nouveau les cristaux de M. Brochant , fig. 505. Ces deux dernières formes complètent presque toutes celles que l'on trouve avec quelque abondance dans la nature , et que l'on voit dans les collections un peu complètes. J'en ajouterai deux autres plus chargées de facettes : l'une, fig. 51 1 , apprenant à des cristaux roses du Saint- Gothard , est composée du {Prisme à six faces basé , du dodécaèdre moins aigu e^ et des faces du primitif; l'autre, fig. 312 , qui représente des cristaux hyalins rosés du Pégu, appartenant à la collection de H. Heuland, contient à la fois les deux prismes à six faces d* et e*, le dodécaèdre triangulaire «,, et les faces du rhomboèdre primitif. Ces cristaux portent également une large base a^ , en sorte que si la réunion .des deut variétés de corindon n'était pas depuis longtemps une chose admise, ces derniers cristaux l'établiraient d'une manière certaine.

4M GOaiMDOli.

Les corindons hyalins sont tous susceptibles d'Are taillés. Us fournissent des pierres très-estimées par leur belle cou* leur, la vivacité de leur éclat et leur inaltérabilité. Ces pierres ont reçu des noms différents , suivant la teinte qu'elles possèdent.

Le corindon incolore porte le nom de iaplûr blane.

Rouge cramoisi , celui de rubis ùtiental

Rouge de rose , variété du rubis orimUsd.

Bleu d'azur, saphir oriental.

Bleu indigo, saphir indigo.

Violet, améthyste orientale.

Jaune , topaze orientale.

Vert, émeraude orientale. C'est la plus rare de toutes les pierres , quand le ton en est riche.

Presque tous les corindons hyalins susceptibles d*élre employés en bijouterie proviennent du Pégu. Le prix de ces pierres est très*élevé. Il n'est pas rare que la valeur du rubis soit supérieure à celle du diamant. Lors de la vente des pierres fines du cabinet de M. le marquis de Drée , un très-beau diamant de 8 grains (2 carats) a été payé 800 fr., tandis qu'un rubis exactement de même poids a été vendu 1,000 t'r. Dans la même vente, le prix d'un rubis de 10 grains s'est élevé jusqu'à 14,000 fr. Du reste, la valeur du rubis, et en général des pierres fines, varie beaucoup avec la richesse du ton, qu'elles o&ent.

Lorsque le corindon est parfaitement incolore, il possède un éclat assez vif, et, dans quelques circonstances , on a fait passer cette pierre pour du diamant. La dureté de ce dernier minéral, supérieure à celle du corindon, suffît pour le distinguer. Toutefois , comme on se résout à regret à rayer les pierres fines, parce qu'on est obligé, pour les repolir, de diminuer leur épaisseur, on a soin de consulter, avant tout autre essai, leur pesanteur spécifique. Pour le diamant, ce caractère suffit; il est également certain pour distinguer les corindons de couleur, des pierres dont elles empruntent le

CORINDON. 459

nom. Cette circonstanoe m'engage à donner la pesanteur spécifique des différentes variétés'de corindon : le bleu pèse 3,979; le rouge (rubis ) , 3,909 ; le vert (émeraude), 3,949 ; le violet ( améthyste ) , 3,921. Ces nombres sont un peu moindres que pour les corindons de la Chine.

Les variétés opaques présentent les mêmes nuances que les corindons hyalins. J'ai déjà cité les cristaux roses du Saint- Gothard; il en existe également dans cette localité d'un trèsbeau bleu.

Quelques cristaux sont dichroîtes : j'ai eu l'occasion d*en étudier un fort beau appartenant à M. le marquis de Drée, qui, bleu dans toute direction quand on le regardait par réflexion, présentait une couleur bleue ou verte, suivant qu'on l'observait par réfraction, dans un sens ou dans un autre.

Certains corindons présentent un phénomène de lumière remarquable lorsqu'ils sont taillés perpendiculairement à l'axe, et surtout lorsqu'ils sont en cabochon, c'est-à-dire selon une surface arrondie : on y observe , soit par réflexion , soit par réfraction , lorsqu'on les place entre l'œil et une vive lumière, une étoile blanchâtre à six rayons, qui change de place en faisant mouvoir la plaque taillée. Ce phénomène est en rapport avec la forme des cristaux, et, pour le corindon , chacun des rayons correspond aux traces de l'intersection des clivages du rhomboèdre, trois rayons au sommet supérieur, et les trois autres au sommet inférieur. Une observation qui établit cette correspondance, c'est que quelques corindons ne présentent qu'une partie du phépomène; ce sont des cristaux naturels à sommets rhomboédriques dont les arêtes culminantes ne sont pas arrondies ; chacune de cet arêtes offre alors une ligne brillante d'un éclat fort analogue à l'éclat des rayons des astéries. Lorsque ces cristaux sont taillés en boule , on voit les rayons d'un sommet se prolonger jusqu'à l'autre sommet; de sorte que les lignes lumineuses dessinent des côtes sur la partie de la boule qui correspond à un prisme hexaèdre placé entre ces deux sommets.

460 CORINDON.

Les astéries ne se laissent bien apercevoir que sur les variétés de corindon dont la transparence est un peu troublée. Elles sont plus fréquentes dans les sapbirs que dans les rubis.

Cette variété particulière de corindon était déjà connue des anciens; Pline l'a spécialement décrite sous le nom d'astérie*

Les corindons jouissent de la double réfraction à un degré médiocre. On l'observe lorsque les deux faces de l'angle réfringent sont inclinées à l'axe du rhomboèdre.

La cassure des corindons hyalins , inégale ou conchoîde, est toujours éclatante.

AngUs principaux du corindon.

PsurP

ss

d» sur d« = 120».

P sur a'

«* sur •> s=5 68»

P sur e*

6» sur 6« = 115»

P sur h'

«■ sur e' ==: 107<»

P sur «3

a* sur a* = 141»

«3 sur «3

a* sur a* = 115»

e, sur 03

1 suri = 124»

a* sur 0,

llSo

• sur i opposé 139»

P sur d*

Angle plan &

Goiindon émerl. — Corindon grannlaire. — Cette variété de corindon est toujours impure , et ses caractères sont difficiles à indiquer. Elle est formée de petits cristaux de corindon disséminés dans une roche , en sorte que nous connaissons plutôt les caractères de la roche que ceux du minéral même. La couleur de Témeri est le gris de fumée, le gris bleuâtre, quelquefois le brun foncé. Dans certains échantillons, on voit des taches bleuâtres qui se dessinent sur la masse , d'un gris foncé. Ces taches , qui appartiennent à des cristaux de corindon quelquefois discernables à l'œil, confirment l'opinion que je viens d'émettre sur la nature de Témeri. La cassure de ce minéral est unie en grand, mais inégale et grenue en petit; elle est presque toujours mate, opaque, ou seulement translucide sur les bords, mais encore même trèsfaiblement. La dureté est son caractère principal; il ^ye le verre et le quartz avec facilité. L'éineri est disséminé dans

CORINDON. 464

des roches anciennes , en sorte qu'il est toujours mélangé de mica; le plus estimé dans le commerce provient de Tlle de Naxos ; il y est associé avec du fer oxyduîé , circonstance qui a conduit à indiquer quelquefois comme caractère de Témeri d'être attirable à Faimant. On a découvert depuis quelques années de beaux gisements d'émeri à Gumuch-Dagh, près d*Éphèse» dans l'Asie Mineure ; ils ont été décrits avec soin par M. Laurence Smith. Le commerce en apporte beaucoup des Indes onentales. Son gisement nous est inconnu ; mais , d'après les lames de talc blanc qu'il contient, il doit appartenir, comme celui de Naxos, aux terrains anciens. On en exploite dans un terrain semblable à Ochsenkopf , près de Schwartzemberg, en Saxe. C'est la variété qui présente des taches bleuâtres. Cet émeri est, d'après la description que M. Brochant en a donnée, « disséminé dans une couche de stéatite endurcie, d'un gris jaunâtre, quelquefois d'un vert pomme, mélangé de talc commun. »

DM vaiiétés d'éinwl. — La qualité de Témeri varie avec sa richesse en corindon; les cristaux, les saphirs ou les rubis réduits en poudre, fournissent Témeri de première qualité, autrement dit celui qui, pour une certaine quantité de poudre, un gramme, par exemple , peut polir la plus grande surface . possible d'une plaque de pierre dure ou de verre de la même nature. M. Laurence Smith ^ a fait des études intéressantes sur le pouvoir du corindon , comme matière polissable ; il a constaté, par un procédé que nous indiquerons dans quelques hgnes, que si on représente par 100 la dureté absolue de cette pierre, sa puissance pour user les pierres varie, pour les corindons, de 100 à 55. Pour se rendre compte de ces différences si grandes et si inattendues, M. Smith a soumis à Tanaljse une série de corindons des Indes et de TAsie Mineure , et ses expériences Tout conduit à des faits intéressants pour la minéralogie.

• Étuài du gisemmif d$ la compoiUion et des qualités de Vémeri, par M. Laurence Smifb (Comptes rendas de VÀcadémie des sdences^ t. XXXI , p. eii , iSSO).

101 GOMMBOK.

Ce chimiste distingué a reconnu que beaucoup de saphirs et de rubis contiennent une proportion d*eau qui varie de 1,60 à 3,90 , et que leur pesanteur spécifique ainsi que leur dureté sont en rapport avec la quantité d'eau qu'ils renferment; les saphirs des Indes et les rubis en cristaux nets et transparents, qui possèdent la dureté absolue iOO, ne présentent pas la plus légère trace d'eau, et leur pesanteur spécifique est de 4,06 à 4,08. Les corindons harmophanes de la Chine, ainsi que les corindons de l'Asie Mineure , bien que bleus et en cristaux nets, mais opaques, et qui n'ont offert que des puissances d'usure de 59 à 55 , contiennent 3,80 à 3,91 d'eau ; leur pesanteur spécifique s'abaisse de 3,34 à 3,10. Ces deux variétés de corindon forment la limite extrême du tableau de la dureté donné par M. Smith. Des corindons qui contiennent 1,90 d'eau, et dont la pesanteur spécifique est de 3,93 , ont une puissance d'usure de 77. Ces di8%renCes essentielles ne sont pas le résultat de la décompositi(Mi du corindon, mais de leur formation. La présence de Feau» qui influe sur la dureté et sur la pesanteur spécifique de ces minéraux , témoigne que ces cristaux ont été mélangés d'eau au moment même de leur cristallisation. Cet exemple* si re- . marquable, peut conduire à penser que l'eau qu'on trouve en proportions variables dans certains minéraux, comme dans le diallage , l'émeraude et i'euclase , est de l'eau en mélange, et non essentielle à la composition de ces substances.

Le procédé employé par M. Smith pour apprécier la dureté effective du corindon consiste d'abord à le réduire en poudre fine dans un mortier d'acier, analogue à ceux qui servent pour obtenir la poudre de diamant. Afin que tous les essais soient comparables, cette poudre est passée à travers un tamis de crin contenant 900 mailles dans un centimètre carré; M. Smith prend 1 gramme de cette poudre, et essaye combien elle peut user de verre. Pour y parvenir, il se sert d'un disque de 0^,10 de diamètre , sur lequel il met une certaine quantité de poudre; il ta porphyrise avec vivacité et

OOMND0K. 468

drculairementy au moyen d'ane molette d*agate; il prolonge cette opération jusqu'à ce que la matière ne crie plus, et qu'elle ne fasse éprouver aucune résistance. Le corindon, alors réduit en poudre impalpable, s*est empâté de poussière de verre qu'il a détachée du disque. Le poids de cette poussière donne la puissance de la pierre que Ton essaye.

Ce procédé est d^une exactitude beaucoup plus grande qu on ne pourrait le supposer. Des expériences, que J'ai répétées à trois ou quatre reprises avec des saphirs, m'ont donné, pour la dureté effective, 92 à 90, elles n'ont donc varié à peine que de 2 pour cent, tandis que j'ai trouvé 55 pour cent pour le corindon harmophane.

Analoffies. — Le corindon de la Chine en prisme à six faces a quelque analogie avec Vémeraude. La dureté de ces deui minéraux et leur infusibilité sont des points de rapprochement que la position géologique au milieu de roches an-, eiennes pourrait encore augmenter. Le clivage est un caractère de distinction qui ne laisse aucun doute : Témeraude en possède un seul facile , parallèlement à sa base; le corindon est clivable suivant trois directions placées sur les angles du prisme, de deux en deux. La pesanteur spécifique de Téme- "^ raude est plus faible, dans le rapport de 3 à 4. La chaux phosphatée et la tourmaline se trouvent également en prismes à six faces. La dureté, le clivage et la pesanteur spécifique, sont pour ces trois minéraux également caractéristiques.

Les cristaux blancs enrhomboèdres basés,qui proviennentde Gellivara en Suède, sont surtout difficiles à reconnaître. Leurs facettes sont peu nettes, de sorte qu'on n'en saisit pas bien la forme rhomhoédrique. Toutefois , on y voit des stries annonçant le clivage propre au corindon. Leur excessive dureté complète bientôt la détermination de cette substance. Il faut aussi se rappeler que ces cristaux sont disséminés dans du fer oxydulé.

Les corindons télésies sont toujours facilement reconnaissables par leurs formes cristallines. Les dodécaèdres triangu-

4C4 CORINDON.

laires isocèles ne se retrouyeDt que dans des minéraux qu'on ne saurait leur comparer^ tels que la chaux carbonatée , le fer oligisteet l'argent rouge. Mais si, à Tétat cristallin, on ne peut presque citer aucune analogie, il y en a au contraire de très-nombreuses lorsque cette pierre est taillée : les corindons transparents et incolores ressemblent au diamant , à la topaze dite goutte d'eaUf à Témeraude aiguMnarifUj au sptnel/e blanc et au quartz. La pesanteur spécifique est toujours caractéris* tique. Le corindon blanc pèse 3,970; le diamant, 3,5S0; Tâneraude, 2,7; le spinelle, 3,64 ; la topaze, 3,4, et le quartz hyalin , 2,654. Le diamant est en outre plus dur que le corin don f tandis que ce minéral est plus dur que toutes les autres substances avec lesquelles nous l'avons comparé.

Lorsqu'il est rouge , le corindon peut être confondu avec le spinelle , la tourmaline rouge et la topaze brûlée. Pour un œil exercé, les nuances sont bien différentes. La pesanteur spécifique sera encore dans ce cas consultée utilement. Il en sera de même pour les comparaisons suivantes : le saphir avec le dichrdite et Vimerat^ bleue ; le corindon vert et Vimeraudt de Bogota; les corindons jaunes avec la topaze jaune, le quarix jaune, la cymophane et le zircon; enfin, entre ïamithysU orientale et Vaméthyste ordinaire , qui est un quartz coloré en violet par du manganèse.

Gisement. — Les corindons appartiennent essentiellement aux terrains anciens. On a vu que Témeri se trouve le plus ordinairement associé au mica et au feldspath. C'est dans les mêmes roches que Ton trouve les cristaux de la Chine, du Thibet, delà Suède, des monts Ourals, du Piémont et du Puyen-Yelay. Cependant un second gisement, qui n'était, il y a quelques années, connu qu'au Saint-Gothard , a été retrouvé dans plusieurs localités, notamment dans le Massachussets, en Pensylvanie, et dans l'État de New-York; il consiste dans l'existence du corindon , dans des dolomies saccharoîtes qui paraissent métamorphiques. M. Laurence Smith a également trouvé l'émeri dans la dolomie à Gumuch-Dagfa, près

6IBS1TE. 465

d'Ephèse. Dans cette dernière localité , le corindon afiecte le double gisement; il est disséminé en cristaux discernables dans la dolomie , et en très-petits cristaux dans les roches feldspathiques , où il constitue Témeri; ces deux roches sont superposées Tune à l'autre. Le granité pénètre même dans le calcaire, et c'est le long des surfaces de jonction de ces deux roches d'origine différente que les corindons se sont formés. La forte proportion de magnésie que M. Smith a trouvée dans l'émeri de Gumuch, ainsi qu'on le voit dans les analyses que j'ai citées, page 453, fait naturellement supposer que les corindons de cette locaUté sont le résultat d'actions postérieures à la formation de la roche. Le corindon hyalin , qui fournit les pierres fines, n'a été trouvé jusqu'ici qu'en cristaux épars dans les terrains d'alluvion , au Pégu, à Ceylan, ainsi qu'à Expailly, dans les environs du Puy en France. L'examen des fragments qui composent ces terrains , et surtout l'étude des montagnes qui encaissent ces alluvions, montre avec évidence que les cristaux de télésie que l'on y recueille appartiennent également aux mêmes roches anciennes qui ont fourni par leur destruction les éléments de ces terrains modernes. M. Bertrand de Lom a rencontré un grand nombre de gemmes dans les alluvions de Pay; plusieurs des cristaux de saphir qu'il a recueillis sont remarquables par leur forme et leurs dimensions : ils sont d'un bleu indigo assez intense ; mais leur transparence, souvent imparfaite, leur 6te une grande partie de leur valeur.

Alumine hydratée «

Il existe plusieurs combinaisons d'altunine et d'eau diifé* rentes à la fois par leur composition et par leurs caractères extérieurs.

La plus anciennement connue provient de Richemont, dans le Hassachussets, où elle accompagne du minerai de manganèse. Cette espèce, désignée sous le nom de gU^site, se présente à deux états : elle forme le plus ordinairement une espèce de T. II. 30

406 GIBSITE.

Stalactite grossière, composée de couches ondulées, et dont la surface ofiPre des aspérités irrégulièrement contournées, fort analogues à des serpules. Ce minéral, blanc et terreux à la manière de certains travertins , présente dans quelques parties une couleur verdâtre très-claire. Ces parties ressemblent à du cacbolong, par la cassure et par Téclat; mais son peu de dureté montre que ce sont des parties plus pures degibsite.

Dans le même gisement, on trouve des stalactites allongées , d'un blanc légèrement verdâtre ; le centre , en partie tubulaire , est terreux , tandis que leur surface a un aspect ' cristallin ; elle présente même des facettes trop indistinctes pour qu'on puisse saisir la forme cristalline de la gibsite , mais qui suffisent pour annoncer sa pureté.

La partie terreuse est tendre, se désagrège sous la pression du doigt. Sa pesanteur spécifique est, d'après M. Thompson , de 2,091. La partie cristalline, plus dure que la chaux sulfatée , a pour sa pesanteur spécifique le nombre 2,4.

Au chalumeau, la gibsite blanchit, donne beaucoup d'eau, se coagule légèrement sans éprouver d'altération; soluble avec difficulté dans les acides nitrique et muriatique , elle se dissout presque immédiatement dans Tacide sulfurique.

La gibsite est composée , d après M. Torrey :

Oxyg. Rapp.

Alumine 64,80 30,26 1.

Eau 36,70 30,84 1.

Éléments qui donnent , pour la formule de ce minéral , Al + Aq.

M. Thomson , qui a fait postérieurement une analyse de la gibsite, a trouvé les résultats suivants , qui sont beaucoup moins simples :

Oxyf. Rapp.

Alumine ,54,91 25,65 5.

Eau 33,60 29,87 6.

Silice 8,73

Peroxyde de fer. , . 3,93

En supposant que la silice et le peroxyde de fer soient à Té-

HTMUBATLTTE. 467

tut d9 mélaoge , cette analyse doniierait li vappori de S t 6 , qui s'écarte du précédent par une addition d'un peu d^eau. L'analyse de M. Thomson s'appliquent à la partie terreuse , il est naturel d'admettre qu'elle offre un mélange de silioate de fer et d'une eertaine quantité d'eau d'imbibition.

M. Bertbier ' a décrit sous le nom de beauxUe une subttenee analogue à la ?ariété terreuse qui forme des dépôts dans la commune de Beaux, près d'Arles. Son analyse lui a donné :

Alumine 52,00 \

Peroxyde de fer 27^ l *""'""'

Oxyde de chrome^ une trace. /

Cette composition s'éloigne beaucoup de celle d^ la gibsite ; les relations compliquées qui en résultent s'accordent avec la texture du minéral de Beaux pour le faire considérer comme le produit de la décomposition de roches alumineuses. Il ne peut être regardé cpmme une espèce minérale distincte.

aV9«rAPMVUT|i.

M. Gustave Rose ^ a décrit récemment , sous le pooi d'hV' drargylite, un hydrate d'alumine qui provient d'Achmatpwsk, près Slatoust , dans l'Oural ; il constitue des cristaux pets en prismes à six faces réguliers, /!$[. 314, ou en prismes à dou;i9 faces, /!g. 315 , résultant de la combinaison des deux prismes à six faces qui existent dans le système rhomboédrique. Les faces du premier prisme sont légèrement striées verticalement» les autres faces sont unies; les eristeux se clivent parallèlement à la base.

L'hydrargylite est d'un blan c rougeâtre translucide et même transparent , en feuillets minces. Son éclat est fortement na cré sur les bases. Les autres faces possèdent un éclat vitreux plus faible. Sa dureté, un peu moindre que celle de la chaui;

> iJfmoJM d« mifMf , t. VI , p. 531.

• Ama^ de Poggenàorff, t. XLVIII, p. 564.

4T0 DIABPOM.

M. Haidinger, M* d6 Marignao et M. Laurenci Smith ^ ont dA*

couvert des cristaux de diaspore à Schemaitflf au Saint-Gothard dans les Alpes, et à 6umuch*Dagh près d'Éphèse, dans TAsie Mineure^ La découverte du diaspore dans cette dernière localité a surtout été d'un grand intérêt, en généralisant le gisement de ce minéral. Les cristaux y sont rares* mais les masses lamelleuses y sont fréquentes*

iMMpon d'iphèMiM da Mlni-Ootliara. — Les cristaux de ces deux localités sont identiques par leur forme ; les derniers ont été décrits par M. de Marignac. De très-petits cristaux, mais fort nets et très-miroitants, que M. Laurence Smith a remis à la collection de TÉcole impériale des Mines, m'ont permis ' de compléter la description du diaspore.

Ces cristaux appartiennent à un prisme rhomboldal droit , sous Tangle de 130*' 2' ; ils sont fortement aplatis parallèlement à la face ^S et portent sur la base plusieurs modifications, 6S e'/^ et e^. Les fig. 42, 43 et 44, pi. 333, montrent oetle disposition ; les deux premières appartiennent aux cristaux d'Ephèse, la troisième, particulière au diaspore du Saint- Gothard, a été donnée par M. de Marignac '•

Les cristaux d'Epbèse que j ai examinés ressemblent, par l'éclat et par la disposition des stries verticales placées sur les arêtes g, àdetrès-petits cristaux de topaze. Leur couleur est le blanc un peu jaunâtre; ils sont hyalins et fortement dichroites en leurs sommets , qui paraissent presque noirs sous certaines inclinaisons ; ils ont un clivage très-facile parallèlement à la face fS Ce clivage, le même que celui du diaspore de M. Lelièvre et de Sibérie , donne aussi aux masses iamelleuses de l'Asie Mineure un caractère particulier ; elles sont plulAt bacillaires à la manière du disthène que lamelleuses; elles ont un éclat nacré et une couleur d'un blanc laiteux.

< Note sar les cristaux de diaspore de Gnmnch-Dagh . prës d'Éphèse, par M. hvLfrénoi {AmàlesâMMHiei, qnatriëme série , t. Jtflll, 1880). s BSbUothéqwwOvmae de fien^, 1848.

DIASPORE. 471

Cette variété de diaspore accompagne l'émeri , qui est exploité sur une assez grande échelle à Gumuch-Dagh. La roche, entièrement cristalline, contient, outre des cristaux de corindon bleu visibles à Tœil, du feldspath, du mica argentin, de la chloritoîde et du quartz.

La réunion du diaspore et de Témeri , dans le gisement de Gumuch-Dagh, m'a fait penser que ce minéral pouvait exister avec l'émeri de Naxos. Effectivement, en visitant à Paris, avec M. Descloizeaux , deux ateliers où l'on prépare Témeri , nous y avons recueilli des noyaux assez considérables de diaspore, les uns lamelleux , les autres aciculaires , identiques à la variété d*Ephèse. D'après cette observation, le diaspore parait être plus abondant à Naxos que dans l'Asie Mineure ; on peut même regarder comme général, que tous les gisements d'émeri et de corindon contiennent du diaspore. C'est avec le saphir du Saint*Gothard que M. de Marignac a recueilli les cristaux de diaspore qu'il a décrits ; M. Damour a reconnu que les sables diamantifères de Bahia , riches en corindon, contiennent des lamelles de diaspore ; ce savant chimiste en a recueilli une assez grande quantité pour en faire l'analyse.

Diaspore de schemnlts. ~ Il constitue de petits cristaux hyalins , disséminés dans une roche terreuse blanchâtre analogue à de la stéatite. M. Haidingef, qui a fait connaître ces cristaux, a reconnu qu'ils sont composés exclusivement d'alumine et d'eau , et qu'ils appartiennent au diaspore. Leur forme cristalline a confirmé ce rapprochement intéressant. Ces cristaux sont arrondis ; leur grosseur est à peu près celle d'un grain d'orge, hyalins , incolores ou d'un blanc laiteux. Us rayent le verre : leur dureté =6 ; leur pesanteur spécifique est 3,30. Dans les cristaux isolés, l'éclat des faces est complètement vitreux ; mais lorsqu'ils sont groupés ou incomplètement dégagés, l'éclat est perlé, la cassure en est un peu grasse; sur les faces arrondies, l'éclat est adamantin. Malgré leur arrondissement , les cristaux de diaspore de Schemnitz sont assez facilement mesurables; ils appartiennent à un prisme

Alt

DIASPORE.

rhomboidal droit , fig. 316, pt. 51. Sous Tangle de 130 degrés, les cristaux les plus complets, fig. 317, sont en prismes fortement aplatis par une modification g^ parallèle à la petite diagonale de la base , comme les cristaux d'Ephèse ; ils portent, en outre, une seconde modification g^y qui, prolongée, donnerait un second prisme rhomboldal; enfin, la base est remplacée par un pointement à huit faces , dont quatre sont placées sur les arêtes de la base. Les faces de ce pointement sont arrondies ; elles sont néanmoins assez miroitantes. Le tableau ci*joint des angles du diaspore de TÂsie Mineure , du Saint-Gothard et de Schemnitz, établit Tidentité de ces trois variétés. On rappellera que langle des clivages du diaspore de M. Lelièvre, le même que celui de Sibérie, est de 129 à 130 degrés, comme pour les cristaux d'Ephèse.

La dernière colonne de ce tableau, consacrée aux angles du fer hydroxydéduCornouailles, montre l'identité entre les angles de ce minéral et ceux du diaspore. Il en résulte que, de même que le fer oligiste ou peroxyde de fer est isomorphe de l'alumine pure ou du corindon, les hydrates de ces deux oxydes sont également isomorphes entre eux.

l Angles principaux du diaspore.

Du SaioMïothtfd,

De Schemnitz.

D-Épbése, . par M. DuCrônoy.

Fer hydrozydè»

paru. Harignae. par H. Haidinger '

par M. OafréDOr.

PM 90o.

MM 130o.

1250 se.

Mfll 115o.

èi^ 104» 19'.

fc«6« 1510 30'.

5*6* faces postérieures

M sur &t faces

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