‹ Traitè de moraleChapitre 16 sur 49 · EST, QUI ÉTAIT ET QUI SERA · texte numérisé non relu

EST, QUI ÉTAIT ET QUI SERA

Dieu est l’être nécessaire, absolu, indépendant de tout autre être , vivant et subsistant par luimême , ayant la plénitude de la vie , et possédant toutes les perfections dans un degré infini.

Pur esprit : il n’a ni corps , ni figure, ni couleur, et il ne peut tomber sous nos sens.

Éternel : il n’a pas eu de commencement , il n’aura pas de fin. Les ouvrages de vos mains périront, Seigneur, mais vous subsisterez éternellement et vos années ne finiront pas!

Immuable : il n’est sujet à aucune passion, à aucune vicissitude; il change ses ouvrages sans changer ses desseins éternels : toujours le même, il fait dans ses créatures les changements qu’il juge à propos; mais lui ne change jamais.

Il connaît tout : rien ne peut être caché à sa lumière; il voit l’avenir comme il voit le présent et le passé; ou plutôt il n’y a pour lui qu’un éternel présent. L’histoire entière du genre humain a existé pour lui de toute éternité. Dès qu’il eut résolu de créer l’univers, il vit et sut tout ce que

tous les hommes penseraient, voudraient, diraient et feraient dans toute l’indépendance de leurs propres idées, dans toute la liberté de leurs mouvements. Il y a là sans doute un profond mystère ; mais nier l’une de ces deux choses, c’est nier Dieu : nier l’autre, c’est détruire l’homme.

a Vous avez sondé mon cœur, ô mon Dieu! et vous me connaissez ; vous m voyez toujours également , assis ou levé , debout ou couché : la parole n’est point encore sur mes lèvres, et vous savez déjà tout ce que je dois dire ; vous m’avez formé au dedans et au dehors , et votre main est toujours étendue sur moi. Où irai-je pour me cacher à votre esprit, et où fuirai-je pour me dérober à votre vue? si je monte dans le ciel , vous y êtes; si je descends aux enfers, je vous y trouve : si j’emprunte les ailes de l’aurore et que j’aille jusqu’aux extrémités de l’Occident, ce sera votre main qui m’y conduira , et vous me tiendrez de votre droite. J’ai dit , les ténèbres me cacheront peut-être ; mais la nuit même deviendra lumineuse autour de moi : pour vous, Seigneur, l’obscurité n’a rien d’obscur, la nuit brille comme le jour, les ténèbres et la lumière sont une même chose. »

Il peut tout , il gouverne tout: il a commandé et tout a été créé; il a voulu et tout a été fait : il n’aurait qu’à vouloir, et tout ce qui n’est pas lui cesserait d’être. C’est lui qui a créé toutes choses , c’est

>ogle

Diaiti,

DBVOIHS ENVERS DIEU.

Jui qui les conserve, qui les gouverne et qui en dispose comme il lui plaît. « Tout l’univers est devant vous, ô mon Dieu! comme ce petit grain qui donne à peine la moindre inclinaison à la balance , comme une goutte de la rosée du matin qui tombe sur la terre : la toute-puissance est à vous seul , et qui pourra résister à la force de votre bras? » Dieu dispose souverainement de tous les événements du monde ; sa providence entre dans le dernier détail des actions de chaque créature, des mouvements des choses animées et inanimées , et en définitive il fait tout tourner à sa gloire. Tout le bien qui se fait, se fait par son ordre; il permet le mal, certain d’en tirer un plus grand bien. Il afflige quelquefois les bons et les réduit à l’extrémité de la misère , mais il ne les abandonne jamais. Souvent , au contraire , il donne aux méchants une prospérité passagère dont ils abusent; et il se sert de leur malice et de leurs résistances , pour exercer ou sa justice ou sa miséricorde. En un mot, il exécute toujours ses décrets souverains; et tout contribue à foire éclater sa bonté , sa grandeur et sa toute-puissance.

• Il doone aux fleurs leur aimable peinture ;

Il fait naître et mûrir les fruits;

Il leur dispense avec mesure Et la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits : l.e champ qui les reçoit les rend avec nsure. »

( Rsciki.)

« Aux dons que sa bonté mesure Tout l'univers est convié ;

Nul insecte n’est oublié A ce festin de la nature. •

( Laxartixe. )

Oui certes : Dieu gouverne le monde avec une bonté infinie; mais sa puissance égale sa bonté.

« Que peuvent contre lui tous les rois de la terre ?

En vain ils s'uniraient pour lui Caire la guerre.

Pour dissiper leur ligue, il n’a qu'à se montrer;

Il parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer.

Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble.

Il voit comme un néant tout l’univers ensemble ;

El les faibles mortels , vains jouets du trépas,

Sont tous devant ses yeux comme s'ils n’étaient pas. »

( Racïhe. )

Il n’y a qu’un seul Dieu, et il est impossible qu’il y en ait plusieurs : le multiplier, c’est le détruire , a ditTertullien ; on ne peutconcevoir deux êtres souverainement parfaits.

Mais cet être souverainement parfait et nécessairement unique, cette haute nature, intelligente , éternelle, infinie, toute-puissante, que nous adorons sous le grand nom de Dieu , subsiste en trois personnes distinctes, le Père, le Fils et le Saint- Esprit.

« Au commencement, dit Bossuet, et avant tous les siècles, de toute éternité, Dieu était, et il était Père, Fils et Saint-Esprit, un seul Dieu

en trois personnes. Esprit bienheureux et toutpuissant, parce qu’il est bienheureux, il n’a besoin que de lui-même ; et parce qu’il est toutpuissant, de rien il peut créer tout ce qu’il lui plaît. Ainsi, rien n’était que Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit; tout le reste, que nous voyons et que nous ne voyons pas, n’était rien du tout. »

La puissance, l’amour, avec l’intelligence.

Unis et divisés, composent son essence. »

(Voltaire ).

Les trois personnes divines ont une même grandeur, une même sagesse, une même puissance, une gloire égale , une égale majesté, une même éternité, une même perfection ; en un mot, une même nature.

« Chacune d’elles est Dieu : le père est Dieu , le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu; et néanmoins ce ne sont pas trois Dieux , mais un seul Dieu. De toute éternité, le Père engendre un fils qui lui est consubstantiel, qui est Dieu comme lui, et qui est appelé le Verbe, la sagesse de Dieu. De toute éternité, le Père et le Fils s’aiment infiniment l’un l’autre, et en s’aimant ils produisent de toute éternité le Saint-Esprit. Le Père n’a pas été un seul moment sans se connaître, et en se connaissant il engendre son Fils, le Verbe éternel ; le Père et le Fils n’ont pas été un seul moment sans

s’aimer, et en s’aimant ils produisent le Saint-Esprit(i).

Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous plein de grâce et de vérité (a).

Un Dieu en trois personnes, et l’une de ces trois personnes divines, le Verbe éternel lait homme pour sauver les hommes , telles sont les deux bases mystérieuses sur lesquelles repose la morale chez les peuples chrétiens.

Il faut le dire plus haut que jamais :

La morale pure, élevée, sans tache, telle que le genre humain l’a connue depuis dix-neuf siècles, est le don et le fruit de la foi chrétienne.

Et il est juste de reconnaître qu’en ce sens la foi et la morale sont inséparables; l’une est le fondement, l’autre est l’édifice : qui nie l’une, détruit l’autre. Prétendre garder la morale chrétienne, et rejeter la foi, c’est ingratitude, inconséquence, illusion et folie.

« L’union entre les trois personnes divines, dit encore Bossuet, nous est donnée commele modèle de la nôtre. O mon Père, qu 'Us soient un en nous , comme vous, mon Père , êtes un en moi et moi en vous ! O Dieu, Père, Fils, et Saint-Esprit, je

(i) Catéchisme rte Montpellier, I re pari., seel. I", chap. I ,r ; Cntéch. de Bossuet.

(») E\nng. selon saint Jun , chap. I".

Digîtized by Googje

lit

me reconnais, en tout et partout, (ait à votre image, à l’image de la Trinité, conformément à cette parole, faisons l’homme à notre image et ressemblance ; puisque même l’union que vous voulez établir en nous est l’image imparfaite de votre parfaite unité. O charité! tu dois croître et te multiplier jusqu’à l’infini dans les fidèles, puisque le modèle d’union et de communication qu’on te propose est un modèle dont tu ne peux jamais atteindre la perfection. Tout ce que tu peux faire, c’est de croître toujours en l’imitant, en communiquant de plus en plus tout ce que nous avons à nos frères; lumière, instruction, conseil, correction quand il le faut , amour, tendresse, vertu, par l’édification, le bon exemple et le support mutuel; et à plus forte raison, biens, richesses, substance, et tout jusqu’au pain que nous mangeons, que nous devons partager avec les pauvres. »

On voit ici un exemple de l’heureuse application qu’on peut faire à la conduite de la vie des dogmes les plus hauts et les plus impénétrables de notre sainte religion.

C’est précisément cette [union indissoluble de la foi et de la morale qui met un intervalle immense entre les maximes de l’antique philosophie, dictées par les hommes et livrées à la dispute des hommes, et les maximes de l’Évangile

fondées sur la parole même de Dieu, éclairées par les exemples d’un Dieu , cimentées et fécondées par le sang d’un Dieu.

« Hors de l’enceinte du christianisme, dit très-bien l’auteur du Cours de C éducation progressive (i), il a toujours manqué quelque chose à l’idée de Dieu : la philosophie l’a laissée inanimée, inactive, négative même; l’Évangile seul nous a montré Dieu revêtu de libre puissance, de beauté, de perfection. A mesure que la connaissance du Christ s’efface en nous, celle de Dieu même devient confuse ; ses attributs les plus augustes et les plus saints tombent dans l’oubli. »

C’est qu’en effet , comme le dit l’Évangile, nul ne va au Père que par le Fils, et nul ne connaît le Père et le Fils que par le Saint-Esprit, docteur unique de toute vérité. Et il ne faut point s’étonner si Dieu, ayant aimé les hommes jusqu’à leur envoyer son Fils pour les sauveren acceptant la mort la plus cruelle et la plus ignominieuse, punit, par laperte de toutelumière religieuse, la monstrueuse ingratitude qui dédaigne un tel amour, outrage une telle victime, et tient pour peu de chose la rédemption, cette grande réhabilitation de l’humanité.

Dieu et l’homme sont deux redoutables énigmes, dont le mot est iésus-christ, le Dieu-Homme

(i) Tome 11, page ai5.

DEVOIRS ENVERS DIEU. f 13

ou l’ Homme-Dieu. Dieu a donné à la majesté de son Fils de réaliser, dans toute la suite des siècles, depuis l’apparition du christianisme sur la terre , cette formidable sentence de J. C. même : « qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé. » Oui : qui méprise J. C. méprise Dieu, et, par une irrésistible conséquence, d’erreur en erreur, de ténèbres en ténèbres , se précipite au fond de l’abîme.

a Tous ceux qui cherchent^ Dieu sans Jésus- Christ ne trouvent aucune lumière qui les satisfasse, ou qui leur soit véritablement utile. Jésus- Christ est le centre de tout; et qui ne le connaît pas, ne connaît rien dans l’ordre du monde ni dans soi-même : en lui est tout notre bonheur, notre vertu, notre vie, notre lumière, notre espérance; hors de lui il n’y a que vice, misère, ténèbres , désespoir, et nous ne voyons qu’ obscurité et confusion dans la nature de Dieu et dans notre propre nature. »

P en te fi de Pascal, II e partie, art. l5.

TITRE U

Page 1