DU CULTS DU A DIEU
a Aimez le Seigneur votre Dieu, et gardez en tout ses lois et ses ordonnances. »
« S’abstenir du mal est ce qui plaît au Sei-
gneur; s’éloigner de l’injustice est un sacrifice d’expiation pour le péché. »
« L’oblation du juste est d’une excellente odeur devant le Très-Haut; le sacrifice du juste est agréable, et le Seigneur n'en perdra point le souvenir. »
« C’est un sacrifice salutaire, que d’ètre attentif à garder les commandements. »
« Mais l’offrande d’un bien injustement acquis est rejetée, et les dons des injustes ne sont point agréés de Dieu. Le Très-Haut ne regarde point les offrandes des méchants , et la multitude de leurs sacrifices n’obtiendra point de lui le pardon de leurs péchés. Celui qui offre un sacrifice à Dieu du bien des pauvres , est comme celui qui égorgerait un fils sous les yeux de son père. »
« Qu’ai-je affaire, dit le Seigneur, de ce grand nombre de victimes que vous m’offrez! Jesuis rassasié des holocaustes de vos béliers et de la graisse de vos bêtes; je n’aime point le sang des veaux, des agneaux et des boeufs. L’iniquité règne dans vos assemblées : lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées, cessez de faire le mal , apprenez à faire le bien , attachez-vous à la justice , assistez l’opprimé , prenez la défense de la veuve et de l’orphelin; après cela venez, et soutenez votre cause contre moi : quand vos péchés seraient comme l’écarlate, ils
deviendront blancs comme la neige; quand ils seraient rouges comme du vermillon, ils deviendront comme la laine la plus blanche.
« Rompez les chaînes de l’impiété, déchargez de leurs fardeaux ceux qui en sont accablés, renvoyez libres ceux qui sont opprimés, brisez le joug dont ils sont chargés, faites part de votre pain à celui qui a faim, recevez dans votre maison les pauvres et ceux qui ne savent où se retirer; lorsque vous verrez un homme nu, revêtez-le et ne méprisez point ceux qui sont vos frères : alors vous invoquerez le Seigneur, et il vous exaucera; vous crierez vers lui, et il vous dira , me voici ! »
« Ce sont les bonnes oeuvres que je demande , et non les sacrifices; j’aime mieux la connaissance de Dieu que les holocaustes. »
« Apprenez, ô homme! ce qui vous est utile et ce que le Seigneur demande de vous : c’est que vous agissiez selon la justice, que vous aimiez la miséricorde et que vous soyez dans une humble soumission à l’égard de votre Dieu. »
« Sont-ce des victimes ou des sacrifices que le Seigneur demande , et n’est-ce pas qu’on obéisse à sa voix? L’obéissance vaut mieux que le sacrifice, et il est meilleur d’obéir que d’offrir la graisse des béliers. »
« Adorer Dieu, dit Nicolle, c’est s’abaisser et
1 16 TBAITÉ DE MOBALE.
s’anéantir en sa présence ; c’est le préférer à Soi ; c’est désirer son règne sur nous ; c’est avouer que nous sommes à lui et pour lui , que nous lui appartenons par toute sorte de droits ; que c’est le comble de l’injustice de vouloir nous soustraire de sa dépendance et vivre pour nous-mêmes; c’est le louer, c’est l’aimer, c’est l’admirer. Tous ces sentiments de l'àrae composent cette adoration en esprit et en vérité que Dieu demande de nous; et c’est pour nous mettre plus à portée de remplir ce devoir, qu’il y a des jours consacrés particulièrement au culte de Dieu : jours d’une sainte joie , d’une application particulière à Dieu , et d’une plus grande séparation du monde; jours spécialement consacrés aux prières et aux bonnes œuvres. »
Le culte extérieur est à la religion ce que la parole est à la pensée.
La pensée sans la parole aurait suffi à la dignité de l’homme, mais la société eût été impossible. La religion sans le culte extérieur aurait acquitté l’homme envers Dieu; mais nous n’eussions pas connu le bonheur des prières communes , l’attrait ^es bons exemples, le charme divin de ces touchantes cérémonies où l’humble paysan se place à côté d’un saint Louis ou d’un Bossuet, pour recevoir sur le front la cendre qui nous rappelle à tous l’arrêt de mort prononcé contre les enfants
DEVOIES ENVEBS DIEU.
d’Adam , ou pour se nourrir avec eux et comme eux du pain eucharistique.
« La piété est une sagesse sublime qui surpasse toutes les autres. » ( Pensée de M. Joubbht '.)
Toute la vie du chrétien est prière et action dates la vue de Dieu; ce sont les deux formes essentielles de l’amour que nous lui devons.
1 Nous saisissons celte occasion de rendre hommage à l’une des plus aimables intelligences et des plus douces âmes que, de nos jours, la terre ait possédées. Célail un bonheur de l’entendre: toutes ses causeries, si spirituelles et si naïves, laissaient une belle pensée dans la tête, un sentiment honnête et délicat dans le cœur. Qui pourrait oublier, s’il en a goûté le charme , ces délicieuses matinées où quelques amis venaient tour à tour, près de son lit, discourir, rêver, philosopher, badiner, se distraire ou se souvenir avec lui ? Il avait connu le mondeavec toutes ses erreurs et tous ses amours , assez pour en être quelquefois vaincu , et sur. tout assez pour gémir de ses défaites. Aussi n'est-on pas surpris de trouver dans le recueil où il revit tout entier, un fréquent éloge du repentir, qu’il appelle la sagesse autant que la vertu des mortels. La religon lui apparaissait belle et consolante; mais peutêtre pourrait-on lui appliquer un mot qu'il a lui-même rappelé : il l' aimait plus qu'il ne la connaissait. Peut-être , à force de trouver Port-Royal trop sévère, avait-il fait l’Évangile trop indulgent; peut-être, à force de respecter dans les autres tout culte et toute croyance, avait-il contracté une sorte d’indifférence pour la vérité. On ne peut du moins lire, qu'avec peine, au milieu d'une foule de pensées justes, ingénieuses, profondes, fortes et bril" tantes à la fois, des assertions comme celle-ci : Il est nécessaire de croire à la religion, il ne l’est pas quelle soit vraie., il suffit que la religion soit religion : il n'est pas nécessaire quelle soit vérité.... Quel dommage qu’on soit obligé déliré avec défiance un ouvrage de M. Joubert !
« Dieu n’a fait les créatures raisonnables que - pour être honoré et glorifié par elles ; elles ne peuvent l’honorer et le glorifier que par un mouvement libre de leur volonté, et par conséquent de leur amour. »
« Il est juste que tout soit dans l’ordre et que la créature raisonnable se soumette à son Créateur; elle ne s’y soumet véritablement que quand elle veut sans restriction ce que Dieu veut, et l’on n’est dans cette disposition que quand on aime Dieu. »
« Il est juste de s’acquitter de ce qu’on doit : or nous n’avons rien que nous n’ayons reçu de Dieu; nouslui devons donc tout, nous nous devons donc nous-mêmes : nous ne pouvons nous donner à Dieu qu’en l'aimant. »
« Les hommes sont sujets à offenser Dieu, ils ont besoin sans cesse de sa miséricorde , ils doivent apaiser sa justice, et ils ne peuvent apaiser cette justice souveraine que par leur amour. C’est en cessant d’aimer Dieu qu’on l’offense , c’est en commençant à l’aimer qu’on l’apaise et qu’on se le rend favorable. »
« Nous avons sans cesse besoin du secours de Dieu et de ses bienfaits; nous ne pouvons nous en rendre dignes qu’en nous attachant à lui par notre amour (i). »
(i) Cotée k. de Montpellier.
Vous AIMEREZ LF. SEIGNEUR VOTRE DlEU UE TOUT VOTRE COEUR, DE TOUTE VOTRE AME, DE TOUT VOTRE ESPRIT ET DE TOUTES VOS FORCES; c’eST LA LE PRE- MIER ET LE PLUS GRAND COMMANDEMENT.
O Dieu que la gloire couronne,
Dieu que ta lumière environne.
Qui voles sur l'aile des vents.
Et dont le trône est porte par les auges ,
Dieu, tu veux bien que de simples enfants Avec eux chantent tes louanges !
Que son nom soit béni , que son nom soit chanté ;
Que l'on célèbre ses ouvrages Au delà des trmps et des âges,
Au delà de l’éternité!
(TUcran.)
L’homme naît, vit, meurt avec toi;
Chacun des anneaux de sa vie,
O Christ, est rivé par ta foi.
Sou Oiant, ses pleurs sont une offrande;
Heureux, son bonheur te demande De bénir sa prospérité;
F.t le mourant que tu consoles Franchit , armé de tes paroles.
L'ombre de l'immortalité.
(LsNSRTINa.)
On n’adore Dieu qu’en l’aiinant, a dit saint Augustin ; aimez , et faites ce que vous voudrez.
Dieu nous donne ses dons, il se donne lui-ménic :
Pour tant de biens, il commande qu'on l'aime.
(Racine.)
TRAITÉ DE MOEALE
TITRE III
DE LA FHIÉAE.
I a prière est le désir du cœur : désirer, c’est prier.
Dieu entend le désir de l’homme, et le gémissement de l’âme ne lui est point caché.
Ix)uer Dieu , l’adorer, le remercier de ses bienfaits, implorer son secours pour nous et pour les autres, lui offrir nos personnes, nos biens, nos actions, nos souffrances, ce sont différentes formes de la prière.
Aimer Dieu, désirer de s’unir à Dieu, prier Dieu, ce sont trois manières d’exprimer une même chose.
Les occupations indispensables de la vie n’empêchent pas que nous n’aimions Dieu , que nous ne désirions de nous unir à lui; elles n’empêchent donc pas que nous n’accomplissions le précepte consolant de la prière continuelle.
Si nous ne cessons pas d’aimer Dieu , nous ne cessons pas de le prier.
La prière n’est interrompue que quand on cesse d’aimer.
Il n’est pas nécessaire , et dans ce monde il est impossible que nous pensions toujours actuellement à Dieu; ce qui est possible et nécessaire, c’est qu’au fond de notre cœur subsiste l’a-
mour de Dieu et le désir de nous unir à lui.
Si cet amour est véritable , si ce désir est sincère, nous rapportons naturellement nos actions à Dieu , comme le voyageur rapporte ses démarches au terme qu’il veut atteindre, et tout est dans l’ordre.
Ajoutonsque, pour le chrétien, tout ce qui l’environne, tout ce qu’il voit , tout ce qu’il entend , devient une occasion de méditation et de prière. Ce beau soleil qui se cache et tout languit, qui se montre et tout se ranime ; ce glorieux firmament, où se meuvent, dans un espace sans bornes et dans un ordre invariable, des milliers de globes de feu ; cette vaste mer, tantôt si paisible et alors la grande route des nations, tantôt si furieuse et alors même si docile sous la puissante main de Dieu ; cette terre si habile et si prompte à se parer des dons que Dieu l’a chargée de transmettre à l’homme; toutes ces merveilles élèvent vers l’auteur de tout bien les intelligences qui ne craignent point la lumière , les cœurs pour qui la reconnaissance n’est point un fardeau. Bossuet nous offre de cette manière de voir les scènes de la nature un magnifique exemple, dont nous sommes heureux d’enrichir ces. feuilles.
« O mon Dieu , je me suis levé pendant la nuit avec David pourvoir les cieuxqui sont l’ouvrage
de vos doigts , la lune et les étoiles que vous avez fondées. Qu’ai-je vu, Seigneur, et quelle admirable image des effets de votre lumière infinie! le soleil s’avançait , et son approche se faisait connaître par une certaine blancheur qui se répandait de tous côtés; les étoiles avaient disparu, et la lune se montrait avec son croissant d’un argent si beau et si vif que les yeux en étaient charmés. Elle semblait vouloir honorer le soleil , en paraissant claire et lumineuse par le côté qu’elle tournait vers lui ; tout le reste était obscur et ténébreux, et un petit demi-cercle recevait seulement dans cet endroit-là un ravissant éclat par les rayons du soleil comme du père de la lumière. Quand il la voit, elle reçoit une teinture de lumière ; plus il la voit, plus sa lumière s’accroît ; quand il la voit tout entière , elle est dans son plein , et plus elle a de lumière , plus elle fait honneur à celui d’où elle lui vient. Mais voici un nouvel hommage qu’elle rend à son céleste illuminateur : à mesure qu’il approchait, je la voyais disparaître : le faible croissant diminuait peu à peu, et quand le soleil se fut montré tout entier, la pâle et débile lumière s’évanouissant se perdit dans celle du grand astre qui paraissait, dans laquelle elle fut comme absorbée. On voyait bien qu’elle ne pouvait avoir perdu sa lumière par l’approche du soleil qui l’éclairait ; mais un petit astre cédait au grand, une petite
Di
DEVOIES ENVERS DIEU.
lumière se confondait avec la grande, et la place du croissant ne parut plus dans le ciel , où il tenait auparavant un si beau rang parmi les étoiles. Mon Dieu, lumière éternelle, c’est la figure de ce qui arrive à mon âme , quand vous l’éclairez. Elle ne l’est que du côté que vous la voyez; partout où vos rayons ne pénètrent pas, ce n’est que ténèbres , et quand ils se retirent tout à fait , l’obscurité et la défaillance sont entières. Que fàut-il donc que je fasse , ô mon Dieu , sinon île reconnaître , comme étant de vous , toute la lumière que je reçois?... »(i)
Dans toute prière , le cœur doit s’accorder avec la bouche. Autrement c’est une prière fausse et hypocrite : Dieu la rejette.
On peut s’appliquer à la prière intérieurement ou extérieurement , en public ou en particulier.
La prière publique , dit Tertullien , fait une sainte violence à Dieu , et cette violence lui est agréable.
Une admirable prière , qui résume tous nos devoirs , rappelle tous nos besoins , console toutes nos misères et comble tous nos vœux , nous a été enseignée par l’auteur même de tout don et de toute grâce.
« Notre père , qui êtes dans les deux , que votre
(i) Trailé de la concupiscence, chap. 3a.
TBAITB DE MOHALE.
« nom soit sanctifié , que votre règne arrive, que « votre volonté soit faite sur la terre comme au « ciel ; donnez-nous aujourd’hui notre pain de a chaque jour; pardonnez-nous nos offenses, « comme nous pardonnons à ceux qui nous ont a offensés , et ne nous laissez pas succomber à la « tentation , mais délivrez-nous du mal » (i).
la plus parfaite de toutes les prières publiques est l’auguste sacrifice de la messe, qui comprend toutes les autres prières, la louange, l’adoration, l'action de grâces , la demande, l’offrande; sacrifice par lequel Jésus-Christ, l’auteur et le consommateur de la foi chrétienne v continue , représente et renouvelle sur nos autels la grande immolation de la croix , qui a fait le salut du monde.
O moment solennel! ce peuple prosterné,
Ce temple dont la mousse a rouvert les portiques,
Ses vieux murs, son jour sombre et ses vitraux gothiques. Cette lampe d’airain, qui, dans l’antiquité.
Symbole du soleil et de l’éternité ,
Luit devant le Très-Haut nuit et jour suspendue,
La majesté de Dieu parmi nous descendue;
Les pleurs, les voeux, l’encens qui montent vers l'autel.
Et de jeunes beautés qui, sous l’ail maternel.
(i) On pourra lire dans C Appendice quelques réflexions sur celle prière du Pater, le lait et le miel de l’enfance, le pain de l’âge mûr, le vin du vieillard, et renfermant, sous ces divers emblèmes, tout ce qu’il y a de plus doux , de plus substantiel et de plus généreux.
Adoucissent encor par leur voix innocente De la religion la pompe attendrissante;
Cet orgue qui se tait, ce silence pieux,
L’invisible union de la terre et des cicux ;
Tout enflamme, agrandit, émeut l'homme sensible:
Il croit avoir franchi ce monde inaccessible,
Où sur des harpes d’or l’immortel séraphin.
Aux pieds de Jéhovah , chante l’hymne sans fin.
Alors, de toutes parts un Dieu se fait entendre;
Il se cache au savant (i), se révèle au cœur tendre :
Il doit moins se prouver qu’il ne doit se sentir.
(Le jour des morts dans une campagne , par Fontshks.)
(i) Aon pas , me dit un jour avec une énergique vivacité un des membres les plus distingués de l’Académie des sciences à qui je rappelais ce vers de Fontanes, non pas. Il n'est pas vrai que Dieu se cache aux savants ; et pourquoi donc Dieu se cacheraitil aux saiants ? Fontanes a tort. J'aimai beaucoup celte boutade d’un homme de bien, cette sorte de protestation chrétienne, ce cri de religion et de foi d’un homme qui s’est fait un beau nom dans la science. Mais, tout en convenant avec M. le baron T*** que plus d’un savant, même de nos jours, a su tout ensemble étudier, interroger, connaître la nature et rendre à son auteur un sincère hnmmagc, force est de reconnaître que trop communément , pour tout ce qui tient aux exercices religieux , la science, la gloire, une brillante renommée, sont des écueils contre lesquels, soit orgueil, soit faiblesse, vient se briser la raison humaine, habile à saisir un certain ordre de vérités, infatigable à les sonder, ardente à les répandre, et par l’excès même de la noble passion qui l’anime et l'absorbe , sujette à concentrer sur le seul point qui a fixé ses recherches, toute son activité, tous ses désirs, toutes ses affections.