DE RENNES
2 décembre isîs.
Quatre nouvelles facultés des lettres sont inaugurées en ce moment dans des villes qui, comme Lyon et Bordeaux, en raison de leurs populations et de leurs richesses, sont comptées parmi les plus importantes du royaume, ou comme Rennes et Montpellier, possédant une école de droit ou de médecine, voyaient avec regret ces écoles rester isolées au préjudice d'une nombreusejeunesse.
Cette belle institution , due au zèle créateur et persévérant du Ministre de l'instruction publique (■), apparait sous un triple aspect qui doit la rendre précieuse à tous. Elle achève et couronne, elle étend, elle approfondit l’instruction que donnent avec tant de libéralité ccs grands collèges qui ne portent pas en vain le nom de Royal; elle prépare, elle initie la jeunesse aux fortes études qui doivent la conduire aux plus honorables professions, aux postes les plus éminents; elle présente, avec tous leurs développements , les objets les plus dignes d’occuper l’esprit de l’homme; l’histoire qui raconte les temps passés; la littérature qui exprime ce que furent et ce que sont encore les hommes et la société; la philosophie qui montre ce qu'ils doivent être.
Ce sera. Messieurs, l'honneur de notre époque qu’il se soit rencontré en même temps, dans tous les esprits, une merveilleuse ardeur de s’instruire, et dans le gouvernement une ferme volonté de fournir tous les moyens possibles de contenter celte salutaire et vivifiante ardeur.
Elle existe, ou du moins elle tend à se propager sur tous les point» de la France cette impatience de savoir et de connaître qui saisit toutes les intelligences et rallia toutes les volontés. Elle germe et se développe naturellement dans une contrée où la littérature et la jurisprudence, res deux arts du beau et du vrai,
(f) Alors, M. He Salvanib-.
du bon et du juste, oui depuis longtemps fait leurs preuves; dans la pairie de la Chalotais, de Gerbier, deToullier, deSévigné, de Chateaubriand; dans la capitale de l’ancienne Bretagne, dans une ville que tout appelle à devenir, suivant l'heureuse expression d'un autre enfant de la Bretagne, un grand centre d’instruction pour plusieurs millions de Français.
A tous ces titres, Rennes devait recouvrer la faculté des lettres, et elle l’a recouvrée, osons le dire, avec un avantage considérable.
Votre faculté, Messieurs, renaît tout armée, pour ainsi dire, des expériences faites autour d’elle pendant ces dernières années, prémunie contre les écueils auxquels peut-être d’autres facultés du même ordre se sont heurtées avec perte. Il vous est donué de comprendre dès le premier instant tout ce que demandent de dévouement et découragé vos doubles fonctions de professeurs et de juges; de professeurs qui distribuent la science, et déjuges qui constatent les résultats de l’enseignement; de professeurs qui , tout entiers à leurs profondes recherches , parcourront dignement leur utile et bienfaisante carrière en augmentant sans cesse leur propre instruction, et déjugés qui, appréciant les véritables intérêts de la jeunesse, voudront donner à la société les garanties réelles, les garanties sérieuses que réclament plus que jamais notre régime constitutionnel et notre perpétuel mouvement d’élection et de délibération.
il faut le reconnaître, Messieurs, et il est bon de le dire à la gluire du siècle et du pays; notre France surtout a soif de vérité. Aussi la cherchons-nous de toutes parts ; aussi la demandons-nous à tous les peuples, à tous les lieux, à tous les âges, à toutes les langues; nous interrogeons la surface de la terre et ses vastes entrailles; nous nous adressons aux monuments antiques, aux plus minces débris, aux ruines les plus lointaines. La patiencisel le génie ont fait alliance pour rassembler tous les souvenirs, comparer et peser tous les témoignages, ouvrir avec respect les lomlieaux où dorment les générations qui ne sont plus, ranimer leurs poussières et écouler leurs révélations. L’infatigable humanité poursuit, à travers les ravages et les enseignements vie la mort, sa lâche immortelle, et l’œil toujours ouvert, l'oreille toujours at-
leritive , elle veut connaître tout ce qui fut pour le perfectionnement de ce qui est.
Les Dauv i I le et les Malte-Brun , les BÂcon et les Descaries, les Newton et les Cuvier, les Dargentré, lesCliampollion, lesSacy, les Laromiguière, les savants bénédictins et leurs glorieux émules consacrent volontiers leur trop rapide existence au bonheur de restituer un cap ou un golfe à la carte de l’ancienne Grèce, à une inscription mutilée son vrai sens, un texte à son auteur, une héroïque ou pieuse tradition à la province qu’elle honore ou qu’elle édifie, une loi au système planétaire, un être au monde antédiluvien, un fait de conscience à la philosophie, un trait de mœurs ou une'belle parole à l’histoire. Et pendant que ces hommes de doctes labeurs se consument au service de la science, quel est le dédommageinentde tant de veilles, de tant de sacrifices, quelquefois de tant de périls ? une vérité désormais acquise au trésor public des connaissances humaines.
Ajoutons, Messieurs, pour mieux justifier notre admiration et notre gratitude, que rechercher ainsi le beau et le vrai dans les sciences et dans les lettres, c’est une nohle manière de remplir une partie essentielle de la mission donnée par Dieu même aux intelligences qu’il a faites à son image. Oui, il est beau d’éclairer, comme parle Montesquieu, les lois par l’histoire et l’histoire par les lois, de fortifier la morale par la religion, et de faire servir la religion au triomphede la morale; d'élever la raison humaine à sa plus haute puissance, et pourtant de savoir lui dire à propos , avec les plus fiers chrétiens du grand siècle, avec les Bossuet et les Pascal : Tnis-toi, raison imbrcilc. Il est beau de peindre les passions et les tempêtes qu’elles soulèvent, non pour applaudir à d'ignobles défaites, pour consoler honteusement de promptes servitudes, ou pour déshonorer, s’il se pouvait, des noms illustres et chers à la patrie, mais pour exciter les hommes à livrer le combat et à disputer la victoire. Il est beau à tous les degrés, depuis U salle d’asile et les écoles primaires, jusqu'aux collèges, aux écoles de médecine et aux facultés de tdSs les ordres, de contribuer à répandre la lumière dans les esprits, la chaleur dans les àmc-s, l'harmonie dans les relations sociales, la dignité dans toute la vie. Il est beau enfin d’aspirer à la vérité en toutes choses comme au terme de, tous les travaux intellectuels, et de l'envisager comme la sève-
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nourricière qui anime et féconde toutes les branches de l'enseignement universitaire.
Je m'arrête, Messieurs, non que le sujet soit épuisé, il est immense ; non que je méconnaisse la bienveillance de cet imposant auditoire, j'ai compté sur celle bienveillance; mais j'avais à parler devant vous de la philosophie, de l’histoire et de la littérature; j’ai dû tâcher d’être court, comme le doit être tout orateur parlant de guerre devant Annibal.
TABLE DES MATIÈRES
Introduction Pages i à xvi.