COLLÈGE STANISLAS
C’est la troisième fois, jeunes Elèves, que nous venons dans cette enceinte célébrer vos triomphes ou consoler vos défaites , et mêler à nos applaudissements nu à nos regrets, quelques conseils qui , mieux encore que les éloges, témoignent du vif intérêt que nous vous portons.
Cette année, nous aimons à le proclamer, il v a progrès sensible. Vous avez soutenu avec une nouvelle gloire cette lutte redoutable qui termine et qui juge vos travaux et ceux de vos nom-
(l) LL. A. B. les ducs d’Aumale et de Mootpensier assistaient aussi à la distribution des pris, comme élèves du college.
breux émules. Nous vousen félicitons; j’ai presque dit. nous vous en rcmercions.au nom de l'Université de France.
Oui, nous vous en remercions. Car toutes les fois que s’agitent, dans les écoles ou dans les familles , les immenses questions de l'instruction et de l'éducation publique, le collège Stanislas , par sa constitution même et par les fruits heureux qu’il ne cesse de produire, est une des bonnes réponses que nous puissions faire au» adversaires de l’Université.
Tout ce que nous avons sous les yeux autorise le long espoir et les vastes pensées.
A la vue de celte florissante jeunesse , destinée à toutes les carrières honorables et aux professions les plus diverses; à la vue de ces maîtres distingués qui ont conquis leurs places dans les rudes combats de l’agrégation; à la vue de ces pieux et dignes ministres de notre Église gallicane, une si belle portion de l’Église universelle, comment ne céderions-nous pas an plaisir de présager et de saluer par avance ces temps désirés où tous les talents concourront, où tous les dévouements s’uniront pour faire surgir de tous nos établissements, en l'honneur et au service de la commune jkalrie, ainsi que le demandait le clergé même dans ses cahiers de 1789, des magistrats pour les tribunaux, des prêtres pour le sanctuaire, des guerriers pour les armées, des citoyens pour toutes les classes de l’État?
Ainsi, serait résolu parla France du dix-neuvième siècle ce problème national d’une magnifique variétéau sein d'une unitéféconde. Vous surtout , jeunes hommes, gardez-vous d'en douter •• la solution est dans vos mains, l'avenir est à vous.
Élèves de Stanislas, nous voudrions vous l’assurer, et brillante! prospère, ce long avenir qu’il vous est permis d’espérer. Souffrez donc qu’au nom de vos plus chers intérêts, nous vous répétions ce que nous disions l’année dernière, à pareille époque et dans une semblable fêle, auxélèves du collège royal d’Henri IV, en présence d'une reine heureuse et fièredevoirses (ils disputera leurs condisciples ces paisibles couronnes dont l'aspect fait battre aujourd'hui le coeur de vos mères : ce qui d’ailleurs est de tous les temps et de tous les lieux. Jeunes Élèves, amour et espoir de nos vieilles sociétés, levez vos nobles fronts d’hommes et de chrétiens; et les regards fixés sur le hut essentiel que doivent atteindre en définitive
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les travaux des disciples et les talents des maîtres , sache/, estimer par-dessus tout, autant que voire âge le comporte, autant que votre esprit peut le concevoir, autant que votre cœur peut le sentir, l’inappréciable avantage d’acquérir de lionne heure de fortes convictions : elles seront à vos âmes que tourmenteront un jour les vents des passions et les vagues tumultueuses des opinions humaines, ce que l'ancre qui se prend auroc est au vaisseau battu de la tempête. Accoutumez-vous dès vos premières années à envisager, sans reproche et sans peur, le côté sérieux de notre passagère existence sur cette terre d’épreuve. Continuez à puiser dans de graves enseignements qu’achèvent sous vos yeux des vies graves et pures, les vraies et saintes doctrines qui, dans toutes les positions où la Providence vous placera, embelliront vos joies et charmeront vos douleurs. Croyez-en le sage qui a dit : Un peu de philosophie détourne de la religion /beaucoup de philosophie y ramène. Mais ne vous en tenez point là, et, nous oserons le dire, croyez-nous aussi : Un peu de religion laisse trop de prise à l’indilTérence et au doute : beaucoup de religion est une source intarissable de certitude, de calme et de bonheur.
Après cela , Élèves de Stanislas , redoublez vos efforts, ranimez votre ardeur; et prouvez, pour la centième fois , prouvez par vos succès en tout genre , que rien, quoi qu’en aient pu dire la prévention, l’ignorance ou l’erreur, rien ne s’allie plus naturellement que ces deux choses, la soumission à l’Évangile et le développement intellectuel. Vous en attesterez au besoin notre grand siècle toutentier. Vous en attesterez ce siècle d’éternelle mémoire, où, tandis que les Turenne et les Condé s’agenouillaient victorieux sur les champs de bataille, l’aigle de Meaux donnait au monde l’exposition de la foi catholique et le discours sur l’Histoire universelle; où le cygne de Cambrai faisait entendre aux rois et aux peuples de si utiles leçons comprises trop tard; où Racine racontait en si beaux vers les grandeurs du Dieu qui apaise les flots et contient les méchants; où Pascal, dans sa prose sublime, tenait l’homme suspendu entre les deux infinis que Dieu seul embrasse et comprend; siècle fortuné, où ces beaux génies se disaient humblement les disciples desTertullien et des Irénée, des Augustin, des’Chrysostôme, des Grégoire et des Hilaire, en même temps qu’ils méditaient, admiraient et jugeaient les œuvres d» Platon et d’Homère, de Cicéron , de Tacite et de Virgile.
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Courage, jeunes gens, courage. C’est pour vous que tous ces grands hommes ont existé, ont pensé, ont écrit. C’est pour votre siècle que tous les siècle» précédents ont défriché et arrosé de leurs sueurs les terres longtemps ingrates de la littérature, de la philosophie et de l'histoire, ont perpétué les bonnes traditions, et périssables eux-mêmes, ont tour à tour payé, en passant, leurs tributs à l'impérissable humanité. Suive/, d'illustres exemples; étudiez, examinez, approfondissez; la religion ni la science ne craignent les recherches profondes, les examens de bonne foi, les études consciencieuses. Et contre les découragements, contre les apparentes contradictions, armez-vous de cette salutaire et inconstestable maxime, qu'au fond , toutes les vérités de tous les ordres se lient et s’expliquent, s’accordent et se soutiennent, par la raison qu’elles coexistent dans le sein de celui qui est la vérité substantielle et infinie. Regardez et regardez encore; et tenez pour cerlain que si votre vue quelquefois s'étonne et se trouble, ,la faute en est à vos faibles yeux, et non pas à ce beau soleil de justice et de vérité en qui tout est splendeur, magnificence et clarté.
Enfin, Elèves de Stanislas, nous vous devons un dernier mot à la veille des grandes rivalités que suscitera sans aucun doute la liberté définitivement donnée à l'instruction secondaire, rivalité* que le ministre de i'instrucliou publique vous annonçait hier avec une confiance dans l’avenir qui est pour tous nos collèges un honneur et un avertissement. Vous aussi, soyez de dignes enfants de cette Université qu'une main puissante a placée, il y a trente ans et plus, au milieu de notre ordre social comme une colonne et comme un phare. Ne craignez pas de vous associer à ses destinées et de contribuera sa gloire. Elle a traversé des temps difficiles, toujours attaquée et toujours triomphante, comme tout ce qui est bon et vrai. Elle traversera les siècles, car elle repose sur de solides fondements. D'une part, elle a pour base, et ici nous redisons les paroles mêmes du législateur de 1808, elle a pour base indestructible les préceptes de la religion catholii/ue; d'autre part, elle doit se tenir au niveau de toutes les idées libérales propres à favoriser le progrès des lumières , des bonnes études et des bonnes
moeurs.
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