‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 102 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU. i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU. i

goûl OU l'avant-goûl des vrais biens. Les bons Anges *, ne cuvant répandre dans le cœur de Thomme la grâce de senti- Qent ou la délectation intérieure ', et les méchants pouvant exliler en eux la concupiscence , c'était une nécessité que le péché régnât, je ne dis pas parmi les idolâtres, je dis même parmi les Juifs. Aussi sait-on que ce peuple était fort charnel et fort grossier, toujours porté à Tidolâlrie, et qu'il y retombait souvent, malgré les miracles extraordinaires que saint Michel et ses Anges faisaient en leur faveur, malgré les promesses et les menaces des biens et des, maux temporels, qui étaient Tobjet de leur concupiscence. Car les Anges mêmes ne conservaient le culte du vrai Dieu, et ne retenaient dans le devoir le peuple sonmis à leur conduite, que par des motifs d*amour-propre, en lear promettant des- biens que les vrais Chrétiens croient en tontes manières indignes de leur amour.

XI. La loi ne devait point promettre les vrais biens ^ car FAnge par qui Dieu Ta donnée n'avait pas le pouvoir de répandre la grâce intérieure sans laquelle on ne peut les mériter. Cela était réservé à Jésus-Christ. Outre que ces sortes de biens ne pouvant être l'objet de la concupiscence, la connaissance et le enlte du vrai Dieu auraient bientôt été détruits parmi les Joife. Cette nation choisie aurait été réduite à une poignée de gens qui appartenaient à Jésus^Christ, et que la grâce intérieure a sanctifiés en chaque siècle. Or il fallait que la connaissance dn vrai Dieu se conservât avec quelque éclat chez les Juifs, peuple prophétique, et témoin irréprochable des vérités de la Heligion, malgré la puissance et les artifices du Prince du monde; jusqu'à ce qu'enfin le Fils unique de Dieu, pour lequel ®t par lequel toutes choses ont été faites, descendit du ciel pour changer la face de toute la terre, et commencer ce dénouement surprenant et admirable de la conduire de Dieu ♦ : dénouement ^ni finira par le nœud indissoluble de l'Epoux et de l'Epouse, Qui jouiront dans le ciel d'une félicité éternelle au milieu des splendeurs divines, chantant sans cesse des cantiques de

^- Var. Car enfin les bons Anges. (1684.)

2» Var. Cea quatre derniers mots n'étaient pas dans l'édition de 1684.

f* Var. L'édition de 1684 continuait ainsi : pour plusieurs raisons. Mais une des î'^'cipales, c'est que ces sorte» de biens..., et la suite comme plus loin. /• « L'IncamaCion du Verbe est le premier et le principal des desseins de Dieu, *^l ce qui justifie sa conduite, le seul dénouement de mille et mille difficultés, de '^* et mille contradictions apparentes. » (9« Entretien métaphysique.)

iOi TRAITÉ DE MORALE.

louante à la gloire de celai qui aura réduit leurs ennemi sous leurs pieds parla puissance invincible de son bras, etpa des voies parfaitement dignes de sa sagesse et de ses autres al tributs.

XII. Os grandes vérités mériteraient sans doute d'être prou vées et expliquées plus au long, mais ce n'en est pas ici If lieu. Mon dessein est principalement de faire comprendre qae les Anges sonl Ministres de Jésus-Christ, et qu'ils sont envoyis, comme dit saint Paul, pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent hèritfr du ciel * : et qu'ainsi ils ont en qualité de causes occnsioniwUes ', car Dieu ne communique point sa puissance aux créatures d'une autre manière, qu'ils ont', dis-jeje pouvoir, non de donner la grâce intérieure, mais de produire dans les corps, et par eux dans les âmes qui leur sont unies, certains elTets (jui peuvent favoriser l'efficctce delà Grâce, et empôcUer que les hommes ne trouvent à tous moments ces sujets de chute que les démons leur proposent. Car comme dit le Prophète : Il a ordonné à ses Anges de vous protéger dans ^owtcs vos voies: ils vous porteront sur leurs mains de peur que lotrefi^'^ ne rencontre qudqiin pierre qui vous fasse choir *.

XIII. On peut donc prier les Anges et leur demander le^i^ protection contre ce lion rugissant * qui, comme dit saint Pierre tourne sans cesse autour de nous pour nous dévorer ^ : ou pour ^^^' 1er comme saint Paul, cojitre ces puissances invisibl^Sy cespr^tc'pautéSy ces Princes du monde, remplis d'erreur et de ténèbres^ ce. jnalins esprits répandus dans Vair ; car ce n'est j)as seulement co^' tre la chair et le sang que nous avons à combattre. Mais il ne «^u pas regarder les Anges comme causes distributives de la grâc^ ni leur rendre le culte qui n'est dû qu'à Jésus-Christ. lieK(!i^ laissez pas séduire ^, dit saint Paul, par ceux qui s'humilientdt vant les Anges et leur rendent un culte superstitieux , qui se fW' lent des choses quils n'entendent point, éblouis par de vaines vn ginations de leur esprit propre; au lieu d- dumeurer attachés ( chef duquel tout le corps de l'Eglise reçoit Vesprit qui lui don

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