‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 145 sur 235 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Des devoirs dûs à Tamour Divin. Notre volooté n'est qu'une impression continuelle de Tamour que Dieu se porte à lui-même, qui seul est le bien véritable. On ne peut aimer le mal, mais on peut prendre pour un mal ce qui n'est ni bien ni mal. De même ou ue peut haïr le bien, mais le vrai bien > est effectiv^ent le mal des méchants ou la cause véritable de leurs misères. Afin que Dieu soit bon à notre égard, il faut que notre amour soit semblable au sien ou toujours soumis à la loi Divine. Mouvements ou devoirs.

I. Noas dépendons de la puissance de Dieu, et nous ne faisons rien que par son efficace : nous sommes unis à sa sagesse, et noas ne connaissons rien que par sa lumière : mais nous sommes encore tellement animés par son amour, que nous ne sooQunes capables d'aimer aucun bien que par l'impression coutinaelle de l'amour qu'il se porte à lui-môme. C'est ce qu'il faut maintenant expliquer pour marquer en général nos devoirs envers Dieu.

IL Certainement Dieu ne peut agir que pour lui-même : il n'a point d'autre motif que son amour-propre : il ne peut vouloir ' que par sa volonté; et sa volonté n'est point, comme en nous, une impression qui lui vienne d'ailleurs et qui le porte ailleurs. Comme il est à lui-même son bien, son amour ne peut ^re qu'amour-propre : sa fin c'est lui-môme, et ne peut être que lui-môme. Ainsi Dieu ne donne point aux esprits un amour qui tende où ne tend pas le sien ; puisque l'amour du bien dans

1. Var. Mais c'est que le vrai bien... (1684.) 8. Var. Dieu ne peut vouloir. (1684.)

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les esprits n'est prodait que par la volonté de Dieu, laquelle n'est autre chose que l'amour qu'il se porte à lui-même. L'amour eu Dieu ue doit tendre que vers lui, car Dieu se suflità lui-même. Mais l'amour des créatures ne doit point s'arrêter aux créatures, il duit tendre uniquement à Dieu *. Car il n'y a point ' deux ou plusieurs biens véritables : il n'y en a qu'an seul, puisqu'il n'y a ^ qu'une cause véritable. Il n'y a dône que Dieu d'aimable, j'entends d'un amour d'union. Ainsi, comme Dieu ne peut pas vouloir qu'on aime ce qui n'est point aimable ni qu'on n'aime pas ce qui est aimable, supposé qu'on soit capable d'aimer, c'est une nécessité que notre amour venant de Dieu, tende uniquement vers lui, et se rapporte à loi dans la première institution de la nature.

III. Dieu créant donc les esprits, et voulant les rendre hea* reux, il leur imprime sans cesse l'amour du bien : et comoieil n'agit que pour lui, et que le bien n'est et ne peut être qu'en lui, cet amour naturel du bien ne les porte par lui-même que vers Dieu : car cei amour est semblable à celui que Dieu se porte à lui-même. Cet amour aussi est invincible, puisque c'est une impression puissante et continuelle de l'amour Divin; et il n'est point différent de notre volonté, puisque ce n'est que par les différentes déterminations de cet amour que nous pouvons aimer tous les objets qui ont l'apparence du bien ^.

IV. De là il est clair que nous ne pouvons point aimer le fflal, et que nous n'avons point pour cela de mouvement. Néanmoins nous pouvons par erreur prendre le mal pour le bien, et aimer alors le mal par cboix ^, en aimant le bien d'un amour naturel. Nous pouvons « aimer le mal, ou plutôt ce qui n'est ni bien ni mal, par un abus abominable du bon amour, que Dieu iQ^' prime sans cesse en nous, pour se faire aimer de nous, comoi^ étant seul notre bien ou capable de nous rendre heureux. Car nous devons surtout prendre garde que toutes les créatures» quoique parfaites ou bonnes en elles-mêmes, ne sont ni bonnes

t. Var. Ces deux phrases, depuis : L'amour en Dieu, u'élaienlpas dans l'éditio'' de 1684.

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