‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 147 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE. —DES DEVOIRS. Ibi · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. —DES DEVOIRS. Ibi

ni mauvaises par rapport à nous, puisqu'elles n'ont point véritablement la puissance de nous faire ni bien ni mal. Gomme elles soQt causes occasionnelles du bien ou du mal, du plaisir ou de la douleur, nous pouvons nous y unir ou nous eu séparer par le mouvement de notre corps : mais nous ne pouvons raisonnablement ni les aimer ni les craindre, parce que tout mouvement qui ne tend point vers Dieu, qui en est le principe et la tin, est déréglé, et mérite d'être puni s'il est libre.

V. Il est clair aussi que nous ne pouvons pas haïr le bien, puisque, voulant invinciblement être heureux, nous ne pouvons pas nous séparer de celui qui nous rend heureux. Néanmoins MOUS pouvons par erreur prendre le bien pour le mal, et alors baïr le bien par la haine que nous avons pour le mal. Mais celte haine dans le fond n'est qu'un mouvement d'amour. Nous De fuyons le mal que par le mouvement d'amour que nous avons pour le bien. Car, Dieu nous ayant faits pour être heureux en l'aimant, il ne nous a pas donné de mouvement pour nous séparer de lui, mais pour nous unir k lui. Les pécheurs ou les damnés haïssent Dieu d'une haine invincible et irréconwliable, mais c'est par l'amour môme que Dieu leur a donné pour l'aimer. Car Dieu n'étant plus leur bien, mais leur mal, ou la cause de leurs supplices, selon ces paroles de l'Ecriture : Cumelecto electus eriSy et cura perverso perverierH ^ ; ils le haïssent P^r le mouvement invincible que Dieu, toujours immuable dans sa conduite, leur donne pour le bonheur.

VI. Pour bien comprendre cela, il suflit d'observer que c'est 'e plaisir actuel qui rend actuellement et formellement heureux, et la douleur malheureux. Or, un damné sent la douceur, un pécheur endurci la craint. Le damné connaît que Dieu seul en est la cause véritable, le pécheur le croit, ou du moins il l'appréhende *. Il faut donc, par le désir même qu'ils ont d'être heureux, qu'ils abusent l'un et l'autre du mouvement ^ueDieu leur donne pour les unir à lui, et qu'ils s'en sépa- ''ent: puisque, plus ils sont unis à Dieu, plus Dieu agit en eux, plus aussi éprouvent-ils qu'ils sont malheureux. Les bienheureux au contraire, et par une raison semblable, ne peuvent cesser d'aimer Dieu. Et ceux qui ont accès auprès de Dieu,

^••P». XVII, 27. (Note luargiiiali' tle M.)

«•Var. Le damné counait que Dieu seul eu «.-si la cause : le pécheur le croit. llo84.) L'édition de 1697 ne contient pas non plus : ou du moins il l'appréhende.

iTi.i TRAITE DE XORALE.

ceux ijui e^^H'ivut de imuver en lai leur bonheur, les iiui \*AT la fui c[i Jësiis-Christ ont espérance de n :;rii'e, iieiivenf par le dé<ir invincible de leur bonh l'i crainJre D;eu. C'est lu Tétai où nous sommes itiie VU'.

MI. Or. aiiu que l'amour naturel que Dieu im resse en n<*us. demeure amour et ne se change poini a!in <iue l'amjar du bjnheur nous rende heureux, I^Tie t'i nojs unisse à D:eu, au lieu de nous en s un mol ;iiiu que Dieu soit ou demeure bien à noir \w de\ii'Uiie point un inal. il faut que notre amou ,*' ji'urs i- ir. forme uu semblable à l'amour Divin ; il fau

aiuKuns la pi^rfeciion, aussi bien que la félicité! 1 nous demeur.tins unis à la sagesse de Dieu, aussi b puissauL-e. Car Dieu en créant l'homme, lui a donm niMur du bien, et par Timpression de Tamour qu'il lui-iii'''iito, t*i>mme deux amours, celui de la félicité ( la i^rfeolion. Par l'amour de la félicité il Ta uni à sa qui seule peut le rendre heureux; et par l'amour d( lion il l'a uni à sa sagesse, tiui seule le peut rendre qui doit le conduire ' comme sa loi inviolable. Dit ainsi dire, divinement animé de ces deux amours, sèparables en lui, et ils ne peuvent se séparer en nous perdre entièrement. Car ia puissance de Dieu jusie: sa sagesse est toute-puissante; et celui qui p serviT eu lui Tamour de sa félicité sans celui de sa s'unir à la puissance pour être heureux, sans se foi sagesse pour être parfait, corrompt cet amour de la ne servira * qu'à le rendre élernellemenl malheurei mour de Dieu sur toutes choses en tant que puissa que cause unique de notre félicité, n'est pas préc qui nous justifie. C'est l'amour de Dieu, en tant qi justice, c'est l'amour de l'ordre immuable, l'amoui Divine. On ne peut plaire à Dieu, si l'on ne veut, si ce qu'il veut et ce qu'il aime. L'ordre immuable qu de toutes les volontés Divines, doit donc èlre aussi

1. Var. A sa mi^i-sm-. qui >t'ul«.' iluit le l'oiuliiiit'... ijtij<4.-

2. Var. b)t oolui qui uréteini ooiisonor on lui l'aniour de la iùV.c lé la perfeotiun, l'amour de la sagesse, de la juslico.de l'ordre iminual de la félicité ne servira... il(î8i.>

',). Var. Les quatre dernières phrases, depuis les mots : Car l'anio toutes choses..., n'étaient pas dans l'édition de 168 i.

Page 1