‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 173 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE. — DES DEVOIRS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DES DEVOIRS

m. Mais comme les biens de la terre ne sont pas proprement (S biens, comme leur prix véritable dépend du rapport qu'ils iiivent avoir avec les vrais biens, comme en lin ce sont des ens qui ne peuvent se communiquer sans se partager, il arve très souvent qu'on no doit point en faire part à quelques îrsonnes. Par exemple, si un père trop tendre pour ses enfants ébauchés ou disposés à la débauche, leur donne de Targent, est la cause de leurs désordres, et fait tort aux pauvres qui araient besoin de son secours; de même que celui qui présente ne épée à un fou ou à un homme transporté de culère, est entablement la cause du meurtre. Le prodigue vole les •auvres, et lue par ses libéralités indiscrètes l'àme des commuons de ses débauches : et celui qui donne à un valet m^e la liberté de boire à discrétion, lui fait un bien que décadent les devoirs de la charité et de la bienveillance. En un Diot, celui qui donne quelque puissance à des esprits impuissants, qui ne peuvent ni consulter ni suivre la Raison, est la ^ase de leur péché ^ et de tous les maux qui suivent de Tabus le la puissance.

IV. Ces vérités sont incontestables, et la raison en est claire, ^mme l'argent, par exemple, n'est point proprement un bien, inisqa'on ne peut véritablement le posséder ni en jouir, car fô esprits ne possèdent point les corps : comme c'est un bien IQ'onne peut communiquer sans le partager, l'amour de bienveillance le doit distribuer de manière qu'il soit utile et devienne un bien, ou plutôt un moyen propre pour acquérir le ^Jen, à regard de ceux qui le reçoivent. Car autrenoent on nanque doublement à ce qu'on doit au prochain : on blesse la ^rsonne à qui on donne cet argent, et tous ceux à qui on ne le lonne pas et qui par les lois de la charité y ont un droit vériable.

V. Mais la douleur et l'humiliation, qui en elles-mômcs sont je vrais maux, deviennent biens en plusieurs rencontres: et ^niour de bienveillance, qu'on doit avoir pour tous les hommes, loilnous porter à affliger ceux qui le méritent, et sur lesquels tous avons autorité, alin de les retirer de leurs désordres par * crainte du châtiment. Une mère qui ne veut point souffrir lu'on coupe le bras gangrené de son enfant, est une cruelle. »*Js celle-là l'est beaucoup plus, qui lui laisse corrompre Tes-

^- Var. De leur perte. (1684.)

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prit ei le cœur par les plaisirs et par la mollesse. Un ami çfii soiiiTre en silence qu'on détruise son ami par des intrigues secrètes, ou qui entre lui-même par intérêt dans un commerce désavantageux k Tamitié qu'il a jurée, c'est un ami iaûdète, c'est un homme indigne de la société des autres hommes. Mais bien plus iniidôie ami est celui, qui de peur de nous coQirisier et de nous affliger, nous laisse tomber dans les enfers, oaqoi llattant nos passions, se joint aux seuls ennemis que nous ayons pour nous aveugler et pour nouspferdre.

VI. Qui peut donc rendre au prochain les devoirs de la charité ou de la bienveillance? celui-là certainement qui conoail la vanité des biens qui passent et la solidité des biens falors, \ l'immobilité de la Jérusalem céleste, fondée sur le roc inébranlable, le Fils bien-aimé du Tout-Puissant ; celui-là qui compare

le temps à l'éternité, et suivant le grand principe de la Morale chrétienne^ mesure les devoirs de l'amitié et de la société civile sur ct»ux de la socié é qui se lie ici-bas par la grâce et se cimente pour jamais d^ns le ciel, par une communion perpétaelle d'un bien qui se donnera tout entier à tous. Celui-là eutinqui pense sans cesse à la société toute divine que nous devons avoir avec le Père par le Fils dans l'unité du Saint-Esprit, amour mutuel du Père et du Fils, et principe de l'amour heureux qui nous unira <\ Dieu dans tous les siècles, celui-là, mais celui-là seul peut rendre à son prochain les devoirs de bienveillance. Tout autre manque de chariié : et bien loin qu'il nous aime de cet amour qui nous est dû, et qui est le second des plus grands commandements de la loi des chrétiens, qu'il ne connaît pas encore ses obligations essentielles à notre égard. Le commerce (|u'il a avec nous, son amitié, sa société seront plutôt la cause fatale de nos maux, que le principe heureux de notre repos et de notre joie.

VII. Qu'on dise tant qu'on voudra qu'il faut séparer les lois de la société civile de celles de la charité chrétienne, elles i^e paraissent inséparables dans la pratique. Le citoyen de wa ville est déjà par la grâce citoyen de la sainte Cité : le sujet de mon Prince est un domestique de la maison de Dieu. J** non estis hospitcs et advenœ, dil saint Paul, sed estis cives S^**^' torum, et domestici Dei, superœdificati super fundamentum Ap^^' tolorum et Prophetarum, ipso summo anyulari lapide Chri^^ Jesu : VI quo omnis œdi/icatio constructa crescit in TemplumsCL^' tum Domino: Puis-je donc entrer dans les desseins d'un a*^^»

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