‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 189 sur 235 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Origine de la diverdité des conditions. La Raison seule devrait goQverneri. Mais la force est nécessaire à cause du péché ^. Soo usage légitime c'est de ranger les hommes à la Raison, loi primitive ^. Devoirs des supérieurs et des inférieurs.

I. C'est une vérité cerlaiue que la différence des condiiions est une suite nécessaire du péché originel, et que souvent la qualité, les richesses, l'élévation tirent leur origine de l'injustice, et de l'ambition de ceux à qui nos aïeuls doivent leur naissance. Comme l'injustice de nos ancêtres est ensevelie dans l'oubli, et que le lustre que leurs richesses et leurs dignités ont laissé dans leur famille subsiste encore ; l'éclat de la qualité, qui brille aux sens et qui frappe rimagination, nous éblouit; et l'injustice, qui en est peut-être le principe, ne se faisant plus sentir, nous n'y pensons point.

H. Le commun des hommes, jugeant des choses parVimpression qu'elles font sur leurs sens, regarde comme des demidieux ceux qui se font traîner avec un équipage magniûque; et au lieu de fermer la vue en présence d'un appartement superbe, pour juger solidement du mérite personnel de celui qui l'habile, ils ouvrent insensiblement les yeux à la beauté qui les sollicite et qui les enchante, et unissent à la personne même tout l'or et le marbre dont la maison est embellie. Mais un philosophe chrétien regarde sans s'ébranler la magnificence

i. Var. Réfçner. (1684.)

2. Var. Les mots : à cause du péché, n'étaient pas dans l'édition de 1684.

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