‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 192 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS

li a pas donné ce droit, non plus que la coutume ni Tétat. ;, excepté ce que la coutume, la Raison, la puissance supére prescrivent, les maîtres peuvent regarder comme leurs ts naturels tous les moyens propres à ranger, non à leur nié, mais à la Raison, tous ceux qui leur sont soumis : à aison, dis-je et non à leur volonté ; car encore un coup, ni uges, ni les princes, ni le père, ni Dieu môme, si cela était ible, si le Verbe ne lui était point consubslantiel, s'il pous'empôcher de l'engendrer et de l'aimer, ni Dieu-môme, je, n'a pas ce droit de se servir de sa puissance pour souire les hommes, faits pour la Raison, à une volonté qui n'y it pas conforme.

III. Néanmoins un serviteur, un écolier, un sujet ne doit Il critiquer les volontés des supérieurs. Il doit leur faire honneur de croire qu'ils sont raisonnables aussi bien que et beaucoup plus que lui : et lorsque l'évidence * ou le mandement exprès de la loi de Dieu ne lui prescrit rien de raire, il est obligé d'obéir incessamment et sans murmure. vent môme il n'a pas droit de représenter ses raisons, pour laircir de ses doutes. Car il ne le peut, que lorsque cette ce de liberté n'a nul air de mépris, et ne peut irriter la perle, en qui il doit craindre et respecter la puissance de Dieu ae. Mais il faut que les supérieurs de leur côté aient beaup d'égards à la délicatesse des autres hommes. Qu'ils ne s'i- :inent pas d'être infaillibles, et que par leurs manières d'ahaules et fières, ils ne portent point ceux qui leur sont nis à les craindre, au lieu de craindre Dieu en leur perle. Le Dieu invisible ne fait pas tant de peur aux imaginas faibles, que l'air sensible et menaçant d'un père ou d'un 'Te en colère.: et souvent un supérieur aniifaé et troublé quelque passion, fait commettre à ses inférieurs de plus »ds crimes qu'il n'en commet lui-môme: parce qu'une pasimprévue l'ayant aveuglé, sa faute est moins volontaire ; 5 le crime de ceux qui lui obéissent contre la Raison est 'me, a cause qu'ils offensent Dieu librement, de peur de l'ar- " lui, et de lui déplaire *.

onr Malebrancbe, les Ihéories des cause» occasionnelles, de l'optimisme, des ►rts de la nature et de la grâce, tels qu'il les conçoit, sont «c évidentes » ; c'est » fait qu'il n'obéit pas « incessamment et sans murmure » aux censures dont sont l'objet, ^n sait de quels scrupules Malebrancbe fut tourmenté pour avoir signé le

-j:is TRAITÉ DE MORALE.

I\. Cm n'est pas (iu*un maître ne doive jamais agir ave pin' et SI* rendre redoutable. La Raison veut qu*il se (|U('i(|iiorois en colère, atin que cette passion répandant m nalenicnt sur le visage queltiue chose de terrible, son ai primt> la crainte dans le cœur dos méchants et les disp 1 obéissance ; et même si cela ne suffit pas, il faut y joindr inonac<»s, et en venir entin au châtiment, et à une espèce ces et d'outrage. Il faut absolument que la puissance sou: les hommes à la Raison et les force d'y obéir, lorsque la son elle-même, quoique connue, n'a pas pour eux asst charmes jiour les attirer à la suivre. Les hommes regardt Raison comme impuissante et sans action, comme incapaL n'Tompenscr ceux (jui s'attachent l\ sa suite et de punir qui suivent le parti contraire. Il faut délivrer les homm cvlle emnir, qui est conlirméc par tous les préjugés des «'t leur faire vivement sentir par sa conduite à leur égard, n'\ a point deux divinités ditTérentes, la Raison et la puisse ([ue le Tout-Puissant est essentiellement Raison, et que la son universelle est toute-puissante. Il faut qu'entre les hom ceux qui sont puissants et raisonnables ^ par le rapport [ entier ^ ([u'ils ont à la puissance et à la Raison divine, obi par la force les esprits déraisonnables à redouter la R; qu'ils n'aiment point; de môme qu'ils doivent par la Rj porter ceux ijui l'aiment à s'unir ii la puissance et se ré, en elle, dans l'atlenle de leur bonheur, qui leur sera donn Ion l(*s ordres ([ue prescrit la môme Raison. Il faut donc m cer, punir, rendre malheureux ceux qui méprisent la Ra Ciiv, comme il est encore moins incommode de lui obJir plaisir, que de lui désobéir avec douleur; peut-être (|i crainte du cliàtimcnt, faisant comprendre aux méchan

fnj'mulnirt' iMinIro- .lanséniiis, sans avoir acquis personnellement la prouvo (| iMiiq |n-(ip(tsilions attaquées étaient vraiment dans Jansénius : « Je prolcsto •'crivil-il plus lard, que je n'ai souscrit au formulaire, simplement et sans n limi. ]»niii'ipal«MiM'nt la tlcrniérc fois, qu'avec une extrême répu^nunc»'. p' (ihnixsdiu'o ai'ciifflp à /nr.s supérieurs, pnr imitntion rt par d'autres ron^iil('i' /luuiainf's qui ont vaini'u nw^ répu{;nan«'i'S. .. •> Voyez rmsemble de crilc n*! Iiitii d.iii^ M. IvniiiliiM". I/ist. de la Philos, 'ortés. 2^ vol. ch. ii. Elle «'s! siî-'i si>pli'iiil);r l^7:i. Kjlc l'xt di.mi' anléri<'un' au Tiaité de Morale, et il est visib Malilir.-iiifii'' -^'t'ti f«-.f <(iuveuu »'n écrivant ces lignes.

I. M.ii> l'i'iiN (]iii <in\\ puissants Honî-ils toujours au^sj raisonnables quo -.luN .'

i. Il luudrait qui* ce rapport fût « adéquat. >•

DEUXIÈME PàtTlE.— »IS DEVOIRS- ^39

mdeor des misères dont As se détiTTM^îeBt * $^il$ deveiiaWMil sonDables, ils se tnmTeroDt plas disposa à suivre les iih>u« nents de la grâce, sans laquelle on ne peat n^idn^ à la K»i rnelle tonte Tobéissance qui lai est due.

i. Les passions ne sont^point maavaisesen elles- iiu^mes. Hieu tst mieux entendu, rien n'est plus utile pi^ur entretenir la îiété, pourvu que la Raison les excite et les ci>nduist\ r,ar oame les hommes sont sensibles, il faut les instruire imr leurs is, et les mener où ils doivent aller, par quelquo chiKse qui i frappe et les mette en mouvement. Ces maitrt^s s«n};o8 ou )ids, sans vivacité et sans passion, n'avancent pas hoaucoup Qx qu'ils conduisent. Car les enfants ou les serviteurs, dont sprit n'est point fait à la raison, marchent lentoineni vors lu rtQ, si on ne les sollicite, si on ne les piquo sans co.sso. Mais ne faut jamais les frapper sans leséclairor, sans <|u'ils sacheiil

qu'on leur demande, et qu'ils le puissent \\\(^im r.vjVuliT ec plus de facilité, que de supporter le)s maux dont on Ioh af^ ge. Comme on nis peut se déterminer sans molif, Il faut Iom Htre en état de pouvoir choisir avec joie, et falrn volonllorii

qui ne vaut rien, s'il n'est volontaire. 11 faut quu leur eMprit Qstruise aussi bien que leur machine, et que la cniirile lU*^ iux ne serve qu'à les porter vers le bien, len approcher de la mière, les faire contempler la beauté de l'Ordre et la leur re aimer. C'est cette espèce d'aiïection qu'on fait imuHtrir m% mmes, en présence et à l'honneur de la Haiti^/ri qu'iU ont îprisée, qui ouvre Tesprit et donne de rinU^Hij^eiM'^ ; ai non 3 châtiments de brotant, qai ne mut propn^Jt qu'à Uttum sbrutes, qu'à dresser de» chevaux et de* i'MUtm^ H qo^ /ipîodreaax hommes à faire de leur ShUmUt h r^t^a ins^^tMiU* IcQT oTindoite *.

'2fti> TRAITE DE MORALE.

M. Les inférieurs ne sont pas seulement obligés aune oï sancî' prompte et exacie «aux ordres que leur signilient leurs pt*ri»Mirs, mais encore à leur volonté clairement connue quoi non sijrniliée. El bien que celui qui aitend l'ordre exprés c supérieur pour lui obéir et lui satisfaire, ne méprise pas ct»la sa personne et ne se révolte pas contre lui, il ne resp piiini as>i'Z en lui la puissance et la majesté divine. Mais ministre qui se rend maître de Tesprit du souverain, qui s tin* .à lui laulorité par les liaisons qu'il forme et par les ci tures qu'il so fait, et met son prince en étal qu'il appréhe ih". lui cnmmander, mérite dVire traité comme un rebelle ^ valet insolent qui par la connaissance qu'il a des affaires Sun maître ou de la faiblesse de son esprit, lui ôte la liberU lui niar(|uer ses volontés, est souvent plus coupable qu'un vileur paress<»ux et négligent qui n'exécute point les orc qu'on lui donne. Un lils, dans la force de son âge et de son prit, n'i (|ui a acquis beaucoup d'honneur et de biens dam nïomle, et qui par là s'est mis en état que son père humi faible, impuissant, n'ose lui rien commander, manque aux vnirs de l'obéissance, si, connaissant la volonté de son père ne la fait pas. Une femme qui se rend redoutable à son ir trop bon et trop honnête, ou qui par son humeur fâcheuse met en état (lu'il n'ose lui marquer sa volonté, est plus dé héissarite, «luoiqu'elle fasse exactement ce qu'il lui ordon (juo celle qui craint son mari selon le précepte de l'Apôtn (luoiqu'elle no fasse pas toujours tout celui qui lui est co mandé. Un religieux qui par le crédit qu'il a acquis dehors, ou par ses qualités personnelles, ferme la bouche à supérieurs '^ et ne fait [foint ce que certainement il sait b

y\n\. h rlli' stMiIi'». n^ntli-.'iil inutile Tiipage «le la furoo. Mais si le coupable c?ter vii!li\ «Ml quiti !•> fraiU'inonl qnon lui inlligo lui seniblera-t-il autre ciiose q' - l'h.'itiinouf brutal » et à quoi ce chàtiiiient servira-l-il, sinon à le remlre .• brute? ■■ I/iMuploi de la fon'e n'osi nmnil el n'«»st sans péril, à ce qu'il soir dan" m»* sin-M'ii'-j, que lors(iu*il est. indispunsabb* pour obtenir l'obéissance loi. patiM'n«'lle ou sm'iali', sans laquelle ou l'tMlueation tics enfants ou la siVuri la liberlr ilt^i'ilnyi^n»' serait impossible. Kncore faut-il que l'on s'etForne «le rci; luiijdur'i l't'f o:ii|t!i>i ;i snn mininiuni.

1. ('l'tif i'iipujuiiai'ité d(>s mini>Jtr«'S siib.-lituant leur action à celle du roi '" ^]o< traits curieux i!e l'ancien régime, avant le xviiie siècle.

2. MulitT nutem timeat vinim suum. Kphes. v, \\\\. (Note marginale do< éJ' de IGSi et UM»:..

."». Autrement (|u"on ayant raison, veut sans aucun doute dire Malebranchc. que ccsL la Haisou qui est souveraine, coranio il le répète si souvent.

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