CHAPITRE QUATORZIÈME
Des deyoirg que chacun se doit à soi-même, qui consistent en général à trayailler à sa perfection et à son bonheur.
I. Les devoirs que chacun se doit à soi-même, aussi bien que ceux que nous devons au prochain, peuvent se réduire en général à travailler à notre bonheur et à notre perfection : à notre perfection, qui consiste principalement dans une parfaite conformité de notre volonté avec l'Ordre ; à notre bonheur qni consiste uniquement dans la jouissance des plaisirs, j'entends de solides plaisirs et capables de contenter un esprit fait pour posséder le souverain bien.
II. C'est dans la conformité de la volonté avec l'Ordre, que consiste principalement la perfection de ^e^prit. Car celui qui aime l'ordre plus que toutes choses a de la vertu : celui qui obéit à l'ordre en toutes choses a de la vertu ; celui qui obéit à Tordre en toutes choses, remplit ses devoirs; et celui-là mérite un bonheur solide, la récompense légitime d'une vertu éprouvée, qui sacrifie à Tordre ses plaisirs présents, souffre les douleurs, et se méprise soi-même par respect pour la loi divine. Cette même loi toute-puissante et toute juste décidera de son sort et le récompensera éternellement.
III. Chercher son bonheur, ce n'est point vertu, c'est nécessité ; car il ne dépend point de nous de vouloir être heureux, et la vertu est libre. L'amour-propre, à parler exactement, n'est point une qualité qu'on puisse augmenter ou diminuer. On ne peut cesser de s'aimer : mais on peut cesser de se mal aimer, on ne peut arrêter le mouvement de Tamour-propre, mais on peut 'le régler sur la loi divine. On peut, par le mouvement d'un amour-propre éclairé, d'un amour-propre soutenu par la