DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS
foi et par Tespérance et animé ' par la charité, sacrifier ses plaisirs présents aux plaisirs futurs, se rendre malheureux pour . un temps, afin d'éviter la vengeance éternelle du juste juge. Car la grâce ne détruit point la nature. Le mouvement que Dieu imprime sans cesse en nous pour le bien en général ne s'arrête jamais. Les pécheurs et les justes veulent également être heureux : ils courent également vers la source de leur félicité. Mais le juste ne se laisse ni trompe.r ni corrompre par les apparences qui le flattent : l'avant-goût des vrais biens le soutient dans sa course. Mais le pécheur, aveuglé par ses passions, oublie Dieu, ses vengeances et ses récompenses, et emploie tout le mouvement que Dieu lui donne pour le vrai bien à courir siprès des fantômes.
IV. Ainsi l'amour-propre, le désir d'être heureux, n'est ni vertu ni vice ; mais c'est le motif naturel de la vertu et qui devient dans les pécheurs le motif du vice. Dieu seul est notre Qn : Dieu seul est notre bien : la Raison seule est notre loi : et L'amour-propre ou le désir invincible d'être heureux est le motif qui doit nous faire aimer Dieu, nous unir à lui, nous soumettre à sa loi. Car nous ne sommes point à nous-mêmes ni notre bien ni notre loi. Dieu seul possède la puissance : lui seul est donc aimable, lui seul est donc redoutable. Nous voulons invinciblement être heureux, nous devons donc obéir inviolablement à sa loi. Car enfin, on ne peut trop se mettre dans l'esprit que le Tout-Puissant est juste, que toute désobéissance sera punie et toute obéissance récompensée. Maintenant, on est heureux dans le désordre : l'exercice de la vertu est dur et pénible *. Cela doit être pour éprouver notre foi et nous faire acquérir des plaisirs légitimes. Mais cela ne peut et ne doit continuer d'être. Il n'y a point de Dieu, si l'âme n'est immortelle et si l'univers ne change un jour de face : car un Dieu injuste est une chimère. L'esprit voit clairement tout ceci. Et qu'en doit conclure son amour-propre éclairé, son désir invincible et insatiable de la félicité ? Qu'il faut se soumettre entièrement à la loi divine, pour être solidement heureux. Cela est de la dernière évidence.