‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 23 sur 235 · Var. La raison de l'homme · texte numérisé non relu

Var. La raison de l'homme

la raison qui éclaire Tesprit de irbomme ^ est universelle'.

II. Si mon propre esfnHt était ma Raison, ou ma lumière, mon esprit serait la Raison de toutes les intelligences : car je suis sûr que ma Raison ou la lumière qui m*éclaire est commune à toutes les intelligences^. Personne ne peut sentir ma propre douleur : tout homme peut voir la Vérité que je contemple. C'est donc que ma douleur est une modiQcation de ma propre substance, et que la Vérité est un bien commun à tous les esprits.

III. Ainsi par le moyen de la Raison, j'ai, ou je puis avoir quelque société avec Dieu, et avec tout ce qu'il y a d'intelligences ; puisque tous les esprits ont avec moi un bien commun ou une môme loi *, la Raison.

IV. Cette société spirituelle consiste dans une participation de la même substance intelligible du Verbe, de laquelle tous les esprits peuvent se nourrir. En contemplant cette Divine substance, je puis voir une partie de ce que Dieu pense ; car Dieu voit toutes les vérités, ' et j'en puis voir quelques-unes. Je puis aussi découvrir quelque chose de ce que Dieu veut \ car Dieu ne veut qae selon ÏOrdre, et l'Ordre ne m'est pas entièrement inconnu. Certainement Dieu aime les choses à proportion qu'elles sont aimables ; et je puis découvrir qu'il y a des choses plus parfaites, plus estimables, plus aimables ^ les unes que les autres '.

V. Il est vrai que je ne puis, en contemplant le Verbe, ou en consultant la Raison, m'assurer si Dieu produit quelque chose au dehors. Car nulle créature ne procède nécessairement du Verbe : le monde n'est point une émanation nécessaire delà' Divinité : Dieu se suffit pleinement à lui-même. L'idée de l'Etre

i . Var. Et la raison de Thoinme. (1684.) — On voit par oes deux corrections jasqu'où vont les scrupules de Malebranche et sa crainte de paraître trop accorder à la nature humaine.

2. Voyez la ir» et la 2« des Méditajtiom chrétiennes et Y Éclaircissement sur la nature des idéesy dans la Recherche de la vérité ou dans les deux premiers Entretiens sur la métaphysique. (Note marginale do M.)

3. Var. Car je suis sûr que ma raison éclaire toutes les intelligences. (1684.) — Car je suis sûr que ma raison ou ma lumière éclaire toutes les intelligences. (1697.) On sait que cette expression, empruntée de saint Augustin, revient très souvent dans Malebranche. « L'homme ne peut être à lui-même sa propre lumière. >»

4. Var. Les mots : ou une même loi, ne sont pas dans l'édition de 1684.

Page 1