Var. Froidement
6. « 11 vaut infiniment mieux chercher avec inquiétude la vérité et le bonheur qn'onne possède pas, que de demeurer dans un faux repos en se contentant des mensonges et des faux biens dont on se repaît ordinairement. » (Recherche de la ^féritéf liv. IV, ch. m, sur la curiosité.)
fi TRAITÉ DE MORALE.
Xil. Puisque les vérités spéculatives et pratiques ne sont que des rapports de grandeur et de perfection, il est évident que la fausseté n'est rien de réel. Il est vrai que 2 fois 2 font 4, ou que 2 fois 2 ne font pas 5 : parce qu'il y a un rapport d'égalité entre 2 fois 2 et 4, et un tVinégalité entre 2 fois 2 et 5. Et celui qui voit ces rapports, voit des vérités, parce que ces rapports sont réels. Mais il est faux que 2 fois 2 soient 5, ou que 2 fois 2 ne soient pas 4 : parce qu'il n'y a point de rapport d'égalité entre 2 fois 2 et 5, ni de rapport d'inégalité entre 2 fois 2 et 4. Et celui qui voit, ou plutôt celui qui croit voir ces rapports, voit des faussetés. 11 voit des rapports qui ne sont point. Il croit voir, mais effectivement il ne voit point. Car la vérité est intelligible, mais la fausseté par elle-même est absolument incompréhensible.
XII [. De même il est vrai qu'une bête est plus estimable qu'une pierre, et moins estimable qu'un homme, parce qu'il y a un plus grand rapport de perfection de la bête à la pierre, que de la pierre à la bête, et qu'il y a un moindre rapport de perfection entre la bête comparée à l'homme, qu'entre l'homme comparé à la bête. Et celui qui voit ces rapports de perfection, voit des vérités qui doivent régler son estime, et par conséquent cette espèce d'amour que l'estime détermine. Mais celui qui estime plus son cheval que son cocher, ou qui croit qu'une pierre en elle-même est plus estimable qu'une mouche ou que le plus petit des corps organisés, ne voit point ce que peut-être il pense voir *. Ce n'est point la Raison universelle, mais sa raison particulière qui»le porte à juger comme il fait. Ce n'est point l'amour de l'Ordre, mais l'amour-propre, qui le porte à aimer comme il aime. Ce qu'il pense voir, n'est ni visible, ni intelligible ; c'est un faux rapport, un rapport imaginaire : et celui qui règle sur ce rapport, ou de semblables, son estime ou son amour, tombe nécessairement dans l'erreur et dans le dérèglement.
XIV. Puisque la Vérité et V Ordre sont des rapports de grandeur et de perfection réels, immuables, nécessaires, rapports que renferme la substance du Verbe Divin ; celui qui voit ces rapports, voit ce que Dieu voit : celui qui règle son amour sur ces rapports, suit une loi que Dieu a:ime invinciblement. Il y a donc entre Dieu et lui une conformité parfaite d'esprit et