PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU
verseliequi prononcerait en lai-môme les jugements * qu'il formenil
X. Mais Dieu est infaillible par sa nature : il ne peut être sojet à Terreur ni au péché ; car il est à lui-même sa lumière et sa loi. La Raison lui est consubstantielle : il la connaît parfaitement, il l'aime invinciblement. Étant infini, il découvre tous les rapports que renferme la substance intelligible du Verbe. Il ne peut donc pas juger de ce qu'il ne voit point. Et, comme il s'aime invinciblement, il ne peut s'empêcher d'estimer et d'aimer les choses à proportion qu'elles sont estimables, à proportion qu'elles sont aimables, selon l'Ordre immuable de ses propres perfections, car les êtres ne sont plus ou moins parfaits que parce qu'ils participent plus ou moins aux perfections Divines *.
XI. Apparemment les Anges et les Saints, quoique par leur naïQre sujets à l'erreur, ne se trompent jamais: car la moindre attention de l'esprit leur représente clairement les idées et leurs rapports. Ils ne jugent que de ce qu'ils voient. Ils suivent la lumière, et ne la précèdent pas. Ils obéissent à la loi, et nes'élèveat pas. La Raison seule juge en eux souverainement et sans appeL Mais l'homme, tel que je m'éprouve, se trompe souvent, parce que le travail de l'attention le fatigue extrêmement ; et quoique son application soit forte et pénible, il ne voit d'ordinaire que confusément les objets, il n'aperçoit que confusément les idées ^, Ainsi l'homme fatigué et peu écla:iré se repose dans la vraisemblance, content pour quelque temps du faux bien dont il jouit. Et, parce qu'il s'en * dégoûte bientôt, il recommence ses rechef ches, jusqu'à ce que lassé et séduit de nouveau, il prenne quelque repos, pour recommencer faiblement ^ ses recherches difficiles «.
connaissancc, qu'elle ne fait aucun jugement que des choses qui lui sont cla rement et distinctement représentées par l'entendement, il ne se peut faire que je me trompe. » (Descartes, 4« méditation, parag. 17.)