‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 39 sur 235 · Vnr. Rendre. (1684 et IfiOT · texte numérisé non relu

Vnr. Rendre. (1684 et IfiOT

fH TRAITÉ DE MORALE.

1)11 ne passe guère pour vaillant homme; et celai qui n'est point superstitieux ou crédule *, quelque piété qu'il ait, passera sans douté pour un libertin dans les esprits superstitieux ou trop crédules *.

VII. Certainement, la Raison universelle est toujours la môme: l'Ordre est immuable; et cependant la Morale change selon les pays, et selon les temps *. C'est vertu chez les Allemands que do savoir boire: on ne peut avoir de commerce avec eux si Ton ne s'enivre. Ce n'est point la Raison, c'est le vin qui lie les sociétés, qui termine les accommodements, qai fait les contrats. C'est générosité parmi la noblesse, que de répandre le sang de celui qui leur a fait quelque injure. Le dael a été longtemps une action permise; et comme si la Raison n'était pas digne de régler nos différends, on les terminait par la force : on préférait à la loi de Dieu même, la loi des brutes, ou le sort. Et il ne faut pas s'imaginer que cette coutume ne fut en usage que parmi des gens de guerre, elle était presque générale; et si les Ecclésiastiques ne se battaient pas, par respect pour leur caractère, ils avaient de braves champions qui les représentaient, et qui soutenaient leur bon droit en versant le sang des parties. Ils s'imaginaient même que Dieu approuvait leur conduite ; et, soit qu'on terminât les différends par le duel S ou par sort, ils ne doutaient point que Dieu ne présidât au jugement, et qu'il ne donnât gain de cause à celui qui avait raison. Car, supposé que Dieu agisse par des volontés particulières, ce que croit le commun du monde, quelle impiété que de craindre ^ ou qu'il favorise l'injustice, ou que sa providence ne s'étende pas à toutes choses.

VIII. Mais sans aller chercher des coutumes damnables dans les siècles passés, que chacun juge à la lumière de la Raison des coutumes qui s'observent maintenant parmi nous, ou plutôt qu'on fasse 'seulement attention à la conduite de ceux

1. Var. Et celui qui n'esl ni superstitieux ni crédule. (1684.)

2. Var. Dans l'esprit des autres. (1684.) Malobranche a trouvé cette expression trop générale, l'addition qu'il y a faite eu atténue l'amertume. Sa théorie des voies générales do la Providence devait le faire paraître en effet, aux yeux de beaucoup de gen». comme « trop peu superatitieux et trop peu crédule. »

3. « II n'y a point de science qui ait tant de rapport à nous que la morale... Cependant il y a six mille ans qu'il y a des hommes, et cette science est encore fort imparfaite. » {Uecherche de la vérité, 1. IV. c. m.)

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