‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 42 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU

on ne peut mériter l*intelligence de certaines vérités nécessaires, essentielles, sans lesquelles on ne peat acquérir ni la solide vertu, ni la félicité éternelle. Néanmoins la foi sans intelligence, je ne parle pas ici des mystères, ' dont on ne peut avoir d'idée elaire; la foi, dis-je, sans aucune lumière, si cela est possible, ne peut rendre solidement vertueux. C'est la lumière qui perfectionne Tesprit et le cœur : et si la foi n'éclairait l'homme et ne le conduisait à quelque intelligence de la vérité et à la connaissance de ses devoirs, assurément elle n'aurait pas les effets qa'on lui attribue. Mais la foi est un terme aussi équivoque que celui de Raison, de philosophie, de science humaine *.

XII. Je demeure donc d'accord que ceux qui n'ont point assez de lumière pour se conduire, peuvent ac(|uérir la vertu, aussi bien que ceux qui savent le mieux ^ rentrer en eux-mêmes poar consulter la Raison et contempler la beauté de l'Ordre; parce que la grâce de sentiment ou la délectation prévenante peut suppléer à la lumière * et les tenir fortement attachés à leur devoir. Mais je soutiens premièrement que, toutes choses égales, celui qui rentre le plus en lui-même, et qui écoute la vérité intérieure dans un plus grand silence de ses sens, de son imagination et de ses passions, est le pliis solidement vertueux. En second lieu, je soutiens ^ que l'amour de l'Ordre qui a pour principe plus de raison que de foi, je veux dire plus de lumière que de sentiment *, est plus solide, plus méritoire, plus estimable qu'an autre amour que je lui suppose égal. Car dans le

1. Var. Cette virgule a été ajoutée à la 2« édition. Malebrancho a craint do faire une distinction entre les mystères.

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