PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU
s'ils le laissent, ils prétendent ordinal remant que c'est par Hai- 8on. Le volaptuenx croit devoir préférer les plaisirs actuels à une vue sèche et abstraite de la vérité, qui coûte néanmoins bonacoup de peine. L'ambitieux prétend que l'objet de la passion ost quelque chose de réel, et que les biens intelligibles ne sont qulllasions et que fantômes; car d ordinaire on juge de la solidité des biens par Timpression qu'ils font sur Timagination et sur .les sens. 11 y a même des personnes de piété, ({ui prouvent par Raison qa*il faut renoncer à la Raison, que ce n*est point la lamière, mais la foi seule qui doit nous conduire, et que l'obéissance aveugle est la principale vertu des Chrétiens. La paresse des inférieurs et leur esprit flatteur s'accommode souvent de cette vertu prétendue; et Torgueil de ceux qui commandent en est toujours très content. De sorte qu'il se trouvera peutêtre des gens qui seront scandalisés, que je fasse cet honneur à la Raison, de l'élever au-dessus de toutes les puissances, et qui s'imagineront que je me révolte contre les autorités légitimes, à cause que je prends son parti, et que je soutiens (]ue c'est à elle à décider et à régner. Mais que les voluptueux suivent leurs sens : que les ambitieux se laissent emporter à leurs passions : que le commun des hommes vive d'opinion, ou se laisse aller où sa propre imagination le conduit. Pour nous, tâchons de faire cesser ce 'bruit confus, qu'excitent en nous les objets sensibles. Rentrons en nous-mêmes, consultons la Vérité intérieure. Mais prenons bien garde à ne pas confondre ses réponses avec les inspirations secrètes * de notre imagination corrompue. Car il vaut beaucoup mieux, il vaut infiniment mieux obéir aux passions de ceux qui ont droit de commander ou de conduire, que d'être uniquement son maître, suivre ses propres passions *, s'aveugler volontairement en prenant dans l'erreur un air de conGance pareil à celui que la vue seule de la vérité doit donner. J'ai expliqué ailleurs les règles qu'il faut observer pour ne pas tomber dans ce défaut, mais j'en parlerai encore dans la suite; car sans cela on ne peut être vertueux solidement et par raison.