‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 51 sur 235 · Var. Il n'agite · texte numérisé non relu

Var. Il n'agite

6. C'est dans ce reste indéfectible de raison et d'amour de l'ordre que Malebranche voit la réalité- du libre arbitre : si faible qu'il soit chez b'eaucoup d'hommes, il le juge suffisant pour établir la responsabilité, le mérite et le démérite, car il permet de faire effort pour demander, mériter et obtenir une liberté plus grande.

ur le bien ^ Ainsi Tamour-propre n'anéantit pas l'amonr Ordre : il ne fait qne le corrompre en rapportant à soile ce qui n'y a point de rapport ' nécessaire, ou plutôt en .nt préférer le bonheur actuel à la perfection de son être, k 3rtu, et à la félicité future qui en sera la récompense. Car nme, soit qu'il aime les objets par rapport à soi ou autret, il aime toujours ceux qui sont ou qui paraissent les leurs : parce que l'amour de l'Ordre ou des biens à pnv ion de leur perfection ou de leur bonté, est un amour nal et inviolable '.

Vi. Je dis ceci principalement afin que les méchants sait du moins qu'ils sont tels, et que les justes se délient de vertu. Car, comme les hommes, quelque misérables qu'ils Qt, sentent en eux-mêmes quelque droiture, ou qu'ils ont Ique amour naturel pour l'Ordre, ils s'imaginent avoir véblement de la vertu. Mais, pour posséder la vertu, il ne suf- •as d'aimer l'Ordre d'un amour naturel, il faut encor l'aimer i amour libre, éclairé, raisonnable. Mais de plus il ne suffit de l'aimer, lorsqu'il s'accommode actuellement avec notre ur-propre *; il faut lui sacrifier tout ce qu'il exige de s \ notre bonheur actuel, et s'il le demandait ainsi, notre propre : car la vertu ne consiste que dans l'amour domitde l'Ordre immuable. Notre cœur n'est parfaitement bien é «, que lorsqu'il est disposé à se conformer à l'Ordre en es choses ; et celui, qui voudrait que dans quelques occas l'Ordre se conformât à ses inclinations particulières, auen cela l'esprit faux et le cœur corrompu. Il n'y a point •mme, quelque méchant qu'il soit, qui ne trouve quelquedans l'Ordre une beauté qui le charme. Apparemment les ions mêmes ont encore quelque amour "^ pour Tordre. Us ; prêts à s'y conformer, lorsqu'il n'exige rien qui soit con- ['e à leur amour-propre; et peut-être y en a-t-il qui lui olTri-

Var. Cette fin de phrase, de;>uis les mots : que par l'impression naturelle,

ît pas dans l'édition de 1684.'

Var. Ici s'arrêtait la phrase dans l'édition de 1684.

Var. Et invincible. (1684.) , ,,

Var. Mais pour posséder la vertu, il ne suffit pas d'aimer l ordre d un amour

•el. (1684.)

Var. Il faut lui sacrifier toutes choses. (1684.)

Var. Notre cœur n'est réglé. (1684.)

Var. Ont quelque amour. (1684 )

raient volontiers qaelque léger sacrIÛce. Us ne sont pas tosui également méchants : ils ne sont donc pas tous également o(»-r posés à l'Ordre. Judas était un misérable que Tavarice dominait : néanmoins on peut croire, que pour délivrer de la mort -^ le meilleur de ses amis, il aurait bien sacrifié quelque peu d'argent. Il vendit le Sauveur pour trente deniers : mais peat-dttv (iu*il ne l'aurait pas livré si la somme eût été plus petite. Pour être vertueux, il ne suffit donc pas d'aimet Tordre : il faatraimer plus que toutes choses; il faut avoir une résolution f^ine de le suivre partout, quoi qu'il en coûte. 11 faut être prêt à Im sacrifier, non quelques petits plaisirs, ou quelques légères douleurs, mais son bonheur, sa réputation, la vie présente S dans '-^ Tespérance de recevoir de Dieu une récompense digne de loi XVII. Je crois même devoir ajouter à tout cela qu'une simpto résolution, quelque forte qu'elle soit, de suivre l'Ordre en toutes choses, ne justifie pas devant Dieu. Car Dieu, juste Juge des ~ ] dispositions des esprits, ne juge pas une âme sur des mouvements actuels et passagers : il la juge sur ce qu'il trouve en elle de stable et de permanent. Les actes passent; et celai qui se trouvant tout ému de la beauté de l'Ordre, prend une sainlB résolution de lui sacrifier toutes choses, doit encore craindre pour lui-môme. Car il n'arrive presque jamais qu'un acte seul forme la plus grande des habitudes, et qae le mouvement actuel de l'esprit détruise une disposition invétérée d'obéir aux mouvements * de l'amour-propre. Au contraire les habitudes sont stables ; et quoique le juste tombe sept fois \ qu'il se console : Dieu connaît le fond de son cœur. Mais qu'il prenne garde que la concupiscence ne le séduise * et ne le corrompe, et que les objets sensibles, faisant à tous moments des impressions dangereuses sur son imagination, elle ne se révolte qoel- (jue jour ouvertement contre les lois sévères qui la désolent. Car l'habitude ^ de la charité est bien plus délicate, bien plus difficile à acquérir et à conserver que les habitudes cyminelles; parce qu'un * seul acte délibéré, un seul péché mortel la

1. Var. Son bonheur, sa réputation, son être propre (1684). Malebranche a trouvé, non sans raison, que cette dernière expression était excessive.

2. Var. Aux inclinations. (1(V84.) ». Var. Sept fois le jour. (1684.)

4. Séduire {se ducere), mener hors des chemins de la vérité et du devoir.

5. Var. Car il faut bien remarquer que rhabitudc... fl084.) 0. Vnr. Car. M684.)

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