‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 57 sur 235 · TRAITS DE MORALE · texte numérisé non relu

TRAITS DE MORALE

tion réciproque de la grandeur de ces deux amours habitœli et de leur mouvement actuel, l'amour pour l'Ordre sarmonten ramour-propre, si dans ce moment on se détermine à agir.

IX. * On conduit par exemple un innocent au supplice. L'Ordn ' le défend, un païen le sait, et peut en disant une parole eiBpiVher ce désordre. La mort ou la vie de cet homme ne toaete point à son amour-propre, je le suppose. Certainement il eipéchera, ou du moins il aura assez de force et de raison poor parler et empocher ce désordre. Pour moi je ne doute nuDemont qu'il ne l'empêchât dans la supposition telle que ieU fais, car naturellement tous les hommes aiment rOrâre;eti)i y sont tellement unis, qu'on ne peut blesser l'Ordre sanslei offenser eux-mômes en quelque manière •. Les mômes ehos» supposées, quoi(|ue cet homme soit avare, si sa passion estvi peu endormie, ou quoique excitée, si on ne lui demande qu'W sou par exemple pour délivrer cet homme de la mort, certajoe' ment il fera, ou du moins il pourra faire une action opposée à son amour-propre; parce qu'effectivement elle lui est peu opposée, et (]ne Tordre qu'il est disposé naturellement à aimer serait extrêmement blessé, s'il ne faisait pas ce petit sacrifice.

X. Or ces actions sont bonnes, parce qu'elles sont conformes à l'Ordre; et elles sont méritoires, parce qu'elles sont accofl»^ ' pagnées du sacrifice qu'on fait de l'amour-propre à l'amour ^ l'Ordre. Mais ces actions ne sont point méritoires des vraisbiens» ni de rien qui conduise à leur possession : parce qu'outre qu'elles ne sont que de légers sacrifices, elles procèdent ' d'un cœur corrompu, d'un cœur oii l'amour-propre aveugle, et déréglé* est absolument le maître **.

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