‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 56 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE. DE LA VERTU. 4i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. DE LA VERTU. 4i

^astes n'avaient plus d'amour-propre, ils seraient impeccables. Car les actes forment et conservent les habitudes selon le principe que je viens d'expliquer. Or le pécheur * n'a que de lamonr-propre, on le suppose. 11 ne peut dune a^nr (jue par amour- propre. Toutes ses actions augmentent donc la corruption de son cœur. Le juste au contraire n'a de l'amour <]ue poar l'ordre, on le suppose. Une peut donc a<(ir (|ue par amour "pour rOrdre. Toutes ses actions augmentent donc sa vertu. Le pécheur est donc incorrigible, et le juste impeccable, dans la supposition que le pécheur ou le païen n'a que de l'amourpropre, et le juste que de l'amour pour l'Ordre. Mais je crois . avoir sufûsamment prouvé dans le chapitre précédent, que [ dans les plus grands pécheurs il y a toujours quelque dispo- «Uion à aimer l'ordre; et je ne pense pas qu'on puisse douter que les plus gens de bien ne conservent toujours quehiue reste * de Pamour-propre.

VlU. Il est vrai qu'un païen ne peut jamais acquérir la charité', ni faire d'action qui mérite les secours nécessaires pour guérir la charité ou l'amour dominant * de l'Ordre immuable : mais il peut faire des actions conformes à l'ordre des •actions bonnes et méritoires. Car un païen a toujours quelque idée de l'ordre '. Celte idée est ineffaçable. Un païen a toujours Wque amour pour l'ordre®. Cet amour est naturel et immortel. Or tout amour est agissant, lorsqu'il est excité '. Donc si l'awour-propre ne s'oppose à l'action de l'amour pour l'Ordre, l'amour de l'Ordre excité produira ses actes et agira. Et môme, poique Tamour-propre s'oppose à l'amour de l'Ordre, si l'a- HW)iir de l'Ordre est plus excité que l'amour- propre, en propor-

l-Vap. Le pécheur. (1684.)

*• Vap. Quelques restes. (1684.)

3- Ce mot de charité est pris ici, comme on beaucoup d'autres endroits, dans son •|^ Uiéolp^que. Cf. Pascal. « La distance infinie des corps aux écrits figure la owtince infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est suinalurclle. » ^- Havet, XVII, 1.) « On n'entre dans la vérité que par la charité, » dit encore '^^•(Aft de persuader.) Mais il faut remarquer l'étroiJe union des idées méla- PoyBiqueset des idées théologiques dans Malobranche. Pour lui, la charité n'est pas niuement d'une façon générale l'a rour de Dieu et l'obéissance à sa volonté, c'est ïMaour dominant de V ordre immuable.

*• Var. Pour acquérir l'amour dominant... (1684.)

^' Ch, I. (Note marginale de M.)

^- Ch. m. (/d.)

<• Ce(te phrase est un des nombreux exemples de la confusion de l'amour et de » volonté dans Malebranche.

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