‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 60 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU. iH · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU. iH

AOQvcment de cet amour, et que les Sacrements de la nouvelle alliance répandent dans les cœurs la charité justifiante.

XVI. Tout ce qu'il y a donc à faire pour ac(|iiérir et |M»ur conserver l'amour dominant de l'Ordre i(nmuable ou, pour abréger les termes, l'amour de l'Ordre, consiste à rechen-lier avec soin, quelles sont les choses qui réveillent cet amour et qui lai font produire ses actes, et quelles sont celles qui peuvent empocher le mouvement actuel de l'amour- propre. Or je lie vois que deux principes qui déterminent le mouvement naturel de la volonté, et qui excitent les habitudes, savoir la lumière et le sentiment ^ Sans l'un ou l'autre de ces deux priii- ^ cipesilnese forme point naturellement d'habitude, et celles qui sont formées demeurent sans action. Si Ton fait attention ' ^ au sentiment intérieur qu'on a de soi-même, on se persuadera l tacilement que la volonté n'aime jamais actuellement le bien, * que la lumière ne le découvre, ou que je plaisir ne le rende :. présent à l'âme. Et si on consulte la raison, on reconnaîtra que 1 cela doit être ainsi ; car autrement l'auteur de la nature impril meraitdans la volonté des mouvements inutiles. i^ XVII. Il n'y a donc que la lumière et le plaisir «lui excitent ; dans l'âme quelque mouvement actuel : la lumière qui lui dér couvre le bien qu'elle aime par une impression invinci- ', hle; le plaisir qui l'assure qu'il est actuellement présent. Car jamais l'âme n'est mieux convaincue de la présence de ^u bien, que lorsqu'elle se trouve actuellement touchée dû plaisir qui la rend heureuse. Cherchons maintenant les ïïïoyens par lesquels nous pouvons faire que la lumière se ^pandedans nos esprits, et que nos cœurs soient touchés par sentiments propres à notre dessein, qui est d'exciter en nous actes de l'amour de l'Ordre, et » de nous empêcher de for- ^rceux de l'amour-propre ; car il est évident que tous les préceptes de la Morale dépendent absolument de ces moyens. Voici l'ordre que je {jfarderai dans cette recherche.

XVlll. J'examinerai d'abord les moyens (|ue nous avons pour devenir éclairés sur nos devoirs. La lumière doit toujours pas- ^\ la première, outre qu'il dépend beaucoup plus de nous de ^oir le bien que de le goûter. Car ordinairement nos volontés

*• V. plus haut cU. H, 12, page 21, note 6.

*• Var. Si l'on prend la peine de consulter le. (1084.)

'» Var. Ou. (1684.)

Vft TRAITÉ DE MORALE.

s-^nt les causes * occasionnelles directes et immédiates de no c>^nnai><ances. et elles ne le sont jamais de nos sentiments Ensuit»' j'examinerai quelles sont les causes occasionnelles d ni>> seniiments, et le pouvoir que nous avons sur elles, afi; qUi* par leur moyen nous puissions déterminer TAuteur de l prâce et de la nature à nous toucher, de manière que l'amon de ronire se réveille et nous anime, et que Tamour- propre 01 la concupiscence demeure sans mouvement.

XIX. Je commencerai par les sentiments que Dieu produit e conséquence de l'Ordre de la grâce, parce ique ceux-là peuven exciter en nous des actes d amour de l'ordre, capables d'en foi mer l'habitude. Ensuite je parlerai des sentiments que Die produit en nous en consé(]uencc de l'ordre de la nature : sent meuts qui ne peuvent qu'indirectemeni aiïaiblir nos mauvaise habitudes, et qu'il est presque toujours à propos d'éviter, poo conserver à Tâme le pouvoir et la liberté d'aimer les vra biens, et de vivre selon l'Ordre. Car les diverses manièn dont on se prive de ces sentiments sont une des principal parties de la Morale ': et la plupart des noms de vertu ne so inventés que pour exprimer les dispositions qu'on acquiert éviter ces sentiments, qui ébranlent et dérèglent Tàme ^.

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