‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 63 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE. -DE LA VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. -DE LA VERTU

tentifs à la vérité qui les doit conduire, ont une disposition qui Tfiértterait sans doute un nom plus magnifique que ceux qu'on ionne aux vertus les plus éclatantes. Mais, quoique cette ha- Uladeou cette vertu soit inséparable de Tamour de l'Ordre, elle est si peu connue parmi nous, que je ne sais si nous lui avons Ut l'honneur de lui donner un nom particulier. Qu'il me soit donc permis de la désigner par le nom équivoque de force d'esprit.

VI. Pour acquérir cette véritable force par laquelle l'esprit supporte le travail de l'attention, il faut commencer de bonne heure à Iravailler. Car naturellement on ne peut acquérir les habitudes Que par les actes : on ne peut se fortifier que par l'exercice. Mais c'est peut-être la difficulté que de commencer. On se souvient Qu'on a commencé, et qu'on a été obligé de cesser. De là on se <i^eoarage ' on se croit inhabile à la méditation : on renonce à la. Raison. Si cela est, quoiqu'on dise pour justifier sa paresse

sa négligence, on renonce à la vertu, du moins en partie, ir, sans le travail de l'attention, on ne comprendra jamais la grandeur de la Religion, la sainteté de la Morale, la petitesse toat ce qui n'est pas Dieu, le ridicule des passions et toutes is misères intérieures. Sans ce travail, l'âme vivra dans l'a- 'V'eaglement et dans le désordre, puisqu'il n'y a point naturellement d'autre voie pour obtenir la lumière qui doit nous conâuire. On sera éternellement dans l'inquiétude et dans un eml^arras étrange : car on craint tout lorsqu'on marche dans les lénèbres et qu'on se croit environné de précipices. Il est vrai quela foi conduit et soutient, mais c'est parce qu'elle produit "toujours quelque lumière par l'attention qu'elle excite en nous : car il n'y a que la lumière qui puisse bien rassurer les esprits, lorsqu'ils ont autant d'ennemis à craindre que nous en avons.

VII. Que faire donc pour commencer sans se rebuter? Voyons ^'(jui nous rebute. On médite avec peine et sans récompense. ^*un côté la peine désole : de l'autre la récompense ne console point assez. 11 faut donc diminuer la peine et augmenter la ré- ^mpense. Cela est clair. Mais rien n'est plus difficile. Cela ^èine est impossible à l'égard de la plupart des hommes : et c'est pour cela qu'il nous fallait une voie abrégée de nous aspirer de la vérité, et que l'autorité visible de l'Église était notaire pour nous conduire. Car ceux mômes qui ont le plus d'esprit, s'ils s'écartent de la foi, ou s'ils s'abandonnent à l'analogie delà foi, ils s'écartent du chemin qui mène à l'intelligence.

]1> nimpent renchaînement des vérités, qui toates se tiennent df mani»*re, quune seale fausse vérité étant supposée, on peut \ n'ii\t'rser toutes les sciences, si l'on sait raisonner conséquem- ! nn*ni *.

Vlll. Piiur diminuer la peine qa on trouve dans Ta médiUlion. il faut éviter tout ce qui partage inutilement la capadié de l'esprit : et comme rien ne le partage davantage que œiiai II' touche, que ce qui le frappe, que ce qui Tagite, il est îisilile (]u*on doit éviter avec soin tous les objets qui flattent les st^ns et qui réveillent les passions. Les sentiments et les pas^ sitms étant des modifications vives et sensibles ' de la sabstûce propre de l'àme, il est nécessaire que toutes les idées intelligiiilt'S qui ne la modifient que légèrement, se dissipent à la présence des (ilijets sensibles, quelque effort qu*on fasse poar re* tenir ces idées ei en reconnaître les rapports. De plus on est persuadé qu'il dépend de nous de rappeler les idées intellectn«*lles. et Texpérlence apprend que nos volontés ne sont point le> caux's occasionnelles de nos sentiments. Ainsi, on s'arrfite volontiers aux sentiments, par lesquels on jouit des biens qui passent et qu'on ne peut rappeler; et on laisse là les idées pures, dans lesquelles on découvre la vérité qui demeure, et que l'on |»cut contempler dès que Ton soubaile ^, Car il faut se déienniner promptement sur les biens qui nous échappent, et on peut remettre à examiner ceux qui sont stables et toujours présents. Enfin on veut être actuellement heureux : on ne veal jamais être malheureux ♦. Le plaisir actuel rend actuellement heureux, et la douleur > malheureux. Donc tout sentiment, qn! participe ou du plaisir ou de la douleur, occupe Tesprit. Tout mouvement de l'àme, qui a le bien ou le mal actuel pour objet, domine la volonté. Ainsi, il faut faire de très grands efforts pour contempler la vérité, lorsque nos sens sont frappés et nos passions émues : et comme l'expérience nous apprend qn^ ces elTorts sont alors assez inutiles, il n'est pas possible qn® l'âme fatiguée ne se chagrine et ne se rebute. C'est pour ceU que ceux qui traitent de l'oraison donnent cet avis important, qu'il faut travailler sans cesse à la mortiûcation de ses sens»

1.11 n'tîHl, pHH l)08oin de faire remarquer combien ceci est carlcsien.

Si. Var. LuH mulH : vives et nennibles, n'étaient pas dans l'édition de 1C84.

:\. Var. Dès qu'on le souhaite. (1684.)

•4. Var. h^tre ac.tui'lleinent malheureux. (1GS4.)

T). Var. Et la douleur actuelle. (1684.)

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