PREMIÈRE PARTIE. - DE LA VERTU. Kf
point se mêler des aiïairesqui ne nous regardent pas, cl qui iventdans la saite, à cause de notre en^i^agement indiscret, âteren nous mille mouvements importuns.
IK. La seconde chose qu'il y a à faire, c'est d'éviter autant l'on le peut toutes les sciences et tous les emplois qui n'ont lede l'éclat, les sciences où la mémoire seule travaille, Téideet remploi où l'imagination s'exerce trop. Lorsque Thomme la tête pleine, content de ses richesses prétendues et enflé 'orgueil, il méprise le travail de l'attention; ou s'il en recourt la nécessité, il faudrait faire de trop grands efforts pour loigDer toutes les fausses idées que sa mémoire lui fournit. Et ireque l'imagination s'est trop exercée, l'évidence de la vérité enoas touche plus vivement : parce qu'eiïeciivement rien n'est Ids opposé à la Raison qu'une imagination trop instruite, :t)p délicate, trop agissante, ou plutôt maligne et corrompue, ar l'imagination doit toujours se taire, lorsque la Raison proonee; et quand on a coutume de l'exercer, elle interrompt et 3 révolte sans cesse. Aussi, voyons-nous que les savants dont sparte n'ont guère de piété, ni les prétendus esprits forts de ieligion: parce qu'effectivement il n'y a point de plus grand veoglement que celui dont les uns et les autres sont frappés, •'orgaeil éteint en eux toutes les lumières; parce qu'étant tou- Mirstrës satisfaits d'eux-mêmes, rassasiés ou plutôt sans faim onr la vérité, ils ne peuvent pas se résoudre à gagner à la œurde leur front le pain de l'âme, nourriture dont ils no ^Tent pas goûter la saveur.
X. L'homme doit travailler de l'esprit pour gagner la vie de ^prit, c'est une nécessité absolue. Mais,, travailler de Tesprit K^ttr gagner de- l'or, pour acquérir de l'honneur, rien n'est •hsgervile. Qu'un artisan travaille du corps, pour gagner la '^ da corps, pour avoir du pain, cela est dans l'ordre : du ttoins peut-il en remuant son corps se nourrir l'esprit et loc- ^^ de bonnes pensées. Mais qu'un magistrat, qu'un homme ^'affaires, qu'un marchand prodigue la force de son esprit >OQr acquérir du bien, inutile souvent à la vie de son corps, et l^ujoars dangereux à celle de son esprit, cest une insigne fo- >^' n faut donc en troisième lieu éviter tous les emplois qui lent la liberté de l'esprit, si Dieu n'y engage par une vocation xiraordinaire. Car, si la charité, l'ordre de l'état où l'on vit, oas y oblige, et que nous ne prenions de charge qu'autant lie nous en pouvons porter, Dieu suppléera en nous l'équiva-
lent de ce que nous eussions pu obtenir par le travail de la méditation. Nous trouverons môme toujours assez de temps pour nous examiner sur nos devoirs, si ce n'est point Taml)!* ] tion ou rintérêt qui nous anime dans Texercice de notre emploi.
XI. Tout le monde sait assez quelles sont les choses qni l'agitent et qui le dissipent : ou du moins chacun peut s'en ios- : truire en consultant Texpérience ou le sentiment intérieur qu'on a de soi-même. De sorte que je ne m'arrêterai * pasieii marquer en détail ce que Ton doit faire pour faciliter la méditation. Il n'y a que le corps qui appesantisse l'esprit: voilà le principe de notre stupidité. Or, tous les objets sensibles n'a- < gissent en nous que par notre corps. Ainsi, on voit bien qali n'y a qu'à faire taire ses sens, son imagination et ses passons, en un mot le bruit confus que te corps excite en nous, pour entendre sans peine les réponses de la Vérité intérieure. Chacun sait ' par sa propre expérience que le corps est assez caioiei quand rien ne l'ébranle au dehors ou ne l'a déjà trop ébranlé. Car, comme il conserve longtemps les traces et les mouvements qu'il a reçus des objets sensibles, j'avoue que l'imagination demeure salie et blessée, lorsqu'on a été assez indiscret pour se familiariser avec les plaisirs. Néanmoins, la plaie se refermera, le cerveau se rétablira, si Ton évite avec soin l'ac- j| tion des objets qui frappent nos sens, ce qu'on peut toujours» du moins en partie. Je suppose pour cela les secours nécessaires. Qu'on fasse de son côté ce qu'on peut: et bien loin de méditer avec dégoût, on se trouvera si bien récompensé qu'on , ne se repentira pas de son travail; pourvu néanmoins qa'<>^ observe la règle que je vas donner, sans laquelle quoiqa'^^ médite, on ne recevra jamais pour récompense la vue claire de la vérité. Je ne prétends pas expliquer ici l'art de penser, ^^ donner toutes les règles sur lesquelles l'esprit doit régler lottl^ ses démarches dans la recherche de la vérité. Je traite de ^ Morale, science nécessaire à tous les hommes, et je laisse **. logique, que ceux-là seuls sont obligés d'étudier a fond, (l^ veulent être en état de découvrir la vérité sur toutes sortes ^® sujets.
XIL La seule règle que je souhaite qu'on observe avec soi^