‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 65 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU

t de ne méditer qae sur des idées claires et des expériences onlestables. Méditer sur des sentiments confus et sur des pèriences douteuses, travail inutile: c'est contempler des ilômes et suivre l'erreur. L'Ordre immuable et nécessaire, la i divine est aussi notre loi : ce doit être le principal sujet de >s méditations. Mais S rien n'est plus abstrait et moins senble que cet Ordre. J'avoue que l'Ordre rendu sensible et visi- \e par les actions et les préceptes de Jésus-Christ, peut aussi lotts conduire. Mais c'est qu'effectivement cet ordre sensible îlève l'esprit à la connaissance de Tordre intelligible : car le iTerbe fait chair n'est notre modèle que pour nous conformer il la Raison, modèle indispensable de toutes les intellip:ences, modèle sur lequel le premier homme a été formé, modèle sur lequel nous devons être réformés par la folie apparente de la foi ', qui nous conduit par nos sens à notre Raison, à la contemplation de notre modèle intelligible.

XIII. L'homme renversé par terre s'appuie sur la terre, mais e'est pour se relever. Jésus-Christ s'accommode à notre faiblesse, mais c'est pour nous en tirer. La foi ne parle à l'esprit que par le corps, il est vrai; mais c'est afin que l'homme n'écoute plus son corps, qu'il rentre en lui-même, qu'il contemple les véritables idées des choses, et fasse taire ses sens, son imagination, et ses passions. C'est afin qu'il commence sur la terre à faire de son esprit l'usage qu'il en fera dans le Ciel, où Fintelligence succédera à la foi, où le corps sera soumis à l'esprit, où la Raison seule sera la maîtresse. Car le corps de lui-même ne parle à l'esprit que pour le bien du corps »; c'est une vérité essentielle dont on ne peut trop se convaincre.

Page 1