‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 69 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE.- DE LA VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.- DE LA VERTU

Umt de personnes qui de bonne foi défendent des erreurs abominables. Une fausse idée de Religion et de Morale qui- s'accommode avec leurs intérêts et leurs passioriÇ leur parait la vérité même; et convaincus par le sentiment intérieur qui justifie leurs excès, ils poussent leur zèle indiscret ^ et téméraire avec tout le mouvement de Tamour-propre.

XXI. Rien n*est donc plus sûr que la lumière : on ne peut trop s'arrêter aux idées claires; et quoiqu'on puisse se laisser animer par le sentiment, il ne faut jamais s'y laisser conduire. Il faut contempler l'Ordre en lui-môme, et souffrir seulement que le sentiment soutienne notre attention par le mouvement qa'il excite en nous. Autrement nos méditations ne seront point récompensées de la vue claire de la vérité : le dégoût nous prendra à tous moments ; et toujours inconstants, incertains, embarrassés, nous nous laisserons conduire aveuglément à notre caprice.

XXIL II est vrai que lorsque le cœur est corrompu, on n'est guère en état de contempler l'Ordre en lui-môme : on ne considère avec plaisir que les rapports imaginaires que les choses ont avec soi, et on méprise les rapports réels qu'elles ont entre elles. On peut alors aimer les Mathématiques : mais c'est qu'on s'en fait honneur, ou qu'on en tire du proQt. C'est que les Mathématiques n'examinent que les rapports de grandeur, et que l'Ordre ne consiste que dans des rapports de perfection. L'évidence de la vérité est toujours agréable, lorsqu'elle ne blesse point notre amour-propre : maison n'aime point naturellement Une lumière qui éclaire nos désordres cachés, une lumière qui ïions condamne, qui nous punit, qui nous couvre de confusion ^tde honte '. Car l'Ordre, la loi Divine est une loi terrible, menaçante, inexorable. Nul homme ne peut la contempler sans crainte et sans horreur, dans le temps qu'il ne veut point lui obéir. Tout cela est vrai. Mais quoique le cœur soit corrompu, l'amour-propre éclairé peut quelquefois arrêter ou diminuer le Daouvement des passions. On n'aime point le désordre pour le

1- Mot pris dans la plénitude de son acception, un peu usée et effacée aujonrd'hui.

X On connaît le célèbre passage de la Recherche de la vérité, (IV, ii, 3). « Si, ^tre ane rue confuse et imparfaite de cette proposition fondamentale de géomé- ''>^ ils avaient encore quelque intérêt que les côtés des triangles semblables ne '*>KeQt pas proportionnels, ils pourraient bien faire des paralogismes aussi absur- "^6Q géométrie qa'en matière de morale... »

Ô6 TRJUTS DB MORALE.

désordre ■; M l'on peni désirer sa conversion, lorsqu'or pu* lÀ inpmenter ses plaisirs, assarer son bonhenr *. E Bajipase tonjonrs les secours nécessaires : car j'avooe q le seconrs de la Grâce, on ne peut invailler connue il l conversion, ni n>eme avoir aaccme bonne pensée, qoi contribuer à la gnérison de nos maos.

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