Cette phrase n'était pas dans l'édilio/i de
3. Var. Ces mots : et souvent même avec la grâce, n'étaient pas dans l'édition de 1684.
i. Var. Assez de santé et de force. (1684.)
la fasse mépriser, ou le dérèglement qui en donne de Thorreu Je prétends qu'on doit et qu'on peut se mettre Fesprii en t( état, par la force de son espérance et de sa foi, qu'il puisse, pa le secours de la grâce, faire avec plaisir, ou du moins ave joie, ce sacrifice qui lui paraissait si terrible. Au reste c'est né eessilé, il faut ou périr sans ressource avec nos richesses pré tendues, ou s'en décharger pour arriver heureusement au pon où nous retrouverons des biens solides, des biens qui ne seroa plus sujets aux tempêtes et aux orages.
VIII. Pour cela il faut étudier Thomme, se connaître soi-même sa grandeur, ses faiblesses, ses perfections, ses inclinations *. examiner avec soin la différence des deux parties dont rhommi est composé, et les lois admirables de leur union; de là s'éleva à l'Auteur de ces lois, et à la cause véritable de tout ce qai se passe en nous et dans les objets qui nous environnent; contempler Dieu dans les attributs que renferme l'idée vaste et immense de l'Etre infiniment parfait, et n'en juger jamais par rapport à soi, mais soutenir, s'il est nécessaire, la vue de son esprit sur un sujet si abstrait et si profond, par les effets visibles de U cause universelle ; surtout examiner les rapports de la conduite de Dieu aux attributs divins, et reconnaître comment cette conduite doit nécessairement être la règle de la nôtre: pénétrer enfin dans ses desseins éternels, et reconnaître du moins, qu'il est lui-môme la fin de son ouvrage, et que l'Ordre immuable est sa loi et la notre ^; revenir à soi-même, se comparer à l'Ordre, et se reconnaître tout corrompu: sentir ses inclinations basses et indignes, et demeurer confus; se condamner comme criminel, comme ennemi de son Dieu^ comme n'entrant point dans ses desseins, et n'obéissant point à sa loi, mais sans cesse à la loi honteuse de la chair et du sang : humble et tremblant devant un Dieu jaloux de sa gloire, et vengeur des crimes, craindre la mort et l'enfer, sa juste et terrible vengeance; cbe^ cher avec empressement un médiateur, et trouver enfin Jésus^ Christ, Fils unique de Dieu, victime sur la croix pour les pé^ chés du monde, et maintenant assis à la droite du Dieu vivant, établi Seigneur de toutes choses, et consacré souverain Prêtre des vrais biens : jadis mis à mort hors de Jérusalem comme un
1. Var. L'édition de 1084 disait de plus : Et se bien convaiacre de rimmorlaliié de son être.
Et l'ordre immuable sa loi. (1684.)
criminel, et aujourd'hui dans le Temple, dans le Saint des Saints, devant la face de son Père, toujours vivant pour intercéder pour les pécheurs et les combler de bénédictions et de grâces : mais enfin leur juge inexorable au jour des vengeances du Seigneur, jour éternel qui finira tous les temps, et qui réglera pour jamais et les biens et les maux.
IX. Peut-on penser à ces grandes vérités, en être convaincu par de fréquentes méditations, et trouver toujours ses passions tontà fait les mêmes? Ce faste sensible et ces charmes qui les environnent, peuvent-ils supporter la lumière vive et pénétrante qui se répand dans l'esprit, lorsqu'on pense à la mort, à Tenfer, à ce monde futur, cette Jérusalem céleste, éclairée des splendeurs de Dieu même, et environnée du torrent de ses volaptés : lorsqu'on pense qu'il s'agit maintenant de la jouissance éternelle de la Divinité même, et qu'on sait bien que la substance divine est seule la vie et la nourriture des esprits; lorsqu'on pense enfin à ces ténèbres extérieures dont Jésus-Christ nous menace, ténèbres éternelles, pleines d'horreur pour tous ceux pi savent un peu ce que c'est *. Certainement la seule pensée
I de la mort change la face de toutes choses dans ceux qui ont encore quelque reste de sentiment, quelque force et quelque liberté d'esprit. Mais cette alternative de deux éternités si contraires qui succèdent aux derniers moments, rompt tous les desseins et efface toutes les idées que les passions nous présentent : du moins n'est-il pas possible que les passions justifient kurs excès et leurs dérèglements dans ce temps de réflexion.
X. Que si l'on ajoute aux vérités ^ que la raison découvre, lorsqu'elle est conduite par la foi, ce que la seule raison apprend de la différence de l'âme et du corps et des lois de l'union de ces deux substances, on reconnaîtra visiblement la malignité des passions, et l'on méprisera plus aisément * ces caresses flatteuses qui séduisent invinciblement les esprits faibles. Car enfin, lorsqu'on a fait de sérieuses réflexions sur le jeu de tt machine, on aime quelquefois mieux la conduire que de s'en laisser emporter : et quand on s'est bien convaincu que tout l'éclat et les charmes des objets sensibles dépendent uni-
I i. Tout ce développement, depuis les mots : lorsqu'on pense qu'il s'agit maintenant..., n'était ni dans l'édition de 1684, ni dans celle de 1697. t Var. Qu'elles justifient. (1684 et 1697.) 3. Var. A ces vérités. (1684.) i' Var. Il ne sera pas si difficile de reconnaître et do mépriser. (1684.)
qaementdela manière dont la fermentation des humeurs etda san^ les fait rej^rder, le désir qu*on a d'être solidement heureux porte ailleurs nos pensées, et répand quelquefois le dégoût et rhorreur sur ces vains objets. Vains sans doute et méprisables, puisque leur éclat cesse dès que la fermentation diminue ou que la circulation du sang fournît le cerveau d'esprits tout m)uveaux. Vains par mille autres raisons, qu'il est inutile d'exposer. Ils passent, et cela suffît : mais ils passent de manière qu ils entraînent et qu'ils perdent pour Téterniié ceux qui s'y , attachent.
XI. Qu'un chacun examine donc sa passion dominante sur les principes que la vraie Philosophie fournil, et sur les vérités de la f(»i, dont il a dû se convaincre par le bon usage de la «rrâce et de sa liberté ; car rien n'est plus raisonnable que la Religion, (juoitiu'il faille du secours pour la bien comprend» et pour s'y S4iumellre : Qu'un chacun, dis-je, examine à la lumière de ia Raison et de la foi, la passion qui le captive, etil se trouvera du moins dans quelque désir d'être délivré de sa tyrannie. Peu à peu les charmes qui l'enchantaient se dissiperont. Il aura honte de lui-môme de s'être laissé sottement séduire ; et si la fermentation du sang et des humeurs cesse pour quehiue temps, et que les esprits animaux changent de route. il se trouvera en tel étal, que chagrin contre l'objet de ses inclinations, il ne pourra pas môme en supporter la présence-
XII. Néanmoins qu'on ne cesse pas de veiller sur soi-mèDfl^' de se défier de ses forces, et de méditer les sujets qui rendent les passions ridicules et méprisables : car il ne faut pas s'ima* giner d'être en liberté, parce qu'on n'est point actuellem^û maltraité. L'imagination demeurera longtemps salie par l'iD^ pression de la passion qui a régné : car les plaies que le cer veau a reçues par l'action des objets et le mouvement des es priis, ne se guérissent pas facilement. Comme les esprits an' maux passent naturellement dans les endroits du cerveau l< plus ouverts ou les plus exposés à leur cours, il est impossib que les blessures de l'imagination se guérissent, si l'on ne d< tourne sans cesse le cours des esprits qui les renouvelle. Car n'est pas possible de refermer une plaie, lorsqu'on y enfonce tous moments le poignard ijui l'a faite ou quelque chose q la renouvelle et qui l'aigrisse.
XIII. Mais les esprits ne vont pas seulement d'eux-mêmes comme par hasard dans les plaies que le cerveau a reçues p