‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 79 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU

Aaislrs solides quoique futurs. On peut même rechercher ceux- », plutôt que ceux-là, lorsque l'espérance et la crainte du fulurnous y sollicitent ^ Le plaisir actuel n*est pas toujours le mUre absolu du cœur *. L'expérience nous apprend ces vérités : car souvent on quille un plaisir léger, lorsqu'on a quelque espérance d'en posséder un plus solide. Mais comme on veut in- Tinciblement être heureux, et actuellement heureux, on ne peut résister longtemps à l'attrait actuel et continuel des plaisirs sensibles, quelque force et quelque liberté d'esprit qu'on ait acquises. On ne peut vouloir remettre à être heureux après la mort, qni paraît à l'imagination un anéantissement véritable, à l'iifiagination, dis-je, toujours sans la grâce, et souvent même a?ecla grâce % maîtresse de la raison, gouvernante des passions, principe intérieur de tous les grands mouvements qui ébranlent l'âme. Ainsi on voit bien que d'un côté, celui qui pèche et qui ne travaille pas à conserver la force et la liberté de son esprit, mérite d'être puni; et de l'autre que la loi et la philsophie Ijt plas éclairée ne peuvent donner à l'âme, corrompue et affaiblie par le péché originel, assez de force et de santé *, pour marcher dans le chemin qui conduit au bonheur, ce que S. Paul fait voir dans toute l'Ëpître aux Romains.

VU. Il faut donc que l'homme capable de raison, capable de bonhear, fasse usage de toute la force et de toute la liberté d'esprit qui lui reste, pour s'instruire de ce qui peut augmenter sa foi et fortifier son espérance, par lesquelles il peut tendre à son bonheur, et sans lesquelles je viens de faire voir qu'il n'est pas possible de prendre seulement le dessein de sacrifier sa passion dominante. Mais quoi? sacrifier sa passion dominante pour devenir heureux, cela se contredit; du moins cela est-il effrayant et rebutant. Il est vrai ; mais c'est lorsque la passion a ses charmes : il faut donc les lui ôter. Je ne prétends Pasqa'on la sacrifie avec tous les ornements qui la déguisent, An contraire, puisqu'on ne veut pas être trompé, puisqu'on Veut être solidement heureux, je prétends qu'on doit lâcher de h reconnaître telle qu'elle est, et d'en découvrir le ridicule qui

1. Var. Lorsque l'espérance et l'apparence actuelle du bien sont en proportion 'éciproqoe. (1684.)

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