PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU
jouir de la présonco de Dieu pour contempler ses perfections et avoir part à la félicité des Saints, serait toujours digne de l'enfer, s'il avait le cœur déréglé et refusait de sacrifier à l'Ordre sa passion dominante. Car il faut aimer Dieu tel qu'il est comme juste aussi bien que puissant. Et au contraire celui qui serait indiU'érent. si cela se pouvait ainsi, pour le bonheur éternel, mais d'ailleurs rempli de charité ou de l'amour de l'Ordre, qui renferme la charité ou l'amour de Dieu sur toutes choses, serait juste et solidement vertueux; parce que comme j'ai déjà prouvé fort au long, la vraie vertu, la conformité avec la volonté de Dieu consiste précisément dans l'amour habituel et dominant de la loi éternelle et divine, l'ordre immuable.
XV y 11 y a de la dilTérence entre les motifs et la fin, comme entre les effets et leurs causes *. On est excité ^ par les motifs à agir pour la fin *, Dieu se faisant connaître, se faisant goûter il se fait aimer. Dieu est la fin, et son action en nous est le motif de notre amour. La vue des perfections divines est le motif de l'amour de bienveillance ou de complaisance; et le goût des bontés divines est le motif de l'amour d'union. Mais ôtez à l'esprit tout amour-propre, tout désir d'être heureux et parfait: que rien ne lui plaise, que les perfections divines ne le touchent plus : le voilà sans doute incapable de tout amour ^ Si rien ne lui fait plaisir, comment se plaira-t-il en Dieu? Si la beauté de l'Ordre ne le touche pas, comment pourra-t-il l'aimer? Il est vrai qu'il pourra préférer Dieu à tous les êtres : mais ce ne sera là qu'un jugement spéculatif ou de pure estime. Toute concupiscence suppose Tamour-propre : et selon saint Augustin la charité est une sainte concupiscence *". Il n'est point défendu de vouloir être heureux, ce commandement serait impossible : mais il est défendu de s'aimer ou quelque créature que ce soit
1. Var. Dans l'édition de 1684, ce passage commençait par la page qui a fait dans l'édition de 169" et dans celle de ITOT, le début du chap. xvi, depuis les mots : L'homme doit aimer Dieu non seulement plus que la vie présente..., jusqu'à : et lui rendre une exacte obéissance.
2. Var. Ces mots : Comme entre les effets et les causes, n'étaient pas dans l'édition de 1684.