De Spir. et littera. (Note marginale de M
comme sa fin ou la cause de sa perfeciiou et de son bonheur. Celui qui se connaît bien et les êtres créés, voit clairement que Dieu seul est aimable. Et bien loin que le désir d'être heureux fasse qu'il rapporte à soi-même la cause de son bonheur, bien loin que les plaisirs dont Dieu comble les Saints dans le ciel puissent faire qu'ils s'aiment plus que Dieu, que c'est au contraire ce qui fait qu'ils s'oublient et qu'ils se perdent heureusement dans la divinité; car l'amour transforme, pour ainsi dire, celui qui aime en l'objet aimé, en celui qui fait toute sa félicité, parce (]u'eiïectivement la félicité vaut mieux que Fêtre. Car l'être ' est comme un milieu entre le bien-être et le mal être; milieu de soi assez indifférent h la volonté, qui n'aime ou ne hait l'être qu'autant qu'il est ou peut être bien ou mal ; car il n'y a point d'homme qui n'aimât mieux n'être point que de souffrir éternellement des douleurs quoique légères, et sans avoir jamais la moindre consolation. Ainsi l'on oublie aisément son être, pour ne s'occuper que de celui qui fait le bien-être, de celui dont la jouissance fait toute notre félicité.
XVI ^. L'homme doit donc aimer Dieu, non seulement plus que la vie présente, mais plus que son être propre. L'Ordre le demande ainsi. Mais il ne peut être excité à cet amour que par l'amour naturel et invincible qu'il a pour le bonheur et la perfection de son être '^ L'homme ne peut trouver en lui-même son bonheur et sa perfection : il ne peut les trouver qu'en Dieu; puisqu'il n'y a que Dieu capable d'agir en lui et de le rendre heureux et parfait K De plus, il vaut mieux n'être point, que d'être malheureux ^ H vaut donc mieux n'être point qued'êire mal avec Dieu. 11 faut donc aimer Dieu plus que soi-même, et
1. L'être pur et simple. Toutes ces expressions demeurent ici assez équivoques, n n'est pas à croire que pour Malebranclie les saints veuillent perdre et perdent en efTet réellement leur être propre, leur personnalité, leur conscience. Il ne faudrait cependant pas presser bien fortement son langage pour en faire sortir celle forme de panlhéisme.