‹ Traité de moraleChapitre 12 sur 233 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

nueà ce point, suivant lui, qu'elle « change selon les pays et les temps', » qu'elle change même d'un ordre religieux à un autre; et pourquoi? parce que « la paresse des inférieurs et l'orgueil de ceux qui commandent » conspirent pour mettre la vertu dans une aveugle obéissance. Ce à quoi Descartes feint de se résigner, comme on l'a vu, dans le Discours de la méthode, Malebranche le dénonce et le combat avec une vigueur métaphysique et une éloquence aussi admirables l'une que l'autre.

Mais asseoir la morale sur un fondement rationnel, c'est là chez Malebranche un travail qui fait partie d'une entreprise beaucoup plus vaste. La raison n'est pas seulement le principe de la morale; c'est aussi le principe de la religion • car la religion n'est qu'une forme secondaire et passagère (passagère autant et dans la même mesure que l'humanité terrestre) de la métaphysique. Malebranche professe donc sous mille formes différentes ce que Leibniz résumera dans cette courte formule : « La nature, dans ce qu'elle a de bon, est une grâce ordinaire de Dieu, comme la grâce acquise par Jésus-Christ est un surcroît extraordinaire de la nature. »

Dans cette synthèse universelle, le plaisir a aussi sa place. S'il n'est pas la fin de nos actions, il en est le motif naturel et « invincible. » D'ailleurs, le vouloir complet, absolu et éternel, c'est l'éfjurer, en le rapprochant

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