‹ Traité de moraleChapitre 11 sur 233 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

nous ne sommes jamais sûrs d'avoir la force de résister jusqu'au bout : c'est ainsi « qu'un regard indiscret est capable de nous précipiter dans les enfers. » Il faut donc se défier constamment et de ses sens et de la précipitation avec laquelle nous consentons à suivre les fantômes dont ils nous obsèdent.

N'est-ce pas là, dira-t-on, une morale bien négative? Mais il faut se rappeler que pour Malebrancbe, l'action positive, c'est Dieu qui l'exerce en nous. Qu'avons-nous donc à faire? Ne pas amortir, ne pas arrêter trop tôt, ne pas détourner et dévier l'action divine ! Car notre libre arbitre, c'est surtout ce misérable pouvoir de pécher par le consentement aux faux bien:-. Suspendons le plus que nous pouvons notre consentement, nous jouirons alors de la véritable liberté, car nous aurons préparé la place nette à l'action victorieuse d'une charité libératrice. C'est bien ici « la création continuée » de Descartes, mais complétée par cette création nouvelle qui nous a réforme, » nous voulons dire celle de la grâce.

En ceci déjà, Malebrancbe dépassait l'enseignement philosophique de Descaries ; mais voyons dans leur ensemble les progrès ou les changements qu'on peut lui attribuer.

Malebrancbe se plaint à mainte reprise * que la morale soit une science délaissée ou méconnue. Elle est mécon-

1. Il s'en était plaint déjà dans la Rrcherchr de la VérUé, IV, ii, 3.

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