PREMIÉKE PARTIE.— DE LA VERTU
au sujet qu'il traite, je ne serais pas obligé de répéter en général ce que j'ai déjà dit et prouvé ailleurs en plusieurs uianières. Personne ne lit Apollonius ou Archimède sans savoir son Kuflide : parce (ju'on n"enleud rien dans les Secliuns coniiiues, si Ion ne sait la Géométrie ordinaire: et qu'en matière de Géométrie, <|uantl on n'entend pas, on sait bien qu'on n'entend pas. Mais en matière de Morale et de Religion, chacuii se croit assez en état de bien concevoir tout ce que les livrts en disent '. Ainsi chacun en juge sans prendre garde que la Morale par exemple, j'entends la Morale démontrée ou expliquée par principes, est à la connaissance de l'homme ce qu'est la science des lignes courbes à celle des lignes droites.
XII. Je me crois donc obligé de faire ici quelques suppositions des principes que j'ai prouvés ailleurs, et qtri sont nécessaires pour la suite : cela éclaircira peut-être bien des choses que j'ai déjà dites, et que je crains fort qu'on n'ait pas bien entendues. Mais ces suppositions ne sont point pour ceux qui ont médité les principes que j'ai expliqués ailleurs, ou qui ont bien compris tout ce que j'ai dit jusqu'ici. Ils peuvent passer au chapitre suivant et s'épargner une lecture inutile.
XIII. Je suppose premièrement qu'on soit bien convaincu, que pour unir l'àme au corps, il ne faut pas confondre les idées de ces deux substances : comme font la plupart des hommes, qui pour faire cette union, répandent ^ l'àme dans toutes les pariies du corps, et attribuent au corps tous les sentiments qui n'appartiennent qu'à l'àme. L'union de l'âme et du corps consiste dans l'action mutuelle et réciproque de ces deux êtres, en conséquence de l'efficace de volontés Divines, qui seules peuvent changer les modilicalions des substances. L'àme pense et n'est point étendue, le corps est étendu et ne pense point. On ne peut donc unir l'àme au corps par l'étendue, mais par la pensée : ni le corps à l'àme par des sentiments, mais par des situations et des mouvements. Le corps est piqué, l'àme le sent: l'àme craint un mal, le corps le suit. L'àme veut remuer le bras; il se remue aussitôt, et l'àme est avertie de ce mouvement *. Ainsi il y a une correspondance mutuelle entre certaines • pensées de l'àme et certaines modilicalions du corps, en conséquence de quelques luis naturelles que Dieu a établies et qu'il