DEUXIÈME PARTIE.- DES DEVOIRS
n'est point h cnusi» vt'rilal)li' et imnuVlinlo ' do tout cf qui sp fait ii'i-bas, (jiio nous ne pouvons point avoir fie coinmcrre de sociL'té. d'union avec lui, ni par une raison, ni par une puissance coninuine en quelque manière, ils suivent bruialenient tous les niouveuienls a,i,M'éal)li's de leurs passions, et rendent à une nature aveugle les devoirs et l'atlenlion (|ue méritenl uniquement la sap'sse et la puissance du créateur.
IV. Les impies rais(Uineut assez consé(|uenunent, mais ils pèchent dans le principe; et on ne peut pas facilement leur faire comprendre que Dieu exi^re des devoirs de sa créature, lorsqu'on ne les désabuse pas dos fausses maximes dont ils sont remplis. Que si Dieu, par exemple, se mêlait de nos aiïaires, le monde nirait pas comme il va, l'injusiice ne s(,'rait pas * sur le trône, ni les corps arran},'és aussi irrégulièrement qu'ils le sont: que le monde délijïuré comme il est, ne peut être l'ouvrami (jue d'une nature aveugle ; que Dieu n'exige pas de nous, viles créatures, des honneurs indignes de lui ; (jue ce (|ui nous paraît juste ne l'est point en lui-même ou ne l'est point devant l);eu, qui, si cela était, punirait souvent celui qu'il doit récompenser; car souvent les derniers malheurs nous surprennent dans le temps même que nous faisons des bonnes œuvres. J'ai réfuté ailleurs ces faux principes: et si on ne conçoit pas clairement ce que je vais dire, on peut lire ce (]ue j'ai écrit de la Providence dans les Enlreti'"ns sur la mi'taphî/s^ique et dans les M'ditutions chrctinuirs '\
V. Pour recoiuiaîire donc nos devoirs dans leur principo, il ne sufllt pas de considérer sans rapport à nmis l'Etre inliniment parfait. Au contraire il faut surmut prendre garde que nous dépendons de la ])idss(vice de Dieu; que nous sommes unis à sa saijessr, et que nous n'avons de mouvement * (|ue par son esprit, que par ['amour qu'il se porte à lui-même. >«ous dépendons de la puisfiimce de Dieu : lar nous n'existons que par elle, nous n'agissons que par elle, nous ne pouvons rien ([ue |)ar elle. Nous sommes unis à la sagei^se de Dieu : car ce n'est (lue par elle que nous sommes éclairés, ce n'est qu'en elle que nous dé-
1. Donc, si vous niez la lliéorie des causes oce.Tsionnelles, il n'y a |ilns de rlevoirs envers Dieu : voilà bien l'espr.t de sys.ème.
'2. \ar. Ne serait jamais. (168-4.)
:!. Var. On peut lire les huit premières Méditntions chrétiennes. ilCiSi.!
■4. Ce mouveinenl. c'osl ce qui fail à la fois, seli>u Malebranclic. rinclination el la Vfdi.nic'-.
loO TRAITÉ DE MORALE.
couvrons la vérité, nous ne sommes raisonnables que par elle, qui seule est la Raison universelle des intelligences. Enfin nous n'avons de mouvement que par l'esprit divin, ((ue [lar son amour. Car, comme Dieu n'agit que par sa volonté, comme il n'ajïit que par l'amour qu'il se porte à lui-même, tout l'amour que nous avons pour le bien n'est qu'une effusion ou qu'une impression de l'amour par lequel Dieu s'aime. Nous n'aimons insensiblement et naturellement quts Dieu, parce que nous n'aimons et nous ne pouvons aimer que le bien, et que le bien, j'entends la cause du bonheur, ne se peut trouver (|u'en Dien, nulle créature ne pouvant agir par elle-même dans les esprits. 11 faut encore expliquer tout ceci plus au long pour en tirer les règles de noire condiii'e. Je commence par la puisscmce et par les devoirs qu'on lui doit rendre.
VI. C'est à Dieu seul que la gloire et l'honneur appartiennent. C'est vers lui seul que tous les mouvements des esprits doivent tendre, parce que c'est dans lui seul que réside la puissance. Toutes les volontés des créatures sont par elles-mêmes inefficaces. Il n'y a (|ue celui qui donne l'être qui puisse donner les manières de l'être ', puisque les manières des êtres ne sont que les êtres mômes de telle ou telle façon ^. Rien n'est plus évident à celui qui sait consulter^ la vérité intérieure : car qu'y a-t-il de plus évident, qne si Dieu, par exemple, conserve un corps toujours dans le même lieu, nulle créature ne pourra le mettre dans un autre, et que l'homme ne peut même remuer son bras, que parce que Dieu veut bien s'accordera faire ce que l'homme ingrat et stupide pense faire. C'est la même chose des manières d'être des esprits. Si Dieu conserve ou crée l'âme dans une manière d'être qui l'afflige, telle qu'est la douleur, nul esprit ne pourra l'en délivrer, ni lui faire sentir du plaisir, si Dieu ne s'accorde avec lui pour exécuter ses désirs. Or c'est par cet accord et cette libéralité toute divine * que Dieu, sans rien perdre de sa puissance, sans rien diminuer de sa grandeur, sans rien retrancher de sa gloire •'', fait pnrt aux créatures de