DEI'XII'ME PARTIR. — DES ORVOIRS. V.V
des iiK'|)ris pniii' l;i j^raiideiir et (|iii' di; l'Iiorroiir pour les dél)ris d'une eour voluptueuse: elle demeure immobile au uiilieu de tant d'attraits, et Dieu seul est l'objet de tous les mouvenienls de son àuie. .\nmiiuam Ixiata est ancilla tua, nisi in te Drus Abruham. k^uQ de fermeté d'esprit, que de grandeur d'àme ! c'est là ce (|u'apprend la loi de Dieu! Mais c'est aussi ce (|ue déiiiontre (v; principe, (|iie Dieu seul fait tout, et (jucles créatures ne sont (|ui> les causes ocrasionnelUs d^ l'éclat (|ui parait les environner el des plaisirs qu'ils semblent répandre. Mais il faut expliiiuer plus en particulier les devoirs (lu'oii doit rendre à la puissance, (|ui ne se trouve (|u'en Dien seul.
X.ïous nos devoirs ne consistent proprement qu'en des jugements et en des mouvements de l'âme, ainsi (|ue j'ai déjà dit. Car Dieu est esprit, et il vmt cire adoré en esprit et en vérité, et toutes les actions extérieures ne sont (|ue les suites de l'action de notre esprit. Celte perception claire que Dieu seul a la puissanrc, nous oblige à foruuT les jugements qui suivent.
1° Que Dieu seul est la cause véritable de notre être.
2° Une lui Seul esi la cause de la durée de notre être ou de notre temps.
3° Que lui seul est la cause de nos connaissances.
4» Que lui seul est la cause des mouvements naturels de nos volontés *.
i. Los mouvements naturels sont ceux qui constituent l'exercice mi me de la volonté. « Le mouvement naturel que D.eu imprime sans cesse en l'àme pour la porter à l'aimer, ou pour me servir d'un terme qui abrège plusieurs idées... la volonU;. » (De la nature et de la ynice, 3c discours, U' partie, v.) C'est le mouvement ((ui " selon l'institution de la naluro » devait nous la sser tous pleinement libres, parce qu'il ne nous poussait invinciblement que yei-s le bien en général et non vers aucun bien particulier. Le mouvement i^ui nous porte vers les biens particuliers (c'esl -à-dire part.els, imparfaits, faux par conséquent), voilà ce qui est de nous, abstraction faite de l'impulsion première, que nous détournons el déréglons ainsi : <> Le pouvoir q é nous avons d'aimer difféi ents biens est vn pouvoir misérable, pouvoir de péché. « [Méditations chrétiennes, vi, 17.) Ou encore : « Tu n'as ce pouvoir de consentir aux faux biens que par l'amour que Dieu t'imprime sans cesse pour le bien en général. Les consent-^ments qui ne sont qu'erreur et que péché sont uniquement de toi ; car les consentements qui tendent au bien ne sont pas tant des consentements que des mouvements qui continuent et que tu ne dissipes pas. » {Méaitations chi eiiennes, vi, 19.) Ainsi ce. pouvoir misérable, ce pouvoir de péclié, c'est ce qu'on appelle vulgairement le libre arbitre ; et de quoi, selon Malebranche, est-il le résultat? D'un affaiblissernelit ! Car si nous ralentissons et dissipons en nous l'action divine, ne croyons pas que ce soit l'effet d'une puissance réelle et positive. Non! « Selon Tinstitution de la nature tous les hommes sont également libres... mais la concupiscence corrompt le cœur et la raison ; or Xhomme ayant perdu le
1o4 TRAITÉ DE MORALE.
o« Que lui seul est la cause de nos sentiments, le plaisir, la douleur, la faim, la soif, etc.
6" Que lui seul est la cause de tous les mouvements de noire corps '.
7" Que ni les hommes, ni les anges, ni les démons, ni aucune créature ne peut par elle-même nous faire ni bien ni mal : qu'ils peuvent néanînoins, comme causes occasionnelles, déterminer Dieu, en conséquence de quelques lois générales, à nous faire du bien et du mal. par le moyen du corps auquel nous sommes unis.
8" Que nous non plus, nous ne pouvons faire ni bien ni mal à personne par nos propres forces, mais seulement obliger Dieu, par nos désirs pratiques ^, en conséquence des lois de l'union de l'âme et du corps, à faire du bien et du mal aux autres hommes. Car c'est nous qui voulons remuer notre bras et notre langue, mais Dieu seul sait et peut les remuer ■''.
pouvoir d'effacer les traces des plaisirs sensibles et d'arrêter les mouvemeiits de la concupiscence, cette liberté, égale chez tous les hommes s'ils n'eussent point péclié, est. devenue inégale selon les différents degrés de la lumière, et selon que la concupiscence agit diversement en eux... » {De la nature et de la grâce. 3e discours, ire partie, XI.) Malebranche est donc bien près de dire, comire les .Jansénistes, que lo libre arbitre invoqué par les philosophes, est une maladie, la maladie do VXmf déchue, et que cette liberté n'est qu'un étal de désordre, amené par l'ah.andon où nous avons mérité que Dieu nous laissât. « C'est la seule grâce, dit en 1705. le V. Quesnel, qui prévient, réveille, guérit, applique et fait agir et mouvoir la volonté. » Et il achève sa pensée par la comparaison suivante : « La main vivante du Sauveur et la main morte de la fdle de .laïre, jointes ensemble, sont un symbole de la grâce et de la volonté qui s'unissent et concourent inséparablement à la juslillcation et aux bonnes œuvres par le consentement que la grâce opère dans la volonté et que la volonté donne par la grâce qui la ranime, la sanctifie, la meut et la fait agir. 1) Ainsi, pour le P. Quesnel, nous ne sommes vraiment libres que quand nous cessons de vouloir par nous-mrmes; et il va jusqu'à penser que cette suspension de toute volonté personnelle vaut mieux que la liberté même dont A am jouissait avant la chule. « Chef pour chef, le second Adam pour le premier; grâce poni' grâce: grâce excellente, eflicace, puissante, divine, telle qu'est celle du Sauveur; pour la grâce commune d'Adam, faible, périssable, soumise à la lihei-té, propor-. tionnée à l'homme sain et innocent, et qui ne produisait que des ménles hnuiains. ■> Malebranche est-il ici bien éloigné de ces théories'?
1. (( Nous n'agissons que par le concours de Dieu, et notre action, considérée comme eflicace et capable de produire quelque elTet, n'est pas dill'érenle de celle de Dieu. » (l")" Éclairci.ssement sur la Ilecherche de la vérité.)
2. Nos désirs qui tendent à l'action sans y parvenir par eu.x-mèmes cl qui « n'obligent » Dieu, que parce que Dieu s'est obligé lui-même à y répondre par un acte efficace. Ces désirs pratiques, c'est ce que les autres philosophes appellent les volontés.
.'?. Ainsi en résumé : lo l,e mouvenieal iiiilial de iiolro volnnlé viiMit de Dieu: 20 guand ce mouvement initial se continue et nous porte vers le vrai bien, ce n'est