DEUXIÈME PARTIE. -PES HEVOIRS
vrritable. On ne doit honorer directement et absolument que Dieu dans les puissances (|u'il a établies : et quoiqu'on doive rendre exactement aux supérieurs lé<j:ilimes les honneurs et les soumissions extt'rieures que les lois ou les coutumes autorisent, et qu'on y doive joindre le respect inténeur, à cause de la puissance ([u'ils représentent ', toute la soumission do l'àme doit se rapporter uni(iuement à Dieu seul. C'est bassesse d'esprit que de craindre la plus excellente des créatures : c'est Dieu .seul qu'il faut craindre en elle. Néanmoins on doit estimer chaque chose à proportion de l'excellence de son être, ou de la perfection qu'elle possède ou qu'elle est capable de posséder. Ainsi l'amour de bienveillance, le respect et la soumission relative et extérieure, et la simple estime sont, que je sache, les principes généraux auxquels se peuvent rapporter tous les devoirs qu'on doit rendre aux autres hommes.
X. il y a cette dilTérence entre les devoirs que la Religion nous oblige à rendre à Dieu et ceux que la société demande (|ue nous rendions aux autres hommes, que les principaux devoirs de la Religion sont intérieurs et spirituels, parce que Dieu liénètre les conirs, et qu'absolument parlant il n'a nul besoin de ses créatures : et que les devoirs de la société sont presque tous extérieurs. Car outre que les hommes ne peuvent savoir nos sentiments à leur égard, si nous ne leur en donnons des mar(|ues sensibles, ils ont tous besoin les uns des autres, soit pour leur instruction particulière, soit enlln pour milleet mille secours dont ils ne peuvent se passer.
XI. Ainsi exiger des autres hommes les devoirs intérieurs et spirituels, qu'on ne doit qu'à Dieu, esprit pur, scrutateur des coeurs, seul indépendant et suffisant à lui-même, c'est un orgueil de démon. C'est vouloir dominer sur les esprits: c'est s'attribuer la (|ualité de scrutateur des cœurs; c'est en un mot exiger ce qu'on ne nous doit point. xMais de plus c'est exiger ce qui nous est entièrement inutile : car que fait aux autres hommes notre adoration intérieure, et que nous fait la leur? S'ils exécutent fidèlement nos volontés, de quoi pouvons-nous nous plaindre? S'ils regardent Dieu môme en notre personne, s'ils l'aiment et le craignent en nous, certainement nous nous attribuons la puissance et l'mdépendance, si nous ne sommes
1. Ces deux membres <le phrase, (lepuis : Kl qu'on y <loive joindre. .. n'él.iient pas dans Cédilion île 1684.