CHAPITRE DIXIEME
Des devoirs doiuestiijues du mari el de la lemme. Principe de ces devoirs. De ceux des pères à l'égard de leurs enfants, par rapport à la société éternelle, et à la société civile. De leur instruction dans les sciences et dans les mœurs. Les pères leur doivent l'exemple, et les conduire par Raison. Ils n'ont point de droit de les outrager. Les enfants leur doivent l'obéissance en toutes choses.
I. Comme ceux qui gouvernent l'Etat n'ont point un rapport continuel à tous les particuliers qui le composent, et qu'il se trouve bien des gens qui dans toute leur vie ne reçoivent aucun ordre de leur souverain ni de ses ministres, ce que je viens de dire dans le chapitre précédent, n'est pas d'un si grand usage que Texplication des devoirs mulueis d'une femme et d'un mari, des enfants et des parents, des maîtres et des valets, d'un juge et de ceux de son ressort, de la société des personnes qui se voient à tous moments, et qui ont entre eux mille dilTérents rapports. Ainsi il faut s'instruire plus particulièrement de ces devoirs domestiques. Je vais lâcher d'en établir les principes, afin que chacun en puisse tirer facilement les conséquences.
II. L'union la plus étroite que les personnes puissent avoir ensemble, c'est celle de l'homme et de la femme : parce que cette union est figure expresse de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise. Cette union est indissoluble , parce que Dieu étant immuable dans ses desseins, le mariage de Jésus-Christ et de son Eglise subsistera éternellement '. Cette union est naturelle,
1. Il ne faudrait pas croire qu'il n'y ait pas de raisons naturelles à alléguer eu laveur de l'indissolubilité de ce contrat, si éloigné de ressembler à tous les autres.
et les deux sexes pai' leur construction particulière, et en con- • séquence des lois admirables de l'uniun de l'ànie du corps, ont l'un pour l'autre la plus violente des passions : parce que l'amour de Jésus-Christ pour son Eglise, et celui de l'Eglise pour son Seigneur, son Sauveur et son Époux, est le plus grand amour qui se puisse imaginer. Cela est clair par le cantique des canti(iues. Car enfin l'homme et la femme sont réciproquement faits l'un pour l'autre *. Et si on peut concevoir que Dieu en les formant n'ait pas eu dessein de les unir ensemble, on comprendra aussi que Tincarnation du Verbe n'est pas nécessaire. On comprendra que le principal ou l'unique dessein de Dieu, qui est plus particulièrement ligure par le mariage de l'homme et de la femme que par toute autre chose, n'est pas l'établissement de son Eglise en Jésus-Christ qui en est la base et le fondement, en qui même l'univers subsiste, parce qu'il n'y a que lui qui lire tout l'ouvrage de Dieu de son état profane, et qui le rende par sa qualité de Fils, digne de la majesté du Père -.
III. Ce principe fait assez comprendre que les devoirs mutuels de Jésus-Christ et de l'Eglise sont le modèle de ceux des femmes et des maris ; et que le mariage des chrétiens, à l'imitation de celui des premiers hommes», étant la iigure de celui de Jésus-Christ et de l'Eglise, il ne doit point démentir par ses suites et ses circonstances la réalité qu'il représente. C'est pour cela (jue saint Paul tire de ce môme principe les devoirs que les femmes et les maris doivent mutuellement se rendre. Voici ses paroles :
IV. Que les femmes soient soumises à leurs maris cûnime au Seigneur : parce que le mari est le chef de la femme, comme Jénis- Christ est le chef de l'Eglise qui est son corps, de laquelle il est aussi le sauveur. Comme donc l'Eglise est soumise à Jcsus-Christ, les femmes aussi doivent être soumises à leurs maris en toutes choses : Et cous maris, aimez, vos femmes comme Jésus-Christ a aimé
1. IndcpeiidaTimcnt Je toute figure el, de tout symbolisme tlicologiqnc, Malebrauche croit aux causes finales et affii-me (coiilrairemcnt à lîescavtes) l'évidence de certaines causes finales dans la sirucluro du corps huinain. (Voyez la 11» des. Méditât ions chrétiennes.)
2. On sait à laquelle de ses grandes lliéoi'ies Malcbi'aiiclic l'ait ici allusion; Ma- Icbranolie pi-ofesso que, sans l'incarnalion, le monde n'eût pas été di^ne do Dieu cl n'eût pas mérité do subsister. Les llicolo;,'iens n'ont pas été plus satisfaits que les philosophes, de cette conception qui rend le péché d'Adam nécessaire el enlève .i la i)ure nature toute dignité comme tout mérite. (Voyez le Traité de la nature et de la f/riice.)
'■i. Epkes. V. 22. (Note marginale do M.)