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DEUXIÈME l'AUÏlE. — l»ES DEVOIKS- 2;j'J
i:raiultHir des misères dont ils se délivreraient * s'ils devenaient raisonnables, ils se trouveront plus disposés à suivre les mou- \onients de la ^'ràce, sans hujuelle on ne peut rendre à la loi éternelle toute lobéissanoe qui lui est due.
X. Les passions ne soni'point mauvaises en elles-mêmes. Riiui n'est mieux entendu, rien n'est plus utile pour entretenir la société, pourvu que la Raison les excite et les conduise. C.ar comme les hommes sont sensibles, il faut les instruire par leurs sens, et les mener où ils doivent aller, par quelque chose qui les frappe et les mette en mouvement. Ces maîtres sages ou froids, sans vivacité et sans passion, navancent pas beaucoup ceux qu'ils conduisent. Car les enfants ou les serviteurs, dont l'esprit n'est point fait à la raison, marchent lentement vers la vertu, si on ne les sollicite, si on ne les pique sans cesse. Mais il ne faut jamais les frapper sans les éclairer, sans qu'ils sachent ce qu'on leur demande , et qu'ds le puissent même exécuter avec plus de facilité, que de supporter les maux dont on les afilii^e. Comme on ne peut se déterminer sans motif, il faut les mettre en état de pouvoir choisir avec joie, et faire volontiers ce qui ne vaut rien, s'il n'est volontaire. Il faut que leur esprit s'instruise aussi bien que leur machine, et que la crainte des maux ne serve qu'à les porter vers le bien, les approcher delà lumière, les faire contempler la beauté de l'Ordre et la leur faire aimer. C'est cette espèce d'aiïection qu'on fait souffrir aux hommes, en présence et ta l'honneur de la Raison qu'ils ont méprisée, qui ouvre l'esprit et donne de l'intelligence : et non des châtiments de brutaux, qui ne sont propres qu'à former des brutes, qu'à dresser des chevaux et des chiens, et qu'à apprendre aux hommes à faire de leur volonté la règle inviolable de leur conduite -.
1. S'il ne s'agissait que des ciiminels et de ceux qui troublent la paix sociale, ou pourrait admettre ces considérations, qui rappellent celles de Platon dans le Gorgias.
2. Malebranche craint évidemment (il s'exprime sur ce point avec autant de noblesse que d'énergie) qu'on ne substitue au raisonnement et à la persuasion, l'emploi de la force. Toutefois il admet celle-ci comme auxiliaire; il veut que ce soit un auxiliaire subalterne, subordonné, ne faisant rien par lui-même; mais enfin il l'admet. Et voici la question, entre autres, qu'il néglige de se poser : Admettons que celui qui dispose de la force ne la mette qu'au service de la raison, que non seulement il en soit certain de bonne foi, mais qu'il en puisse donner à tous les hommes non prévenus la démonstration évidente et irréfutable. Il faudrait encore que celui à qui on inflige le châtiment en sentit la justice et l'acceptât, disposition
XI. Les inférieurs ne sont pas seulement obllf^és k une obéissance prompte et exacte aux ordres que leur signillent leurs supérieurs, mais encore à leur volonté clairement connue quoique non signitiée. Et bien que celui qui attend Tordre exprès d'un supérieur pour lui obéir et lui satisfaire, ne méprise pas en cela sa personne et ne se révolte pas contre lui, il ne respecte point assez en lui la puissance et la majesté divine. Mais un ministre qui se rend maître de l'esprit du souverain, qui s'attire à lui l'autorité par les liaisons qu'il forme et par les créatures qu'il se fait, et met son prince en éiat qu'il appréhende de lui commander, mérite d'être traité comme un rebelle ^ Un valet insolent qui par la connaissance qu"il a des affaires de son maître ou de la faiblesse de son esprit, lui ôte la liberté de lui marquer ses volontés, est souvent plus coupable qu'un serviteur paresseux et négligent qui n'exécute point les ordres qu'on lui donne. Un iils, dans la force de son âge et de son esprit, ou qui a acquis beaucoup d'honneur et de biens dans le monde, et qui par là s'est mis en état que son père humilié, faible, impuissant, n'ose lui rien commander, manque aux devoirs de l'obéissance, si, connaissant la volonté de son père, il ne la fait pas. Une femme qui se rend redoutable à son mari trop bon et trop honnête, ou qui par son humeur fâcheuse le met en état qu'il n'ose lui marquer sa volonté, est plus désobéissante, quoiqu'elle fasse exactement ce qu'il lui ordonne, que celle qui craint son mari selon le précepte de l'Apôtre -, (luoiqu'elle ne fasse pas toujours tout celui qui lui est commandé. Un religieux qui par le crédit qu'il a acquis au dehors, ou par ses qualités personnelles, ferme la bouche à ses supérieurs ^, et ne fait point ce que certainement il sait bien
qui, ;i elle seule, i-eadraiL inutile Tusagc de l;i [ofcc. Mîiis si le coupable csl en révulte, en quoi le IrailenicnL qu'on lui iniligc lui semblera-t-il autre chose qu'un « châtiment brutal » et à quoi ce chàtinicnt scrvira-t-il, sinon à le rendre plus «brute'?" L'emploi de la force n'est moral et n'est sans péril, à ce qu'il semble, dans nos sociétés, que lorsqu'il est indispensable pour obtenir l'obéissance à la loi, paternelle ou sociale, sans laquelle oii l'éducation des enfanis t»u la sécurilc et la liberté dos citoyens serait impossildc. Kncore faul-il que l'on s'elforce de réduire toujours cet emploi à son minimum.
1. Cette impopularité dos ministres subslituaiit leur action à celle du i-ui est un des traits curieux de l'ancien régime, avant le xviiie siècle.
2. Mulier autem tbneat virum suum. Ephes. v, 33. (Note marginale dos éditions de 1684 et 1697.)
3. Autrement qu'en ayant raison, veut sansaïunm doute dire iMalohrnncbe, puis que c'est la liaison qui est souveraine, comme il le répète si souvent.
ItKl'XlKME l'Ainili. — DES ItKVUlKS. 2 i I
t|u'ils ilciiiamltMil lio lui, tombe dans la désobéissance, l-^n un mot ci'liii-Hi sort de son ranj;- et se révolte, (|iii se soustrait de t|uel(|ue manière (jue ce soit à l'obéissance qu'il doit aux autres ; et (iuoi(|u'il se mette en sûreté auprès des lioiiimes, et selon les luis lie ceux ([ui ne pénètrent point les cu'urs, il n'échappera pas le jugement du juste juge, qui éclaire toutes les souplesses de l'amour-propre. C'est qu'il n'est pas possible que celui qui obéit aux hommes, comme à des hommes, et non point conune il Dieu-mème, ainsi que l'ordonne la Religion et la Raison, remplisse tous les devoirs de l'obéissance : et au contraire le désir de plaire à Dieu, en se soumettant aux hommes, nous conduit si heureusement, que nous taisons naturellement tout ce que l'esprit le plus éclairé pourrait nous prescrire.