‹ Traité de moraleChapitre 199 sur 233 · Sapient. vi, 6, 7. (Note marginale de M · texte numérisé non relu

Sapient. vi, 6, 7. (Note marginale de M

2. Il semble bien qu'il y ait là encore quelque chose ile personnel. Malebranehe ne devait pas plus aimer que Fénelon que le pouvoir séculier intervint dans les discussions théologiques. Il est vrai qu'il en sentait particulièrement la ■■ brutalité », quand il craignait de Vavoir contre lui ou quand il le voyait se déchaîner sur des doctrines peu éloignées des siennes (comme celles de Port-Royali. C'est là un tribut payé à la nature.

ri. Eccles. XXXI I. 1, 2. 3. (Note marginale de M.

nuel. Le supérieur ne doit prendre sa place d'honneur qu'après avoir rempli ses devoirs , et ne se mettre à la lète des autres que pour les assurer et pour les défendre, que pour les réunir entre eux et les réjouir par sa présence. Les supérieurs et principalement les souverains sont appelés dans l'Ecriture et dans les anciens auteurs, les pasteurs des peuples : et le Roi du festin qui trouble la fête et inlerrompt la musique', représente un chef qui rompt la corde et le concert agréahle de tous les membres du corps qu'il doit gouverner, qu'il doit entretenir dans une parfaite union et dans une mutuelle correspondance. La tin du gouvernement, quel qu'il puisse être, c'est la paix et la charité : et les moyens de l'entretenir, c'est de faire partout régner la Raison, parce qu'il n'y a que la Raison qui puisse réunir les esprits et les mettre d'accord et les faire agir de concert. Car enfin la Raison est une loi naturelle et générale, que peu de gens suivent en tout, mais que personne n'ose mépriser ouvertement, et que tous les hommes font gloire de suivre, dans le temps même qu'ils s'en éloignent.

Vil. Ainsi le juge d'une ville, le père, supérieur naturel de la famille, le maître qui a sous lui des écoliers ou des apprentis, tout supérieur doit inspirera ses inférieurs un esprit de raison, de justice, et de charité. 11 doit suivre la Raison, comme sa loi inviolable et la leur. Il ne doit point s'attribuer d'autres droits que les moyens propres pour la faire respecter et pour obliger à s'y soumettre. Mais il ne doit point douter que tous ces moyens ne soient véritablement ses droits naturels, à proportion néanmoins de l'ordre qu'il a reçu de la puissance supérieure. Car la puissance qui donne quelque commission, donne en môme temps droit à tous les moyens légitimes de l'exécuter qu'à cette môme puissance, si elle-même, ou la coutume, et surtout la Raison ne prescrit rien de particulier sur ces moyens. Car le juge d'une ville ne peut punir les coupables que selon les lois, quoiqu'il puisse empêcher le mal par mille moyensque son autorité lui donne, et sur lesquels les lois ne prescrivent rien. Un père peut fouetter ses enfants, et même en rigueur les corriger avec le bâton : mais il ne peut les faire mourir, ni les estropier, et par là les rendre inutiles à l'état, dont il dépend lui-même et à qui ils appartiennent. Un maître peut fouetter un enfant, mais il ne peut l'outrager, sans oiïenser le père, (lui

1. Non impedias miisicam. ibid. (Noie inar^iiiiilo do r/'ililiui ilc 1(184.)

DEUXlli.Ml-: l'AKTiE.— DES UEVUlKS. 237

111' lui a pas donné ce droit, non plus (|ue la coutume ni l'clal. Mais, excepté ce (|ue lacouluiue, la Raison, la puissance supérieure prescrivent, les niaiires peu\enl re;^arder conitnc leurs droits naturels tous les moyens propres à ranjier. non à leur volonté, mais à la liaison, tous ceux (|ui leur sont soumis : k la Raison, dis-je et non à leur volonté : car encore un coup, ni les juges, ni les princes, ni le père, ni Dieu même, si cela était possible, si le Verbe ne lui était point consubstantiel, s'il, pouvait s"empècher de l'entrendrer et de l'aimer, ni Dieu-mème, dis-je, n'a pas ce droit de se servir de sa puissance pour soumettre les hommes, faits pour la Raison, à une volonté qui n'y serait pas conforme.

VIII. Néanmoins un serviteur, un écolier, un sujet ne doit point criti(iuer les volontés des supérieurs. 11 doit leur faire cet honneur de croire qu'ils sont raisonnables aussi bien que lui, et beaucoup plus que lui : et lorsque l'évidence i ou le commandement exprès de la loi de Dieu ne lui prescrit rien de contraire, il est obligé d'obéir incessamment et sans murmure. Souvent même il n'a pas droit de représenter ses raisons, pour s'éclaircir de ses doutes. Car il ne le peut, que lorsque cette espèce de liberté n'a nul air de mépris, et ne peut irriter la personne, en qui il doit craindre et respecter la puissance de Dieu môme. Mais il faut que les supérieurs de leur côté aient beaucoup d'éyards à la délicatesse des autres hommes. Qu'ils ne s'imaginent pas d'être infaillibles, et que par leurs manières d'agir hautes et fières, ils ne portent point ceux qui leur sont soumis à les craindre, au lieu de craindre Dieu en leur personne. Le Dieu invisible ne fait pas tant de peur aux imaginations faibles, que l'air sensible et menaçant d'un père ou d'un maître eu colère : et souvent un supérieur animé et troublé par quelque passion, fait commettre k ses inférieurs de pins grands crimes qu'il n'en commet lui-même; parce qu'une passion imprévue l'ayant aveuglé, sa faute est moins volontaire ; mais le crime de ceux qui lui obéissent contre la Raison est énorme, k cause qu'ils offensent Dieu librement, de peur de l'arrêter lui, et de lui déplaire '-'.

1. Poui' Malebranche, les Uiéories des causes occusionnelles, de l'optimisme, des rapports de la nature et de la grâce, tels qu'il les conçoit, sont u évidentes » ; c'est ce qui fait qu'il n'obéit pas « incessamment et sans murmure » aux censures dont elles sont l'objet.

2. On sait de quels scrupules Malebranche lui tourmenté pour avoir signe le

IX. Ce n'est pas qu'un maitre ne doive jamais agir avec empire et se rendre redoutable. La Raison veut qu'il se mette quelquefois en colère, afin que cette passion répandant machinalement sur le visage quelque chose de terrible, son air imprime la crainte dans le cœur des méchants et les dispose à l'obéissance ; et môme si cela ne suffit pas, il faut y joindre des menaces, et en venir enfin au châtiment, et à une espèce d'excès et d'outrage. Il faut absolument que la puissance soumette les hommes à la Raison et les force d'y obéir, lorsque la Raison elle-même, quoique connue, n'a pas pour eux assez de charmes pour les attirer à la suivre. Les hommes regardent la Raison comme impuissante et sans action, comme incapable de récompenser ceux (jui s'attachent à sa suite et de punir ceux qui suivent le parti contraire. Il faut délivrer les hommes de celte erreur, qui est confirmée par tous les préjugés des sens, et leur faire vivement sentir par sa conduite à leur égard, qu'il n'y a point deux divinités différentes, la Raison et la puissance; que le Tout-Puissant est essentiellement Raison, et que la Raison universelle est toute-puissante. Il faut qu'entre les hommes, ceux qui sont puissants et raisonnables i par le rapport particulier - qu'ils ont à la puissance et à la Raison divine, obligent par la force les esprits déraisonnables à redouter la Raison qu'ils n'aiment point; de môme qu'ils doivent par la Raison porter ceux qui l'aiment à s'unir à la puissance et se réjouir en elle, dans l'attente de leur bonheur, qui leur sera donné selon les ordres que prescrit la même Raison. Il faut donc menacer, punir, rendre malheureux ceux qui méprisent la Raison. Car, comme il est encore moins incommode de lui obéir sans plaisir, (jue de lui désobéir avec douleur; peut-être (|ue la crainte du châtiment, faisant comprendre aux méchants la

formulaire conLre Janscnius. sans avoir ;icquis porsounelleinuiil la i)r(;iive quu los cinq priiposi lions allaqnées ùlaicnL vraiincnl dans Janscnius : u Je prolesle dont;, cciivil,-il plus tard, que je n'ai souscrit au formulaire, simplement et sans restriction, principalement la dernière fois, qu'avec une extrême répugnance, par une obéissance aveugle à mes supérieurs, par imitation et par d'autres conndération.s humaines qui ont vaintui mes répugnances... >< Voyez l'ensemble de celle rélraclation dans M. Bouillior, Ilist. de la PUilos. cartes. 2'^ vol. ch. ii. Elle est signée de seplembre 1873. Elle est donc antérieure au Traité de Moi-ale, et il est visible que Malebranche s'en est souvenu en écrivant ces lignes.

1. Mais ceux qui scjnt puissants sonl-ils toujours aussi raisonnables que puis- .sants'.'

Page 1