‹ Traité de moraleChapitre 207 sur 233 · Ut amer is, amabilis esto. (Ovide · texte numérisé non relu

Ut amer is, amabilis esto. (Ovide

2. Il On est d'ordinaire plus médisant par vanité que par malice, ■■ dit Lu Uoeliofoucauld. Et d'autre part, comme l'observe Montesquieu, « l'admiration est le propre des grandes âmes. »

II. Quelles sont donc les qualités qui nous rendent aimables? Rien n'est plus facile que de les découvrir. Ce n'est point d'avoir de l'esprit, de la science, un beau visaj^e, un corps bien droit et bien formé, de la qualité, des richesses, ni même de la vertu : ce n'est point précisément tout cela. Car on peut avoir de l'aversion pour celui qui possède toutes ces qualités estimables. Quoi donc? C'est de paraître tel, que les autres se persuadent qu'avec nous ils seront contents. Si celui qui a de f^-rands biens est avare, si celui qui a de l'esprit est superbe, si celui (jui a de la qualité est lier et brutal , si celui-là même qui a de la vertu et du mérite prétend que tout lui est dû; toutes ces qualités, quelque estimables qu'elles soient, ne rendront point aimables ceux qui les possèdent. Les hommes veulent invinciblement être heureux. Celui-là seul peut donc se faire aimer, je ne dis pas estimer, qui est bon ou paraît tel. Or personne n'est bon par rapport à nous, quelque parfait qu'il soit en luimême, s'il ne répand point sur nous les faveurs que Dieu lui fait.

III. Ainsi le bel esprit qui raille toute la terre, se rend odieux à tout le monde : et le savant qui fait parade de sa science, s'habille en pédant ' et se travestit en ridicule. Ceux qui veulent se faire aimer et qui ont bien de Tesprit, en doivent faire part aux autres. Qu'ils fassent si bien valoir les bonnes choses que les autres disent en leur présence -, qu'avec eux chacun soit content de soi-même. Que celui qui a de la science, n'ensei<j;ne point en maître les vérités dont il est convaincu. Mais qu'il ail le secret de faire naître insensiblement la lumière dans l'esprit de ceux quil'écoutent, de sorte que chacun s'en trouve éclairé, sans la honte d'avoir été son disciple. Celui qui est libéral n'est point aimable, s'il s'élève ou se vante de ses libéralités. En eiïet il reproche ses faveurs à celui à qui il les fait,

1. On sait qno Malobranche manque rarement rocoasion de poursuivre les pédants ou ceux qu'il croit tels, (comme Montaigne qu'il appelle si spiriUiclIement un 11 jicdant <à la cavalière. ») Voici le portrait qu'il trace du pédant en général, dans la liecherc/ie de la vérité, (livre 111, 3e partie, ch. v) : « Pédant est opposé à raisonnable ; les pédants ne peuvcnl raisonner parce qu'ils oiitl'espi'it pctil, et d'ailleurs rempli d'une fausse érudition; et ils ne veulent pas raisonner parce qu'ils croient que certaines gens les resiieclent et les admirent davantage lorsqu'ils citent quelque auteur inconnu ou quelque sentence d'un ancien, que lorsqu'ils prétendent raisonner. Les pédants sont donc vains et fiers, de grande mémoire cl de peu do jugement, hourcux et forts en cilalions, malheureux en raisons. »

2. Var. Qu'ils fassent si bien valoir les bonnes choses qu'on dit. (1684.)

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