‹ Traité de moraleChapitre 41 sur 233 · Var. Si la même proportion (1G · texte numérisé non relu

Var. Si la même proportion (1G

ne sont point conformes à l'Ordre. De là il est évident que la charité ou l'amour de Dieu est une suite de l'amour de l'Ordre; et (ju'il faut estimer et aimer Dieu, non seulement plus que toute choses, mais infiniment plus que toutes choses, parce qu'entre l'infini et le fini il ne peut y avoir do rapport fini.

VIII. Or il y a deux principales espèces d'amour, un amour de bienveillance, et un amour qu'on peut appeler tf union. Un brutal aime l'objet de sa passion d'un amour d'union : parce que regardant cet objet comme la cause de son bonheur, il souhaite d'y être uni, afin que cet objet 'agis.-e en lui et le rende heureux. Il s'en approche par le mouvement de son cœur, ou par ses affections, aussi bien que par le mouvement de son corps. On aime les gens de mérite d'un amour de bienveillance, car on les aime dans le temps même qu'ils ne sont point en état de nous faire du bien : on les aime parce qu'ils ont plus de perfection et de vertu que les autres. Ainsi la puissance de nous faire du bien, ou cette espèce de perfection qui a rapport à notre bonheur; en un mot la bonté excite en nous l'amour d'union, et les autres perfections l'amour d'estime et de bienveillance -.Or Dieu seul est bon, il a seul la puissance ^ d'agir en nous. Il ne communique point réellement aux créatures cette perfection : il les établit seulement causes occasionnelles pour produire quelques effets, car la véritable puissance est incommunicable. Donc tout l'amour d'union doit tendre vers Dieu.

IX. On peut par exemple s'approcher '* du feu, car le feu est la cause occasionnelle de la chaleur. Mais on ne peut point l'aimer d'un amour d'union sans blesser l'ordre, car le feu n'a nulle puissance, bien loin d'en avoir sur ce qui est en nous capable d'aimer. C'est la même chose des auires créatures, des Anges mômes ^ et des démons: il ne les faut point aimer** d'un amour d'union : d'un amour qui honore la puissance : car toutes étant absolument impuissantes, il ne les faut nullement aimer. (Juand je dis aimer, j'entends aussi craindre, j'entends haïr, j'entends que l'àme doit demeurer immobile en leur présence.

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