XII INTRODUCTION
c"est le cura ut constes libi de Sénèque et de tous les autres pages du Portique.
Mais la morale de Descartes ne se borne pas à ces maximes. Déjà, cette idée fondamentale de la pensée ' maîtresse d'elle-même et régulatrice de ses démarches est entendue chez lui dans un sens plus positif et plus actif que ne l'entendaient Épictète et Marc-Auièle. Il ne s'agit pas pour lui de se réfugier dans limpassibilité, de supporter tout et de s'abstenir de tout. 11 s'agit de chercher en toutes choses la vérité claire et distincte, et de la chercher par le travail suivi d'une pensée confiante en l'efficacité de ses efforts, C'est un devoir de chercher cette vérité, parce que l'état de l'intelligence humaine n'est pas toujours un état nettement tranché ou de science ou d'ignorance, de science impeccable et sans mérite, ou d'ignorance involontaire et innocente. Si l'on voyait clairement le mal, on ne le ferait pas. Mais il arrive qu'on le voit confusément, ou qu'on se souvient de l'avoir vu tel autrefois et qu'on ne le voit plus actuellement, c'est-àdire qu'on ne fait plus attention aux. raisons qui le prouvent '-. Cela suffit pour mal faire et pour en avoir la responsabilité. Par contre, c'est une bonne action de faire attention et de se mettre en état de voir clairement et
1. '. Travaillons donc .à bien penser; c'est là le fondement de la morale. » (Pascal, Pom^éus^.)
2. Leltri; .iS, tome iv, des iinivres pliilosophliines, édit. (iarnier.
INTROni'CTION. XIH
distinctcmoQt, ici le hii-n, là le mal, de telle sorte que notre volonté s'habitue à «uivre toujours « la lumière de notre entendement. »
La pensée a donc des devoirs envers elle-même, parce qu'elle peut agir sur elle-même et qu'elle peut, par la lucidité acquise de ses idées, conduire dans le droit chemin la volonté qui lui est unie. Mais après avoir dit que la pensée ne dispose que d'elle, Descartes modifie ou étend singulièrement le sens de cette maxime. Pour les stoïciens, la pensée acceptait le monde tel qu'il était: poui' Descartes, elle le conquiert, parce que nous en faisant connaître toutes les forces « comme nous «ont connus les métiers de nos artisans, elle peut nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » Ainsi avec rallention, mère des idées claires et distinctes et de la vertu, la science nous donnera la possession dune foule de hiens qui contribueront à la commodité de la vie; et quiconque coopère à une telle œuvre, travaille au bien de l'humanité. Mais la science est encore d'une autre façon l'auxiliaire de la vertu. Grâce à l'unité des lois du monde, la connaissance du mécanisme universel doit nous révéler les secrets de la vie et les conditions de la santé. Or « l'esprit dépend si fort, dit Descartes, du tempérament et des dispositions des organes du corps, que, s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages el pla> habiles