PREMIÈRE PARTIE. — DE F,.\ VERTU
c'est de ne méditer que sur des idées claires el des expériences incontestables. Méditer sur des sentiments confus el sur des expériences douteuses, travail inutile: c'est contempler des fantômes et suivre l'erreur. L'Ordre immuable el néct\>^saire, la loi divine est aussi notre loi : ce doit èire le principal sujet de nos méditations. Mais ', rien n'est plus abstrait et moins sensible (|ue cet Ordre. J'avoue que l'Ordre rendu sensible el visible par les actions et les préceptes de Jésus-Christ, peut aussi nous conduiri\ Mais c'est qu'effectivement cet ordre sensible élève l'esprit à la connaissance de Tordre intellijiible : car le Verbe fait chair n'est notre modèle que pour nous conformer à la Raison, modèle indispensable de toutes les intelligences, modèle sur lequel le premier homme a été Corme, modèle sur lequel nous devons être réformés par la folie apparente de la foi ^, qui nous conduit par nos sens à notre Raison, à la contemplation de notre modèle intellifrible.
Xlil. L'homme renversé par terre s'appuie sur la terre, mais c'est pour se relever. Jésus-Christ s'accommode à notre faiblesse, mais c'est pour nous en tirer. La foi ne parle à l'esprit que par le corps, il est vrai ; mais c'est afin que l'homme n'écoute plus son corps, qu'il rentre en lui-même, qu'il contemple les véritables idées des choses, et fasse taire ses sens, son imagination, et ses passions. C'est afin qu'il commence sur la terre à faire de son esprit l'usape qu'il en fera dans le Ciel, où l'intellip-nce succédera à la foi, où le corps sera soumis à l'esprit, où la Raison seule sera la maîtresse. Car le corps de lui-mêuie ne parle à l'esprit que pour le bien du corps': c'est une vérité essentielle dont on ne peut trop se convaincre.
XIV. La Vérité et l'ordre ne consistent que dans les rapports de grandeur et de perfection que les choses ont entre elles. Mais, comment découvrir ces rapports avec évidence, lorsiju'on manque d'idées claires? Comment donnera-l-on à chaque chose le rang qui lui convient, si l'on n'estime rien que par rapport à soi? Ortainement, si on se regarde comme le centre de l'univers, sentiment que le corps inspire sans cesse, tout l'ordre se renverse, toutes les vérités changent de nature. Un f]ambeau devient plus grand qu'une étoile : un fruit plus estimable que le salut de l'état. La terre que les Astronomes regardent comme