Var. Dès qu'on le souhnile
4. Var. Ktro actuellement malheureux. (1684.) Ti. Var. El la douleur actuelle. (1684.)
PREMiftRF, PARTIE. - DE LA VERTU. , ni
ne point so iiuMcr îles .alTairesciui ne nous regardent pas, et (|iii peuvent dans la suite, à cause de notre eni^a.nement indiscret, exciter en nous mille mouvements importuns.
IX. La seconde chose qu'il y a à faire, c'est d'éviter autant qu'on le peut toutes les sciences et tous les emplois qui n'ont que de l'éclat, les sciences où la mémoire seule travaille, l'étude et l'emploi où l'imafïination s'exerce trop. Lorsque l'homme a la tète pleine, content de ses richesses prétendues et enflé d'orjiueil, il méprise le travail de l'attention: ou si! en reconnaît la nécessité, il faudrait faire de trop grands efforts pour éloigner toutes les fausses idées que sa mémoire lui fournit. Et lorsi|ue l'imagination s'est trop exercée, l'évidence de la vérité ne nous touche plus vivement : parce qu'effectivement rien n'est plus opposé à la Raison qu'une imagination trop instruite, trop délicate, trop agissante, ou plutôt maligne et corrompue. Car l'imagination doit toujours se taire, lorsque la Raison prononce; et quand on a coutume de l'exercer, elle interrompt et se révolte sans cesse. Aussi, voyons-nous que les savants dont je parle n'ont guère de piété, ni les préterfBus esprits foris de Religion : parce qu'effectivement il n'y a point de plus grand aveuglement que celui dont les uns et les autres sont frappés. L'orgueil éteint en eux toutes les lumières; parce qu'étant toujours très satisfaits d'eux-mêmes, rassasiés ou plutôt sans faim pour la vérité, ils ne peuvent pas se résoudre à gagner à la sueur de leur front le pain de l'âme, nourriture dont ils ne peuvent pas goûter la saveur.
X. L'homme doit travailler de l'esprit pour gagner la vie de l'esprit, c'est une nécessité absolue. Mais, travailler de l'esprit pour gagner de l'or, pour acquérir de l'honneur, rien n'est plus servile. Qu'un artisan travaille du corps, pour gagner la vie du corps, pour avoir du pain, cela est dans l'ordre: du moins peut-il en remuant son corps se nourrir l'esprit et l'occuper de bonnes pensées. Mais qu'un magistrat, qu'un homme d'affaires, qu'un marchand prodigue la force de son esprit pour acquérir du bien, inutile souvent à la vie de son corps, et toujours dangereux à celle de son esprit, c'est une insigne folie. Il faut donc en troisième lieu éviter tous les emplois qui ôtent la liberté de l'esprit, si Dieu n'y engage par une vocation extraordinaire. Car, si la charité, l'ordre de l'état'où l'on vit, nous y oblige, et que nous ne prenions de charge qu'autant que nous en pouvons porter, Dieu suppléera en nous l'équiva-
lenl (.le ce que nous eussions |iu olitcnir par le iravnil de la méditation. Nous trouverons même toujours assez de temps pour nous examiner sur nos devoirs, si ce n'est point l'ambition ou l'intérêt (lui nous anime dans l'exercice de notre emploi.
XI. Tout le monde sait assez quelles sont les choses qui l'agitent et qui le dissipent: ou du moins chacun peut s"en instruire en consultant l'expérience ou le senîiment intérieur qu'on a de soi-même. De sorte que je ne m'arrêterai * pas ici à marquer en détail ce que l'on doit faire pour faciliter la méditation. 11 n'y a que le corps qui appesantisse l'esprit: voilà le principe de notre stupidité. Or, tous les objets sensibles n'agissent en nous que par notre corps. Ainsi, on voit bien qu'il n'y a qu'à faire taire ses sens, son imagination et ses passions, en un mot le bruit confus que le corps excite en nous, pour entendre sans peine les réponses de la Vérité intérieure. Chacun sait '^ par sa propre expérience que le corps est assez calme, quand rien ne l'ébranlé au dehors ou ne l'a déjà trop ébranlé. Car, comme il conserve longtemps les traces et les mouvements qu'il a reçus des objets sensibles, j'avoue que l'imagination demeure salie et blessée, lorsqu'on a été assez indiscret pour se familiariser avec les plaisirs. Néanmoins, la plaie se refermera, le cerveau se rétablira, si l'on évite avec soin l'action des objets qui frappent nos sens, ce qu'on peut toujours, du moins en partie. Je suppose pour cela les secours nécessaires. Qu'on fasse de son côté ce qu'on peut: et bien loin de méditer avec dégoût, on se trouvera si bien récompensé qu'on ne se repentira pas de son travail; pourvu néanmoins (lu'on observe la règle ([ue je vas donner, sans laijuelle (|uoi qu'on médite, on ne recevra jamais pour récompense la vue claire de la vérité. Je ne prétends pas expliquer ici l'art de penser, ni donner toutes les règles sur lesquelles l'esprit doit régler toutes ses démarches dans la recherche de la vérité. Je traite de la Morale, science nécessaire à tous les hommes, et je laisse la logique, que ceux-là seuls sont obligés d'étudier a fond, qui veulent être en état de découvrir la vérité sur toutes sortes de sujets.