‹ Traité de moraleChapitre 98 sur 233 · PREMIÈRE PARTIE.- DE L.\ VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.- DE L.\ VERTU

dro. Au reste le Concile de Trente a déiini ce que je viens d'établir. C'est un article de notre foi que les Sacrements de la nouvelle alliance opèrent la j^râcc ou la charité justilianto ' : et que le pécheur qui s'approche du Sacrement de pénitence par le mouvement que lui inspire le Saint-Esprit, mouvement qui ne le justifie point, car le Saint-Esprit n'habite point encore en lui, comme le dit le Concile, et pour les raisons que je viens d'expliquer, que ce pécheur, dis-je, reçoit véritablement la charité habituelle de la justification, par l'efficace du Sacrement que le Sauveur des pécheurs a établi, pour les délivrer sûrement ^ de la captivité du péché.

XIII. Il est donc évident que le pécheur contrit par quelque motif que ce puisse être, car il n'importe, lorsqu'il se sent touché de repentir, et qu'il a obtenu par ses prières, ou autrement, assez de force pour former la résolution généreuse de ne plus pécher, et de renoncer à sa ' passion dominante, doit promptement avoir recours à la pénitence, pour recevoir par ce Sacrement la charité habituelle, ce que " peut être il ne pourrait pas obtenir par ses prières ordinaires.

XIV. Je sais bien que plusieurs personnes condamnent la crainte de l'enfer, comme un motif d'amour-propre, qui ne peut produire rien de bon : motif néanmoins que j'ai pris comme étant le plus vif et le plus ordinaire pour s'e\citer à faire les choses qui peuvent nous conduire h la justification. Je sais, dis-je, qu'ils rejettent ce motif comme inutile, et qu'ils approuvent au contraire l'espérance de la récompense éternelle comme un motif saint et raisonnable, et dont les plus gens de bien s'animent cà la vertu, selon ces paroles de David toujours si rempli d'ardeur et de charité : Indinavi cor meum ad faciendas jmtiftcationes tuas in œternum propter rctributionem. Cependant vouloir être heureux, ou ne vouloir pas être malheureux, c'est la même chose, l'un n'est pas moins bon que l'autre ^. La crainte de la douleur, le désir du plaisir ne sont l'un et l'autre que des mouvements d'amour-propre. Mais l'amour-propre en lui-même n'est pas mauvais : Dieu le produit sans cesse en nous. Il nous porte invinciblement au bien; et par ce même mouvement, il

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