‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 1 sur 125 · LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE

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PREFACE

I. La médecine est, sans contredit, au premier rang des sciences qui, dans les temps modernes, ont subi cette transformation fondamentale invoquée par l’illustre chancelier Bacon (1). C’est, d’ailleurs, un magnifique spectacle pour l’observateur philosophe que de contempler comment, sous l’empire suprême de la loi du progrès, les sciences en général, et la médecine en particulier, accomplissent, à travers des obstacles sans cesse renaissants , le grand œuvre de leur évolution. Il serait trop long de parcourir toutes les phases par lesquelles a passé la science des maladies avant d'arriver à l’ère nouvelle, c’est-à-dire à l’ère de la précision et de l’exactitude. Contentons-nous de quelques rapides considérations sur cette importante matière.

IL II est beau de savoir rendre justice aux travaux et aux découvertes de l’antiquité médicale, et l’on doit, sans doute, saluer avec respect le nom presque divin d’Hippocrate , et s’incliner devant le puissant et vaste génie de Galien. Mais il ne faut pas que notre respect et notre admiration pour les anciens aillent, en quelque sorte , jusqu’à l’idolâtrie , et nous empêchent de rendre justice aux modernes. Ainsi donc, sans oublier d’honorer les siècles passés, osons louer aussi le grand siècle où nous vivons , ce véritable âge d’or de la médecine et des autres sciences naturelles. Nous proposer aujourd’hui pour type de la médecine , la médecine hip-

(1) Frustra magnum expeclalur augmenlum in scientiis ex superinductione et insilione novorum super vêlera ; sed instauratio

FACIENDA EST AB IMtS FUNDAMENTIS , nisi pCrpelUO libCUl CiVCUm-

volvi in orbem cum exili et quasi contemnendo progressa ( Novum organ., aph. 31 ).

PHÉKAUK.

pocratique , c’est absolument comme si l’on nous proposait pour type de la physique et de la chimie , la physique et la chimie d ’Epicwre, A' Aristote ou de Thaïes. L’esprit humain ne marche point ainsi à reculons, et nos hippocratistes modernes sont de vingt siècles en arrière de leur J

Qui ne voit, d’ailleurs, au premier coup d’œil, que, privée des lumières fournies par les ouvertures de cadavres, et dépourvue des méthodes exactes empruntées à la physique et à la chimie, la médecine ne serait, si j’ose le dire, qu’une espèce d’avorton scientifique auquel manqueraient presque tous les sens? Or, telle était à peu près la triste condition de l’antique médecine.

Pour se constituer à l’état de véritable science, il ne fallait rien moins à la médecine que la grande révolution opérée dans les sciences naturelles, après la mémorable époque désignée dans l’histoire sous le nom de renaissance des sciences , des lettres et des arts. Pour connaître, en effet, les maladies, il était indispensable de connaître préalablement le corps où elles avaient leur siège ; et pour déterminer le siège des maladies dites internes, il était également indispensable d’employer une méthode d’exploration , une pratique sévèrement interdite aux anciens, savoir , l’ouverture des cadavres.

III. Le premier grand monument qui ait été élevé à cette médecine nouvelle, que nous appellerons anatomique ou organique, ne date guère que d’un siècle. C’est à Morgagni qu’appartient la gloire d’avoir élevé ce monument dans son admi ra ble traité De sedibus et causis morborum per anatomen indagatis. Mais si i’Italie a été comme le berceau de l’école médicale moderne, la France peut revendiquer l’insigne honneur d’avoir été plus tard et d’être encore aujourd’hui le principal foyer de cette nouvelle école , qu’elle s'est , en quelque sorte , légitimement appropriée par les immenses

PHKFACE.

déieloppements dont elle a su l’enrichir. Et, circonstance vraiment digne d’ètre notée, c’est que notre immortelle patrie procédait ainsi à l’œuvre de cette régénération médicale, à peu près à la même époque où , travaillant au profit du monde entier, elle enfantait une révolution politique dont les siècles reconnaissants conserveront l’éternel souvenir, et sans laquelle les progrès en tout genre auraient manqué de la liberté nécessaire à leur accomplissement.

IV. C’est à la fin du siècle dernier quePh. Pinel essaie de reconstruire l’édifice médical sur de nouvelles bases, et publie cette célèbre Nosographie philosophique, qui pendant de longues années a régné dans les écoles. Cetlouvrage marque, pour ainsi dire, la transition de l’ancienne médecine à la médecine nouvelle, sans inaugurer complètement cette dernière. La grande mission de celte inauguration était réservée à Bichat, lequel , plus que Pinel, lut le véritable continuateur de l’école organique fondée par Morgagni.

En effet, si, content d’avoir critiqué les doctrines de ses devanciers et d’avoir substitué son fameux pentateuque nosologique (1) aux anciennes classifications, Pinel s’inquiéta peu de formuler de nouvelles doctrines sur le fond même, le mécanisme ou la nature des maladies ; si, comme il le répétait avec une sorte de complaisance, procédant à la manière des naturalistes, il lui suffit de décrire ce qu’il appelait les caractères extérieurs de ces maladies; si, conformément à cette méthode , il décrivit ses fièvres essentielles , sans les rallier formellement aux organes, sons les localiser en un mot, et encourut par là ce reproche d’ontoloyisle qui devait avoir bientôt un long retentissement; si Pinel, enfin, se montra trop souvent infidèle, même en principe , aux dogmes fondamentaux de l’école dont Morgagni peut

(1) On sait que Pinel avait distribué les maladies en cinq classes, savoir : 1° fièvres essentielles ou primitives; T phlegmasies ; 3° hémorrhagies; à" névroses ; 5° lésions organiques.

PREFACE

être considéré comme le créateur, il n’en lut pas de même de Bichat , dont l’astre éclatant commençait à briller sur l’horizon médical , à l’époque où parut la première édition de la Nosographie philosophique.

Ce n’était pas assez pour ce puissant génie que d’avoir, en quelque sorte , créé une anatomie et une physiologie nouvelles , il entreprit de faire pour la médecine et la matière médicale elle-même ce qu’il avait déjà fait pour l’anatomie et la physiologie. Au reste, les doctrines médicales etthérapeutiques de Bichat sont intimement liées à ses doctrines physiologiques, et, sous ce rapport, jamais personne plus que lui ne put revendiquer le nomde médecin physiologiste. Voici dans quels termes l’auteur de Y Anatomie générale résume ses doctrines physiologiques, médicales et thérapeutiques: « La doctrine générale de cet ouvrage (Y Anatomie générale ), dit-il, ne porte l’empreinte d’aucune de celles qui régnent enmédecine et en physiologie. Opposéeà celle deBoerhaave, elle diffère de celle de Stahl et de celles des auteurs qui, comme lui , ont tout rapporté dans l’économie vivante à un principe unique, abstrait, idéal et purement imaginaire, quel que soit le nom d Ame, de principe vital, d'archée, etc. , sous lequel on le désigne.

» Analyser avec précision les propriétés des corps vivants (i), montrer que tout phénomène physiologique se rapporte en dernière analyse à ces propriétés considérées dans leur état naturel; que tout phénomène pathologique dérive de leur augmentation, de leur diminution ou de leur altération ; que tout phénomène thérapeutique a pour principe leur retour au type naturel dont elles s’étaient écartées : voilà la doctrine générale de cet ouvrage. »

(1) Ces propriétés, selon Bichat, se réduisent ù cinq, qu’il désigne sous les noms suivants : sensibilité organique , contractilité organique insensible , contractilité organique sensible , sensibilité animale , et contractilité animale.

PRÉFACE

On découvre au premier abord en quoi pèche la doctrine générale qui vient d’être exposée. La profonde erreur de Bichat, c’est de n’avoir pas vu que parmi les propriétés fondamentales auxquelles il rapportait en dernière analyse tous les phénomènes physiologiques, il en était qui, loin d’être opposées aux propriétés physiques et chimiques, constituaient, au contraire, de véritables propriétés physiques et chimiques. Cette erreur de Bichat n’eût pas été de longue durée ; mais une mort prématurée ne permit pas à ce grand physiologiste d’en faire lui-même une éclatante justice. Quoi qu’il en soit, gloire éternelle à celui qui, dans sa marche rapide comme le vol de l’aigle , parcourut en quelques années la vaste étendue des champs de la médecine, laissant partout sur ses traces de brillants éclairs de génie, et qui, Alexandre d un nouveau genre, avait fait en quelque sorte la conquête de tout un monde scientifique , lorsqu’il mourut avant d’avoir accompli sa trente-deuxième année !

tous les beaux travaux d’observation et d’expérimentation de Bichat donnaient réellement un superbe démenti aux doctrines ultra- vitalistes qu’il avait proclamées. Il a bien soin d’ailleurs , comme nous l’avons vu , de faire remarquer que le vitalisme qu’il propose diffère de celui de c-tahl. Plus loin , après avoir dit que l’art doit beaucoup à plusieurs médecins de Montpellier pour avoir laissé les théories boerhaaviennes et avoir plutôt suivi l’impulsion donnée par Stahl, il s’empresse d’ajouter: « Mais, en s’écartant du mauvais chemin, ils en ont pris dn si tortueux, que je doute qu’ils y trouvent un aboutissant. »

hnlin, l’auteur de Y Anatomie générale n’oublie pas d’insister fortement sur ce point, savoir, qu’il procède en physiologie comme on procède dans les sciences physiques (1).

(l) Après avoir exposé les principes de la doctrine générale de son ouvrage, Bichat poursuit ainsi: « On dira peut-ôtre que cette manièie de voir est encore une théorie. Je répondrai que c’est donc

PRÉFACE

Laissons maintenant de côté les doctrines vitalistes trop exclusives de Bichat, et voyons de quel droit nous l’avons considéré comme le vrai continuateur de l’école de Morgagni. Or, le passage suivant de Y Anatomie générale est la plus belle démonstration que nous puissions donner de notre assertion : « II me semble , dit Bichat , que nous sommes à une époque où l’anatomie pathologique doit prendre un essor nouveau. Cette science n’est pas seulement celle des dérangements organiques qui arrivent lentement comme principes ou comme suites, dans les maladies chroniques 3 elle se compose de l’étude de toutes les altérations que nos parties peuvent éprouver à quelque époque qu’on examine leurs maladies. Otez certains genres de fièvres (1) et d’affections nerveuses, tout est presque alors, en pathologie, du ressort de celte science. Combien sont petits les raisonnements d’une foule de médecins grands dans l’opinion , quand on les examine non dans les livres, mais sur le cadavre! La médecine fut longtemps repoussée du sein des sciences exactes : elle aura droit de leur être associée, au moins pour le diagnostic des maladifes, quand on aura partout uni à la rigoureuse observation l’examen des altérations qu’éprouvent nos organes. Cette direction

aussi une théorie dans les sciences physiques que la doctrine qui montre la gravité, l'élasticité , l’affinité, etc., comme principes primitifs de tous les faits observés dans ces sciences; le rapport des propriétés comme causes, avec les phénomènes comme effets, est un axiome presque fastidieux à répéter aujourd’hui, en physique, en chimie , en astronomie , etc. Si cet ouvrage établit un axiome analogue dans les sciences physiologiques, il aura atteint son but. »

Je ne juge pas ici la doctrine ou la philosophie physique et chimique sur laquelle lîichat a modelé pour ainsi dire sa doctrine ou sa philosophie physiologique. Je me borne à montrer que Bichat voulait , avec raison, qu’on procédât en physiologie connue ou procède en physique, en chimie, en astronomie.

1) Si Bichat eût vécu quelques années de plus, il eût reconnu que les genres de fièvres auxquels il fait allusion ici sont eux-mêmes du ressort de l’anatomie pathologique.

P il EF A CF..

commence à être colle de tous les esprits raisonnables 3 elle sera sans doute bientôt générale (i). Qu’est l'observation si Von ignore là oit siège le mal ? Vous auriez pendant vingt ans pris du matin au soir des notes au lit des malades, sur les affections du cœur , du poumon , des viscères gastriques, etc. , que tout 11e sera pour vous que confusion dans les symptômes, qui, ne se ralliant à rien, vous offriront nécessairement une suite de phénomènes incohérents. Ouvrez quelques cadavres, vous verrez aussitôt disparaître l’obscurité que la seule observation n’aurait pu dissiper. »

V . Bichat et Pinel s’étaient , en quelque sorte , donné le mot pour juger de la manière la plus sévère la thérapeutique, telle qu’elle avait existé avant eux, et telle qu’elle existait encore de leur temps. Prouvons celle proposition par quelques citations. Pinel s’exprime ainsi :

« Pour mieux appliquer à la médecine la marche suivie maintenant dans les autres parties de l’histoire naturelle, je me borne , comme objet principal, à la description graphique des maladies considérées d’abord sous leurs complications réciproques et avec quelques vues générales sur le traitement.

» La thérapeutique ou traitement méthodique des maladies est une partie de la médecine qui doit éprouver une réforme générale, et on ne saurait trop inviter les vrais observateurs à en faire un objet sérieux de leurs rechercherches (2). »

Bichat n’est pas moins explicite. Voici ses propres expressions : « On dit que la pratique de la médecine est rebutante; je dis plus : elle n’est pas, sous certains rapports, celle d un homme raisonnable, quand on en puise les principes dans la plupart des matières médicales de notre époque. »

(t) La prédiction de Bichat s’est admirablement réalisée.

(2) j Vos. philos., p. lxxvi, 6' édit., 1818.

PRÉFACE

VI. Parmi les médecins qui , dans les vingt premières années de ce siècle, contribuèrent le plus puissamment aux progrès de l’école médicale nouvelle , personnifiée dans Bichat, brillent au premier rang les Prost, les Dupuytren , les Corvisart, les Broussais et les Laënnec (1). L’espace ne nous permet pas de nous arrêter -sur les travaux des divers observateurs que je viens de citer ; mais je ne puis me dispenser de signaler les mémorables réformes que le plus illustre d’entre eux, Broussais, a fait subir aux doctrines médicales alors régnantes.

Ancien disciple de Pinel et de Bichat, Broussais , accomplissant une sévère et grande mission , ne craint pas de porter le dernier coup au système nosologique du vénérable auteur de la Nosographie philosophique , et d’opérer ainsi une véritable révolution médicale. Cette révolution date de 1816, époque à laquelle parut le fameux Examen des doctrines.

Mais si l’auteur de Y Examen renie et renverse les doctrines enseignées par Pinel, il reste fidèle à celles de Bichat. Que dis-je ? Broussais donne, en quelque sorte, une nouvelle vie à ce principe, savoir : que la médecine doit être ralliée à l’anatomie et à la physiologie, qu’il faut étudier

(1) Admirons ici un nouvel exemple des singulières contradictions de l’esprit humain ! Laënnec, qui s’est immortalisé par la découverte d’une nouvelle méthode d’observation, Laënnec, qui nous a pour ainsi dire dotés d’un nouveau sens médical, était aussi l’un des principaux représentants delà médecine anatomique , ou organique. La connaissance de l’anatomie pathologique et du diagnostic était pour lui comme pour nous la première partie de la médecine, et il déclarait expressément que sans elle » la thérapeutique ressemblerait à un combat dans lequel, en poursuivant, les yeux fermés et d’un glaive incertain , des cires de raison, c’est-à-dire des fictions de l’imagination (entia rationis, phantasme scilicet fictiones), le médecin attaquerait la vie plus souvent que la maladie, » Eh bien , Laënnec ne tarde pas à se poser en adversaire décidé de Broussais, le plus implacable ennemi de ces êtres de raison, de cette ontologie , dont Laënnec avait lui-même voulu débarrasser la médecine !

PKÉFACK.

les organes souffrants et localiser les maladies. Joignant la pratique à la théorie, l’application au précepte, il poursuit le grand travail de la localisation des lièvres continues , commencé par Prost, et détruit pour toujours ce dogme laineux de Vessentialité, sur lequel reposait la première classe du système nosologique de Pinel , c’est-à-dire la classe des fièvres essentielles. Broussais apporte aussi d’importantes réformes dans les deux classes des névroses et des maladies organiques.

Cet illustre réformateur partage donc avecBichat la gloire d’avoir définitivement constitué l’ère de la médecine dite organique ou physiologique. Ils ont ainsi l’un et l’autre bien mérité de la postérité, et l’on n’a fait que rendre justice à leurs services , en élevant à ces deux grands représentants de la médecine française , telle qu’elle a été enseignée dans le premier quart de notre siècle , une statue dont 1 airain sera moins durable que les monuments dus à leur génie.

VII. Pour compléter, en quelque sorte, la transformation que les temps modernes devaient faire subir à la médecine, il ne restait désormais qu’à l’unir, par une alliance de plus en plus étroite, aux sciences exactes proprement dites, et telle est précisément la nouvelle révolution à laquelle on travaille depuis quinze à vingt ans.

On peut le proclamer hardiment : Depuis l’époque où les doctrines de Broussais furent prédominantes , la médecine a continué le cours de ses découvertes et a pris un caractère toujours croissant de précision et d’exactitude. Favorisée par d’heureuses circonstances, cette science, grâce aux li avaux d hommes dont les noms seront cités dans le cours de cette Nosographie, a , depuis une vingtaine d’années, fait plus de progrès réels qu’elle n’en avait jamais accompli dans le môme espace de temps , et les conquêtes dont elle s’est enrichie ont eu lieu dans toutes les divisions dont son vaste empire se compose. La philosophie médicale a été formulée.

X1V PRÉFACE

Les anciennes méthodes d’observation et d exploration se sont perfectionnées , en même temps que de nouvelles ont été inventées. A la lueur de toutes ces méthodes réunies , et surtout à la clarté si vive des méthodes exactes proprement dites (physiques et chimiques), la médecine de nos jours est parvenue à découvrir un bon nombre de maladies, soit générales , soit locales , soit des solides, soit des liquides , et elle a précisé l’histoire de la plupart des maladies déjà connues.

L’art de guérir les maladies n’a pas fait de moins heureux progrès que l’art de les connaître.

VIII. Que le lecteur veuille bien me permettre quelques détails plus explicites sur quelques uns des récents progrès de notre science.

A l’époque où je fus nommé à une chaire d’enseignement clinique (1 83 1) , les principes fondamentaux de la grande réforme que Broussais avait fait subir à la doctrine la plus généralement adoptée avant lui , avaient fini par remporter une victoire décisive. Mais qu’il restait à faire encore pour appliquer à toutes les maladies déjà connues les principes généraux que nous avons exposés plus haut ! Que de maladies dont les éléments divers n’avaient pas été suffisamment analysés et précisés , sans compter celles qui n’avaient pas encore été découvertes !

Le principe même de la localisation , pour une foule de maladies , était en défaut et comme non avenu. Sous le double rapport du diagnostic et du traitement, l’hésitation, le doute, l’incertitude, et quelquefois même plus, siégeaient pour ainsi dire au lit des malades. Avant la découverte de l’endocardite rhumatismale, l’un faisait une sorte de fièvre essentielle nouvelle d'un état fébrile , dont quelques autres auraient placé le point de départ dans une gastro-entérite , non moins imaginaire que la nouvelle fièvre essentielle. Presque tous les médecins, quelque diffé-

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rente que fût d’ailleurs Fécule à laquelle ils appartenaient, prenaient pour des maladies chroniques-or ganiques , ou pour des inflammations, soit aiguës, soit lentes, des groupes symptomatiques dépendant essentiellement de l’insuffisance de la masse sanguine tout entière, ou de quelques uns de ses éléments (anémie, chlorose , chloro-anémie , etc.).

Tel praticien préconisait les émissions sanguines là où tel autre s’applaudissait de l’emploi des toniques , là où un troisième vantait les purgatifs répétés, là où un quatrième, se posant en Fabius Cunctator d’un nouveau genre , prêchait la méthode expectante ou temporisante , là où un cinquième préconisait le sulfate de quinine à haute dose , là où un sixième proclamait les avantages de l’émétique également à haute dose, etc. , etc.

A cette époque, le diagnostic n’avait pas été suffisamment précisé, et les méthodes thérapeutiques n’avaient pas été assez positivement formulées dans les diverses catégories de cas, pour que l’on put constituer une école médicale vraiment exacte , et organiser une doctrine essentiellement scientifique. En effet , sans précision , sans démonstrations rigoureuses, sans distinctions suffisantes, sans catégorisation méthodique des cas , sans formules enfin , point d’unité de doctrine , soit en matière de diagnostic , soit en matière de thérapeutique, et sans unité de doctrine point de médecine réellement digne du nom de science.

Jusqu'ici la médecine avait donc, sous plusieurs rapports, varié suivant les lieux, suivant les médecins, à peu près comme autrefois chaque province , chaque parlement avait sa législation spéciale, ses coutumes , son droit coutumier , pour parler le langage des jurisconsultes. Toutes ces législations locales ont enfin été ramenées à l’unité. Il faut en agir ainsi à l’égard des diverses doctrines, j’ai presque dit des diverses coutumes médicales. L’auteur de cette Nosographie a fait tous ses

XVI PRÉFACB.

efforts pour concourir à l’avénement de 1 heureuse époque où Y unité régnera dans les doctrines médicales , comme elle règne dans les sciences naturelles qui ont atteint le plus haut degré d’exactitude. La conquête de cette unité médicale ne saurait être l’œuvre d’un jour. Il faut, d ailleurs , être bien convaincu que Y unité de doctrine ne s introduira pas dans toutes les parties de la médecine à la fois. Chacune de ces parties, sous le rapport qui nous occupe , aura pour ainsi dire son tour. Cette grande œuvre une fois accomplie , il n’y aura plus de médecine coutumière , et notre science aura en quelque sorte son code , comme le droit. Alors on ne verra plus appliquer aux lois et aux doctrines médicales , les paroles fameuses de Pascal : Vérité en-deçà des Pyrénées , erreur au-delà.

Quoi qu’il en soit, dans les ouvrages qu’il a publiés antérieurement, et dont celui-ci n’est que le complément, le but essentiel que s’est constamment proposé 1 auteui , ç a été d’imprimer à toutes les branches de la médecine une direction de plus en plus conforme à celle que suivent les sciences physiques et chimiques (1), bien persuadé que travailler dans toute autre direction serait peine perdue. Dans Y Essai sur la philosophie médicale , il s’est efforcé de constituer la médecine sur les mêmes bases que les sciences ci-dessus nommées ; et dans ses divers ouvrages cliniques (2) , il croit avoir prouvé que , non seulement sous le rapport du diagnostic , mais encore sous le rapport du traitement, l’histoire des maladies de la plus importante des diverses classes du cadre nosologique (lièvres continues et

(1) Je regrette que l’espace et le lieu ne me permettent pas de signaler ici les nombreux et importants progrès que la chimie animale a fails clans ces derniers temps, et dont les principaux sont dus à MM. Dumas et Liébig.

(2) Traité clinique des maladies du cœur ; Clinique médicale de l’hôpital de la Charité ; Traité clinique du rhumatisme articulaire , et de la loi de coïncidence des inflammations du cœur avec cette maladie.

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