ET DES VALVULES
§ Ier. Fréquence , degrés , Formes , espèces de l’endocardite.
Bien qu elle doive être mise au nombre des inflammations les plus fréquentes, la maladie qui va nous occuper' n’a pourtant été réellement découverte que depuis une dixaine d’années , et, avant nous, elle était si peu connue qu’ellen avaitpas reçu de nom particulier (i). Celui d 'endocardite, vient du mot endocarde sous lequel j’ai désigné la membrane interne du cœur, membrane dontles anatomistes avaient négligé la description. Comme les valvules du cœur , surtout les gauches, sont le siégeprincipal, parfois même le siège unique de la maladie, j’ai proposé aussi la dénomination de cardivalvulite , qu’on peut remplacer d’ailleurs par celui d’endocardite valvulaire, dans les cas où l’on voudra préciser rigoureusement le siège du mal. Cette espèce ellemême se divise en autant de variétés qu’il y a de valvules distinctes , et un jour viendra où chacune de ces variétés aura sans doute son histoire particulière.
Tantôt, en effet, l’endocardite est générale et tantôt partielle. L’endocardite gauche est infiniment plus fréquente que l’endocardite droite, et quand elle n’est pas bien traitée, elle laisse à sa suite des lésions en général plus graves que ne le fait l’autre. Ce sont les valvules et les orifices quelles bordent qui, dans ces derniers cas, comme nousle verrons plus loin, offrent surtout les lésions dont il s’agit.
L’endocardite peut être légère ou sub-aiguë, intense, suraiguë ou de moyenne intensité. Elle peut être superficielle ,
(i) Pour l’historique de l’endocardite, je reuvoie le lecteur à mon Traité clinique des maladies du cœur , 2e e'dilion. Paris, iS/ji, 2 vol. in-8.
ENDOCARDITE
érysipélateuse en quelque sorte, ou bien profonde et connue phlegmoneuse.
Parmi les nombreuses formes ou espèces en lesquelles on pourrait diviser l’endocardite, deux méritent surtout d’être signalées. La première est l’endocardite simple, pure, franche. légitime, inflammatoire exclusivement : telle est celle qui accompagne si souvent les grands rhumatismes articulaires et les violentes péripneumonies ou pleurésies. La seconde espèce est celle que l’on rencontre dans les maladies septiques , putrides ou typhoïdes. Si , pour la distinguer de la précédente, nous la désignons parfois sous le nom d’endocardite typhoïde , le lecteur n’oubliera pas qu’eu nous servant de cette dénomination , nous entendons indiquer la coïncidence de cette maladie avec un état typhoïde , et non une endocardite qui par elle-même donne lieu à cet état typhoïde. Sans doute, lendocardite gangréneuse pourrait constituer cette nouvelle espèce; mais que savons-nous encore de positif sur l’endocardite gangréneuse?
§ II. Description et appréciation des caractères anatomiques de l'endocardite dans les diverses périodes qu’elle peut parcourir.
Etudions successivement les altérations des tissus sérofibreux,les produits dont le travail inflammatoire a provoqué la sécrétion, et l’état du sang que contiennent les cavités du cœur.
Première période. A. Rougeur de l’endocarde, plus ou moins vive, tantôt rosée, écarlate, tantôt violette, brunâtre, occupant assez souvent les valvules seulement , et, quand elle est générale, ayant presque constamment son maximum d intensité sur les parties indiquées. Ordinairement aussi, la rougeur est d’une nuance plus foncée dans les cavités droites que dans les gauches, ce qui tient, selon toutes les probabilités, à la différence de couleur du sang droit et du sang gauche. La rougeur n’est point due à une injection capillaire, du moins appréciable, mais bien à
368 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, une sorte de teinture ou d 'imbibition des parties qui en sont le siège. Elle ne pénètre pas ordinairement au-dessous de l’endocarde. Elle ne disparaît point par le lavage, mais (et en cela nos expériences ne s’accordent pas complètement avec celles de M. C. Broussais) elle ne résiste pas à une macération suffisamment prolongée.
La nature et la valeur de la rougeur de la membrane interne du cœur et des vaisseaux ont été, depuis une quinzaine d’années déjà , l’objet de vives discussions qui devraient bien être terminées et qui durent néanmoins encore. Il est difficile de faire plus de recherches que je n’en ai fait, depuis le temps indiqué, sur le point d’anatomie pathologique dont il s’agit. Or, il résulte bien évidemment de ces longues et attentives recherches, que les rougeurs de la membrane interne du système sanguin sont tantôt d’origine inflammatoire et tantôt le résultat d une imbibition cadavérique pure et simple. Il ne s’agit donc pas de discuter désormais pour savoir si ces rougeurs sont toujours inflammatoires ou toujours cadavériques, non-inflammatoires : toute opinion exclusive à ce sujet est évidemment erronée. ce dont il s’agit, c’est de déterminer quelles sont les rougeurs de la première espèce et quelles sont celles de la seconde espèce. Or, pour résoudre ce problème, quelquefois très difficile, il faut un certain nombre de données dont voici les principales : i° les sujets chez lesquels on observe les rougeurs ont-ils été ou n’ont-ils pas été ouverts avant qu’il se fût manifesté aucune trace notable de décomposition putride? avaient-ils présenté ou n’avaient-ils pas présenté pendant la vie les symptômes assignés à l’inflammation de la membrane interne du cœur et des vaisseaux? existait-il ou n’existait-il pas d’autres caractères anatomiques propres à l’inflammation de cette membrane? Si sur ces trois points la réponse est affirmative, la nature inflammatoire des rougeurs sera suffisamment démontrée. Si la réponse est au contraire négative , ces rougeurs de-
K.\ DOC Alt DIT K.
vront être considérées comme des effets de la décomposition putride, comme des imbibitions sanguines cadavériques ou posthumes. On devra rester dans le doute sur la véritable nature de ces mêmes rougeurs, dans certains cas où les malades ayant présenté pendant la vie des symptômes d’une inflammation incomplètement caractérisée de la membrane interne du cœur et des vaisseaux, ont été ouverts à une époque où un commencement de décomposition cadavérique existait déjà. Le doute serait encore plus fondé si la putréfaction était déjà avancée, surtout dans certaines maladies, les affections typhoïdes entre autres, où , par l’effet des altérations qu’il a subies pendant la vie, de sa dissolution en particulier, le sang imbibe les tissus plus facilement et plus rapidement qu’à l’état normal. Au reste, en ce qui me concerne, dans quelques centaines d’ouvertures de cadavres qui , depuis vingt ans , m’ont présenté des rougeurs plus ou moins étendues et plus ou moins vives de la membrane interne du cœur et des vaisseaux , j’ai toujours eu pour habitude de ne les attribuer positivement à une inflammation, qu’autant qu’on ne pouvait raisonnablement invoquer aucune circonstance sérieuse en faveur de leur origine cadavérique. J ajoute que, seule, la rougeur ne suffit jamais pour prouver l’existence d’une inflammation, et que d’un autre côté l’absence de cette rougeur ne prouve pas absolument qu’il n’y a pas eu d’inflammation.
13. Un notable épaississement, une sorte de tuméfaction de l’endocarde et surtout des valvules, lorsque l’endocardite a persisté 8, la, i5, 20 jours et même plus, accompagne la rougeur dont nous venons de parler. Un véritable boursouflement des valvules existait même alors chez quelques uns des sujets dont les observations ont été consignées dans le Truité clinique des maladies du cœur. Ajoutons que 1 endocarde offre une surface moins polie qu’à l’état normal, et qui lest moins transparent et même un peu opaque.