‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 28 sur 125 · LXX1V · texte numérisé non relu

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PROLÉGOMÈNES

la science que celui de ne voir chaque phénomène qu isolément (1). »

II. Le passage qu’on vient de lire montre assez que le système pathologique de Bichat avait , pour me servir des expressions de cet illustre auteur, reflué sur sa doctrine en matière médicale.

Pour les médicaments, comme pour les maladies, rien de mécanique , de physique , de chimique. lout médicament agit sur la contractilité et la sensibilité, soit organiques , soit animales , et rien de plus.

Que penser aujourd’hui d’une classification qui s appuie sur un système pathologique, d’après lequel toutes les maladies consistent en des lésions de propriétés qui nont rien de commun avec les propriétés mécaniques, physiques et chimiques?

Sans doute, comme l’a dit Bichat, toute classification thérapeutique doit reposer sur la classification des maladies, Or, puisque nous avons clairement démontré que parmi les maladies les unes étaient mécaniques et physiques, les autres chimiques ou organico-chimiques , les autres vitales ou dynamiques, il doit en être ainsi des médications, leur action devant être inverse de celle qui constitue l’état morbide, et qu’il s’agit de guérir.

Si nous faisons abstraction des moyens purement moraux, il est évident que les agents thérapeutiques dits internes ne modifient l’économie ou 1 organisme vivant qu’en vertu de leurs propriétés physiques, mécaniques, chimiques et dynamiques. Qu’on étudie avec exactitude, qu’on analyse avec précision (autant que le comporte l’état actuel de la science) les actions des divers agents

(i) Pourquoi faut-il que Bichat li ait pas toujours mis en pratique les excellentes maximes par lesquelles il termine ses considérations générales sur la matière médicale ? Pourquoi ce grand physiologiste n a-t-il pas vu qu’il voulait ployer tous les phénomènes à son idée générale des forces ou des propriétés vitales, et qu’une foule de phénomènes ne pouvaient rentrer dans celle idée générale?

MÉTHODES THÉRAPEUTIQUES

thérapeutiques dits internes , et 1 on ne tardera pas à reconnaître la vérité de la proposition précédente. Les agents dont l’ensemble est connu sous le nom d’appareil ou de méthode antiphlogistique, l’eau, la diète, les émissions sanguines, etc., ne modifient-ils pas les conditions physiques, chimiques et mécaniques de l’économie vivante? Les émissions sanguines, combinées avec la diète et l’usage abondant des boissons aqueuses, ne changent-elles pas de la manière la plus palpable les conditions physiques et chimiques du sang? La glace et les autres réfrigérants n agissent-ils pas physiquement, et ne pratique-t-on pas, en quelque sorte, par leur emploi, des saignées de calorique? Les moyens qu’on emploie aujourd’hui pour guérir la gravelle d’acide urique, le diabète sucré ou glucosurie, etc., n’exercent-ils aucune action chimique? N’en est-il pas de même des moyens qu’on emploie contre la chlorose, les empoisonnements, etc.?

Et les spécifiques, dira-t-on, qu’en faites-vous? Par cela même que nous avons admis des causes et des maladies spécifiques, assurément nous admettons l’existence des moyens du même nom. Ces agents se partagent même en deux ordres principaux, savoir: les spécifiques de maladies et les spécifiques d’organes. Mais les moyens auxquels on a donné le nom de spécifiques n’en agissent pas moins, sans doute , en vertu de propriétés inhérentes à leurs conditions physiques, chimiques et dynamiques.

Sous quelque point de vue qu’on examine la médecine, toujours on trouve que l’on ne pourrait, sans commettre un énorme contre-sens , isoler cette belle partie des connaissances humaines des sciences physiques et chimiques. Il est digne de notre ère de sceller enfin leur pacte de fraternelle alliance.

III. Parmi les recherches qui, dans ces derniers temps, ont le plus contribué à démontrer ce qu’il y avait de chimique dans l’action d’un grand nombre de médicaments,

PROLÉCJOMÈNJîS.

on doit surtout citer celles de M. Miallie. Qu’il nous soit permis, avant de terminer cet article, de consigner ici un extrait des recherches dont il s’agit.

i 0 Règles générales sur /'absorption des médicaments et des poisons. C’est bien aux médicaments que s’applique l’adage si connu : Corpora non agunt nisi solula. Mais il est des corps insolubles qui, par suite de réactions chimiques opérées dans le sein de nos organes, deviennent solubles. Ils deviennent alors absorbables , condition commune à toutes les substances actives.

De ces substances, les unes, naturellement solubles, sont absorbées directement (i). Les autres, insolubles par elles-mêmes, ont besoin de l’intervention soit d'un acide, soit d’un alcali, soit d’un composé salin, pour pouvoir être absorbées (2).

Plus les médicaments et les poisons sont facilement et rapidement absorbés, plus prompte est leur action.

Pourquoi l’acide oxalique, ingéré dans l’estomac, fait-il périr bien plus promptement que l’acide nitrique? C’est qu’il est immédiatement absorbable, et que l’autre ne l’est

(1) Aux substances immédiatement absorbables , c’est-à-dire absorbables sans aucune intervention chimique , appartiennent la potasse, la soude, les sels alcalins, etc.

Les huiles volatiles , l’extractif des végétaux , enfin le sucre, l’amidon modifié, la gomme, l’albumine, la caséine, sont très certainement immédiatement absorbables , bien que le plus ordinairement ces substances n éprouvent le phénomène de l’absorption qu’nprès avoir subi quelques réactions chimiques prédisposantes à l’assimilation. (M. Mtaliie, Art de formuler.)

(a) « Ainsi, par exemple, les métaux, la plupart des oxides et certains sels demandent l’intervention des acides pour être absorbés; les métalloïdes, les acides insolubles, certains sels insolubles, les huiles, les résines, les baumes, l'intervention des alcalis; et enfin certains sels insolubles, l’intervention des sels solubles. Ces acides, ils les trouvent intérieurement dans le suc gastrique , et à l’extérieur du corps dans la sécrétion cutanée; ces alcalis dans le suc intestinal, et ces composés salins dans toutes les humeurs de l’économie animale. Mais, comme la quantité d acides, d’alcalis et de sels contenue dans les liquides de l'homme

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pas. ( L’acide nitrique s’introduit lentement dans le torrent sanguin, parce qu’il exerce sur le sang une action coagulante des plus marquées.) Pourquoi le cyanure de mercure détermine-t-il une mort incomparablement plus prompte que ne le fait le bichlorure ou sublimé corrosif? Par la même raison, c’est-à-dire parce que le chlorure mercurique fait partie de la classe des substances coagulantes, tandis que le cyanure n’en fait point partie (i).

•j.° Action de divers médicaments sur le sérum du sang. — Il résulte des recherches de M. Miaihe que la plupart des substances introduites dans l’économie animale agissent chimiquemeutsur le sérum du sang , soit immédiatement , soit médiatement. Les unes coagulent l’albumine que cette

est très bornée, il s'ensuit que l’action médicale des médicaments insolubles est, en général, bornée aussi, et rarement en rapport avec la quantité de matière agissante ingérée. »

I. Agents absorbables par l’intervention des acides du suc gastrique :

Tous les métaux, excepté ceux de la dernière classe, de M. Thénard;

presque tous les oxides métalliques insolubles, les alcalis végétaux, l’albumine cuite, le tissu cellulaire animal , etc.

II. Agents absorbables avec l'intervention des alcalis des sucs intestinaux :

Soufre, phosphore, iode; acides végétaux insolubles ; résines, huiles grasses, extractif modifié, santonine, la plupart des matières colorantes, etc.

III. Agents absorbables dans toute la longueur du canal digestif avec l'intervention des chlorures alcalins :

Oxides et sels du plomb, du mercure, de l’argent, de l’or et du platine. (M. Mialiie, ouv. cit.)

(t; M. Miaihe, à qui nous empruntons ces faits, a soin d’ajouter que U si l’on enlève au sublimé ses propriétés coagulantes , en le combinant avec un excès de sel marin ou de sel ammoniac , et qu’on l’ingère ensuite dans l’estomac d’un animal , on remarque à la fois, et que ses effets délétères se manifestent plus tôt, et que l’estomac de l’animal empoisonné n’offre plus la couleur grise-blanchâtre signalée par M. Orfila, couleur qui , selon M. Miaihe, résulte de l’union du sublimé avec les éléments I albumineux de cet organe. »

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humeur renferme; les autres, au contraire, la fluidifient (i).

3° Principes auxquels il convient de rapporter faction immédiate ou prochaine des modificateurs de l économie vivante.

« Lors de l’administration d’un agent modificateur, dit

(i) Voici, cl’après M. Mialhe, une liste des divers agents de cette double catégorie :

i° Coagulants ou plastifiants.

Parmi les métalloïdes : le chlore , le brome et 1 iode.

Parmi les acides minéraux : les acides sulfureux , sulfurique , nitrique, chlorhydrique, etc.

Parmi les composés salins : la plupart des sels de zinc , de plomb , d étain , de bismuth, de cuivre, d’antimoine, de mercure, d argent, d or, de platine , etc.

Parmi les composés organiques : l’acide tannique ou tannin , 1 acide acétique concentré , l’alcool , la créosote , 1 huile de croton tiglium , etc.

Tous les véritables astringents appartiennent à la classe des coagulants.

Le coagulum protéique pouvant toujours être rendu soluble à la faveur des agents de dissolution que nos humeurs renferment, le tissu organique dans lequel il s’était formé ne tarde pas à reprendre ses fonctions.

Les agents plastifiants produisent, avec les éléments protéiques de l’économie animale (l’albumine, la fibrine etla caséine du sang et des tissus vivants ), des combinaisons insolubles plus ou moins plastiques et plus ou moins stables ; de soi te que , hormis les trois métalloïdes qui sont volatils, le premier effet de ces modifications est toujours purement local.

2n Fluidifiants ou désobstruants.

Les oxides alcalins et leurs carbonates, sulfates , nitrates, phosphates , tartrates, citrates, iodures , chlorures, sulfures, etc.; l’ammoniaque et tous ses composés salins; les acides arsénieux, arsénique, phosphorique hydraté ; tous les acides organiques étendus d eau.

Les alcalis et leurs carbonates, l’ammoniaque et ses sels sont antiplastiques au plus haut degré. Il en est de même des sels alcalins à acides organiques, lesquels sont décomposés dans le sang et transformés en carbonates. Les acides organiques étendus d’eau sont, au contraire, plutôt de simples agents ..on coagulants que de véritables agents fluidifiants.

Les coagulants médiats ou après absorption (alcool faible, infusion de seigle ergoté, etc.) seraient, selon M. Mialhe, les seuls agents hémostatiques qui auraient la propriété, inappréciable en certains cas, de pouvoir pénétrer dans la circulation générale , et d’agir consécutivement sur

MÉTHODES THÉRAPEUTIQUES

M. Miallie, à quel principe chimique doit-on rapporter la cause de son action modificatrice? Est-ce au composé laimême ou bien à l’un de ses principes constituants?

» Il est bien difficile de répondre catégoriquement à cette question dans l’état actuel de la science...

» Quand on introduit dans l’économie un corps composé, médicamenteux ou toxique, de deux choses l'une : ou bien ce corps complexe est indécomposable par les acides, les bases, les sels et les éléments organiques azotés que nos humeurs renferment, et dès lors l’action médicamenteuse ou toxique, ou, si l’on veut, l’action dynamique est produite par ce composé lui-même; ou bien l’agent modificateur composé , introduit dans l’économie vivante, est réactionné par une ou plusieurs des substances susmentionnées, et dès lors c’est presque toujours un seul des produits de la réaction inter-viscérale qui est la cause de son action générale ou dynamique. Le premier cas se présente très rarement dans la pratique, contrairement aux idées ayant cours dans la science; il n’en est pas de même du second : le premier cas est l’exception, le second constitue la règle.

» Mais , dira-t-on , comment savoir à l’avance si la substance composée introduite par l’absorption dans la circulation générale est ou n’est pas décomposée dans le sang ?

» Deux moyens se présentent pour répondre à cette question, l’un théorique, l’autre pratique. Le premier

le sérurn du sang , de le coaguler partiellement , de manière à intercepter 1 abord de ce liquide dans les capillaires où s’effectue l’hémorrhagie.

Aux fluidifiants médiats ou après absorption, appartiennent tous les sels métalliques susceptibles d’être transformés en chlorures doubles par les chlorures alcalins : tels sont les sels de plomb , de mercure, d’argent et d’or.

M. Miallie ajoute que les composés chimiques chlorurés appartenant à ce groupe constituent, selon les doses auxquelles on les administre, les médicaments les plus précieux ou les poisons les plus énergiques.

PllOLÉGOMÈNliS.

consiste à examiner mentalement si le corps complexe est accessible à l’action décomposante des corps réactionnels contenus dans les liquides des animaux; et si 1 on trouve qu’il est décomposable , on peut assigner à l’avance quel sera le principe agissant. Ce critérium fait rarement défaut. Le second moyen consiste à soumettre à 1 analyse chimique le corps composé, après que son action a été produite, c’est-à-dire après qu’il a été expulsé de 1 économie animale par les émonctoires qui lui sont propres.

» C’est à l’aide de ces deux méthodes que je suis arrivé à connaître la véritable nature du principe actif d’un grand nombre de substances médicamenteuses et toxiques (i). »

4° Action intime des médicaments et des poisons. — Tous les agents médicamenteux et toxiques agiraient, selon M. Mialhe, de quatre manières principales :

a. En arrêtant la circulation du sang, soit en coagulant ce liquide, soit par précipitation d’un corps insoluble dans ce même liquide;

b. En activant la circulation du sang qu’ils fluidifient.;

c. En empêchant les réactions chimiques qui peuvent se faire dans le sang (asphyxie par défaut d’oxidation) ;

d. En produisant dans le sang des réactions chimiques anormales (2).

(1) Voyez l’énumération de ces substances dans l’ouvrage de M. Mialhe, p. 293.

(2) Le virus rabique et le venin du serpent a sonnettes agiraient de cette manière. « Nul doute, selon M. Mialhe, que ces virus n’agissent sur l’économie à la manière de certains ferments; nul doute que ces pioduiis morbides ne se comportent avec les éléments organiques du sang comme le fait la synaptasesur l’amygdaline, la diastase sur 1 amidon, etc.; et la preuve que l'action des virus est tout-à-fait analogue è celle des ferments, c’est que tous les agents médicamenteux qui annulent l’action spécifique des virus sont précisément ceux qui anéantissent le plus aisément l’action spécifique des ferments; tels sont la chaleur, les acides puissants, les alcalis caustiques. On objectera peut-être que deux substances chimiques qui empêchent le plus complètement le développement de toute espèce de fermentation, le tannin et la créosote, ne sont pom-

MÉTHODE THÉRAPEUTIQUE

IV. La classification de M. Miallie ne s applique, comme on voit, qu a un certain nonibie de médications. Terminons par quelques considérations sur une classification plus générale des médications. Chacune des douze classes de maladies que nous avons admises ( i ) leclame une médication qui lui soit appropriée. Or, ces médications, ces actions thérapeutiques peuvent, comme les maladies auxquelles elles correspondent, être ramenées à trois grandes familles, savoir : i° les médications organico-vitales ou chimico-vilales ; 2° les médications essentiellement dynamiques ; 3° les médications physiques et mécaniques, lesquelles comprennent les opérations chirurgicales.

a. Aux médications très variées delà première famille se rapportent: i° la médication antiphlogistique proprement dite ou débilitante, et la médication opposée, cest-àdire fortifiante, stimulante, réparatrice (2); a0 la médication antiseptique; 3° les médications si diverses appelées altérantes , spécifiques (antisyphilitique, antiscorbutique, antiscrofuleuse , antitoxique, etc., etc.). Ces médications, parmi les éléments desquelles se rangent les médicaments plastifiants ou coagulants et les médicaments fluidifiants de

tant pas comptes au nombre des agents anticontagieux. Mais à coup sûr le tannin et la créosote agiraient infailliblement sur tous les genres de virus comme ils agissent sur toute espèce de ferment. »

(1) Voyez la section huitième de ces prolégomènes.

(a) Il y a dans les deux médications désignées par les auteurs sous les noms ci- dessus ou autres analogues, deux ordres de conditions qu’il importe de distinguer , savoir , les conditions dynamiques et les conditions matérielles. L’addition ou la soustraction pure et simple de calorique, d’électricité, du principe de l’innervation , par exemple, voilà réellement une médication dynamique. Au contraire, augmenter ou diminuer la masse du sang, augmenter ou diminuer la dose des aliments, etc , voilà évidemment une médication matérielle. Mais comme le sang et les aliments qui en fournissent les matériaux , influent puissamment sur les conditions dynamiques de l’économie vivante, il est évident que leur soustraction dans les maladies inflammatoires et dans la pléthore, leur augmentation dans les étals opposés à l'inflammation et a la pléthore, constituent une médication à la fois matérielle et dynamique.

PROLEGOMENES.

M. Mialhe, ne pourront être rigoureusement classées tpi a l’époque où chacune d’elles aura été l’objet de recherches chimico-organiques exactes et suffisamment répétées.

b. Les médications de la seconde famille comprennent les médications stimulante et sédative pures , celles qui augmentent ou diminuent l’influence nerveuse, et celle qui régularise cette même influence, médications essentiellement opposées aux hypernévries, aux hyponévries et aux ataxonévries.

c. Les médications ou les actions thérapeutiques de la troisième famille se composent de celles qu’on appelle mécaniques, et dans lesquelles se placent les opérations chirurgicales. Elles sont aussi variées que les dérangements mécaniques ou physiques auxquels elles sont applicables. Richerand les a divisées ainsi qu’il suit:

Réunions.

Divisions.

Réductions.

Evacuations.

Dilatations.

Extractions.

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